12 mai 2008
Les Indigènes de la République célèbrent les "martyrs"
Instrumentalisant une fois de plus la commémoration du massacre de Sétif du 8 mai 1945, les quelques troupes des "indigènes de la République" ont défilé en portant des pancartes célébrant Gandhi ou Aimé Césaire... Mais aussi le Sheikh Yassine (Hamas) et Hassan Nasrallah (Hezbollah) avant de faire applaudir « les martyrs palestiniens » : « Abou Jihad ; Abou Nidal ; sheikh Yassine et Abdelazziz al Rantissi ».
Le massacre de Sétif n'occupait en fait qu'une bien maigre place dans leurs revendications, surtout tournées vers la célébration du recours à la violence et à la haine.
Une fois de plus, ce mouvement prouve son incapacité à faire la différence entre un combat légitime contre le racisme post-colonial et le soutien à des mouvements violents et extrémistes que Ghandi ou Martin Luther King désapprouveraient, comme ils désapprouvaient respectivement les extrémistes hindous et Nation of Islam du temps de leur lutte — autrement plus difficile — contre la colonisation et la ségrégation.
Les animateurs du mouvement des Indigènes sont loin de ces modèles.
Racistes et ségrégationnistes dans l'âme, ils préfèrent appeler à la
création d'un parti censé résister à la «suprématie blanche et
chrétienne» plutôt que de militer efficacement contre le racisme sur
une base universaliste et fédératrice. Ils préparent depuis longtemps
Houria Bouteldja à tenir ce rôle lors d'une élection. Sur le plateau de
Ce soir ou jamais
, où elle est régulièrement invitée, elle n'a
pas hésité à parler des blancs — assimilés des Français de souche parce
que blancs — comme des "souchiens". Beau programme. A quand les
alliances avec le Front national ?
Caroline Fourest
09 mai 2008
Sarkozy et les droits de l'homme
Sarkozy et les droits de l'homme
Vidéo envoyée par cfourest
Chronique du 09/05/08
Harkis de père en fils ?
Harkis de père en fils ?
Vidéo envoyée par cfourest
Chronique du 02/05/08
25 avril 2008
L'onu contre les droits de l'homme
L'onu contre les droits de l'homme
Vidéo envoyée par cfourest
Chronique du 25/04/08 consacrée aux dérives du Conseil des droits de l'homme.
* titre emprunté au très bon livre de Jean-Claude Buhrer et Claude B. Levenson, Milles et une nuits, 2003.
21 avril 2008
Quand le plan banlieue prévoit l'évangélisation des racailles
C’est une nouvelle qui pourrait bien rallumer la guerre scolaire. Le gouvernement déshabille l’école publique pour mieux aider l’école privée catholique à "évangéliser" les banlieues. Sitôt révélé par le site Mediapart, le projet d’un fonds spécifique destiné à encourager l’implantation de lycées privés catholiques dans les quartiers populaires a mis les laïques et les enseignants sur le pied de guerre.
Le projet fait tache alors que lycéens et professeurs se mobilisent contre la suppression à venir de plus de 11 000 postes d’enseignant dans le public, notamment dans les ZEP. D’autant qu’en principe l’aide publique attribuée aux écoles privées ne peut augmenter si celle accordée à l’école publique augmente, selon la règle coutumière des 80/20 (80 % au public et 20 % au privé).
Il est pourtant dans les cartons depuis le plan « Espoir banlieues », qui prévoit d’« encourager la contribution de l’enseignement privé à l’égalité des chances ». Et comme 80 à 90 % de l’enseignement privé est catholique, suivez mon regard… Le gouvernement voudrait voir « cinquante nouvelles classes » de ce type en banlieue. C’est officiel, l’« espoir en banlieue » s’appelle donc « espérance » et sera porté par le religieux. C’est confirmé, Nicolas Sarkozy préfère le curé à l’instituteur. Et puis, il en est persuadé : l’enseignement privé catholique civilisera « les racailles ». Emmanuelle Mignon, son cerveau catholique, l’un des auteurs du discours de Latran et des propos malheureux sur le « non-problème » des sectes, n’y est pas étrangère. Dès 2006, lors d’une convention de l’UMP, elle plaidait pour que les « familles de banlieue puissent bénéficier du savoir-faire des établissements catholiques et d’un vrai choix entre école privée et école publique ».
Le gouvernement semble persuadé que la guerre scolaire est bien enterrée. « Nous sommes décomplexés », aurait dit Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, au nouveau patron de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, venu réclamer qu’on lui « facilite la tâche ».
Le Vatican décomplexé
Les écoles privées catholiques cartonnent et rêvent de grandeur. L’an dernier, elles ont dû refuser 35 000 dossiers. La faute à l’« accommodement raisonnable » de Debré, qui a mis le ver dans le fruit en autorisant le financement des écoles privées sur fonds publics. En 1960, 11 millions de Français signaient une pétition contre. Ils avaient vu juste. Les écoles privées ont largement tiré profit de ce système leur permettant d’avoir le beurre et l’argent du beurre : des frais de scolarité élevés, un droit à la sélection et, en prime, le soutien de l’État. Ces aides permettraient un droit de regard, mais on pourrait très bien imposer ce droit de regard sans verser des fonds qui manquent cruellement au public. Surtout depuis l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au bac. Contrairement au privé, le public ne peut pas se permettre d’être trop sélectif. Si en prime on le prive de moyens, si on en diminue le nombre d’enseignants au lieu de diminuer le nombre d’élèves par classe, on empêche mathématiquement le maintien d’un certain niveau.
On condamne donc l’école publique à perdre toute attractivité au regard du privé. D’autant que les écoles privées catholiques sous contrat se gardent bien d’afficher trop ostensiblement leurs convictions religieuses. Du moins, jusqu’ici. Avec Benoît XVI, le Vatican aussi se décomplexe. Certains archevêques, comme celui d’Avignon, appellent depuis un moment les établissements privés catholiques à renoncer à la tolérance postmoderne pour retrouver le chemin d’une vraie éducation catholique. Les banlieusards vont déguster… Mais pas seulement eux. À terme, les écoles confessionnelles sélectives — principalement catholiques, mais aussi musulmanes — auront supplanté le public. Le lien social, la citoyenneté et, bien sûr, la laïcité en sortiront en lambeaux. Le gouvernement se trompe : la bataille pour l’enseignement public, qui est aussi celle pour le respect de la loi de 1905, peut reprendre à tout moment.
Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Article paru dans Charlie Hebdo 16 avril 2008
lundi 21 avril 2008
18 avril 2008
Les Abeilles en danger
Les Abeilles en danger
Vidéo envoyée par cfourest
Chronique du 28/04/08 sur "Nourrir sans détruire"
09 avril 2008
La chronique de Caroline Fourest - La crise du budget
La chronique de Caroline Fourest - La crise du budget
Vidéo envoyée par maneb40
08 avril 2008
Que penser de Fitna ?
Que penser de Fitna ?
Vidéo envoyée par prochoix
Extrait de "Ce soir ou jamais" du 01/04/08. Fidèle à une approche à la fois anti-intégriste et antiraciste, Caroline Fourest défend le droit à la liberté d'expression de Wilders tout en se dissociant de son approche xénophobe. Elle milite pour le droit de s'exprimer sans censure (qu'il s'agisse des dessins danois, de Wilders ou de Dieudonné) mais insiste sur le droit de commenter ou de réagir si l'on estime que ces propos sont racistes... Elle explique qu'il existe une vraie une différence entre des dessins danois jugés racistes mais en réalité blasphématoires anti-intégristes et les productions incitant au racisme de Dieudonné ou de Wilders.
03 avril 2008
De la complexité d'être une intellectuelle engagée
Le statut des femmes qui écrivent et qui pensent a encore du chemin à faire.
Après le Monde, un portrait paru dans Paris-Obs (par ailleurs très bien fait) me présente dans son châpo introductif comme "militante des droits des femmes et des homosexuels". Alors que je ne milite dans aucune association, que je suis essayiste, enseignante, éditorialiste et journaliste... Engagée certes, mais comme d'autres intellectuels engagés.
J'ai milité, il y a quelques années dans une association de défense des droits des homosexuels, mais me présenter ainsi c'est un peu comme présenter Edwy Plenel ou Serge July comme "militants troskystes". Un peu comme si Jean Daniel ou BHL étaient présentés comme militants juifs et hétérosexuels.
Réduire mon engagement intellectuel (qui porte aussi bien sur des questions sociales que religieuses ou culturelles) au fait d'être une "militante des droits des femmes et des homosexuels" est une façon de réduire toute intellectuelle femme à son état et non à ses idées.
C'est un peu comme montrer les fesses de Beauvoir en "une du Nouvel Obs" pour illustrer son œuvre.
01 avril 2008
L'héritage de Mai 68
C’est l’un des procès lancinants intentés à Mai 68. La libération de la parole, de la pensée, de la sexualité aurait sapé l’autorité, pour ne pas dire la virilité de notre société. Car dans l’esprit de certains, les deux sont liées. Ce qui leur permet d’ailleurs de faire à la fois le procès de Mai 68 et celui du mouvement de libération des femmes, né deux ans plus tard.
L’un a ouvert la voie en libérant la parole contre l’autorité abusive, celle de la Soumission. L’autre a profité de cet élan pour s’attaquer de façon durable et profonde au principe de domination masculine au cœur de presque toutes nos sociétés. Un tel tremblement de terre ne pouvait laisser indifférent.
Sortis groggy de ces deux révolutions, celle de 68 et celle de 70, les mouvements réactionnaires ou simplement conservateurs, les tenants de l’ordre établi, voire dans certains cas de l’ordre naturel et divin, ont lentement mais sûrement mûri une contre-révolution, intellectuelle, religieuse et politique. Elle a commencé à porter ses fruits dès les années 80. Elle les porte encore aujourd’hui.
Nihilisme, égoïsme, relativisme moral, que n’aura-t-on pas reproché à ce moi de mai ?
Un peu comme l’immigration expliquerait le chômage, Mai 68 expliquerait à la fois la montée de la délinquance, le harcèlement des professeurs et même que l’on tire à balles réelles sur des policiers. Il suffirait, pour reprendre l’expression du candidat Sarkozy, de liquider l’héritage de mai, et le tour serait joué.
Mais de quelle crise de l’autorité nous parle-t-on au juste ?
Pour s’imposer, c’est vrai, les professeurs doivent davantage argumenter que leurs aînés. Ma génération, celle des trentenaires, et encore plus celle d’après, ne respecte pas l’autorité pour l’autorité. Dans les années 60, un professeur n’avait qu’à sortir sa règle pour obtenir le silence. Aujourd’hui, il faut beaucoup d’imagination pour capter l’attention et obtenir le respect de ses élèves. Le problème, c’est que la pédagogie demande du temps. Et que le nombre d’élèves par classe n’a cessé d’augmenter. La crise que connaissent les professeurs n’est donc pas une crise d’autorité mais une crise d’adaptation. On ne la résoudra pas en réhabilitant l’autorité mais en diminuant — drastiquement — le nombre d’élèves par classe. Cela n’interdit pas de revaloriser le respect. Mais cela demande des crédits, des moyens, des budgets. Alors certains préfèrent penser que c’est la faute au mois de mai.
On ne voit pas non plus très bien le lien entre les émeutes et la fin de l’autorité pensée sur le mode de la virilité. Les CRS ne sont plus perçus comme des SS mais comme des Robocop. Les jeunes ne les affrontent pas par antifascisme. Ils sont en colère à cause de contrôles d’identité abusifs qui attisent la colère, le sentiment d’injustice et appuient sur leur crise d’identité. Or pour se faire entendre, tous les enfants des classes populaires n’ont pas la même imagination que les étudiants de Mai 68. Gavés de films hollywoodiens, leur mode de protestation est plutôt inspiré par la violence des ghettos américains. Quitte à s’en prendre aux policiers comme s’il s’agissait d’une vulgaire bande rivale.
Quel lien avec 68 ? La plupart des parents de ces émeutiers n’ont pas fait Mai 68. Bien au contraire. Arrivés de pays n’ayant pas connu la libération sexuelle, attachés au modèle patriarcal de leur pays d’origine, beaucoup ont élevé leurs fils et leurs filles sur le mode de l’autorité et de la soumission. L’explosion de rage désordonnée est bien leur héritage. Tandis que les parents ayant préféré la pédagogie au ceinturon ont envoyé leurs enfants à l’université plutôt qu’en prison. Ceux-là participeront peut-être demain à un nouveau 68.
Dernière chose, il est absurde de lier la montée de l’intégrisme à la crise de l’autorité virile. C’est tout le contraire. Si les émeutiers ne sont malheureusement pas les enfants de Mai 68, les intégristes des quartiers populaires sont très sûrement les enfants de la contre-révolution morale et religieuse née en réaction à la libération sexuelle et au féminisme.
Moralité, il n’y a pas trop d’esprit soixante-huitard dans les quartiers. Il n’y en pas assez.
Ce n’est donc sûrement pas l’autorité qu’il faut réhabiliter. Encore moins sur la religion qu’il faut miser. C’est au contraire la laïcité, la pédagogie, la citoyenneté et le respect du vivre-ensemble qu’il faut savoir faire souffler. Mais ça, cela demande un peu d’imagination au pouvoir.
Caroline Fourest
Chronique pour France culture du 28/03/08
Ben Laden et les Ouïghours
Puisque les Jeux Olympiques de Pékin auront lieu, autant qu’ils servent à dénoncer l’oppression des minorités culturelles. Celle des Tibétains mais aussi celle des Ouïghours, dont on parle moins.
Ils ne sont pas bouddhistes mais musulmans. Ils ne sont pas Han mais ouïghours. Estimés à 9 millions, ils parlent ouïghour et peuplent l’une des principales régions autonomes de Chine : le Xinjiang, coincée entre la Russie, la Mongolie, le Pakistan et le Tibet. Cette région est en principe autonome. Mais en réalité, Pékin interdit aux Ouïghours de pratiquer pleinement leur religion, de transmettre leur culture et surtout de parler leur langue.
Pour Pékin, le développement d’une culture ouïghoure autonome risque de servir de voie vers l’indépendance. La région est riche en hydrocarbures, en ressources minérales, en terres agricoles... Alors comme pour les Tibétains, Pékin élabore des stratégies de peuplement, à grand renfort de Han, pour tenter de diluer l’identité de la région et mieux la contrôler.
On se souvient de Tienanmen. On a oublié que huit ans plus tard, le mouvement contestataire ouïghour était réprimé dans le sang et dans l’indifférence. Les chiffres sont difficiles à établir mais on parle de 8 000 disparus et de 50 000 emprisonnés ou torturés.
L’une des figures emblématiques de la culture ouïghoure, Rebiya Kadeer, a été pressentie pour le Prix Nobel de la Paix en 2006. Cette ancienne députée ayant fait fortune dans le textile a beau être la mère d’une nation musulmane opprimée, elle ne porte ni voile ni burka d’aucune sorte, mais vous reçoit en mini-jupe. Pour avoir voulu dénoncer la répression, elle a passé six ans dans les geôles chinoises. Avec interdiction de parler. Et même de sourire. Depuis sa libération, elle vit en exil. Comme le Dalaï-lama, elle dénonce un « génocide culturel ».
La répression continue ?
Plus que jamais. En janvier dernier, près de 15 000 Ouïghours ont été arrêtés. Certains attendent en ce moment même d’être exécutés pour terrorisme. Et oui, lorsque les Tibétains se révoltent, Pékin crie au complot. Et lorsque les Ouïghours se révoltent, Pékin crie au terrorisme. Le 11 septembre est passé par là.
De fait, après des années de résistance plutôt pacifique, certains activistes ouïghours sont bien passés à l’action violente, injustifiable puisqu’elle menace des innocents et non le régime. Le problème, c’est que Pékin arrête et condamne indistinctement les pacifiques et les violents. À force, c’est sûr, les militants ouïghours vont bien finir par avoir quelques sympathies pour le terrorisme islamiste qui fleurit au Pakistan voisin.
Bizarrement, cette cause-là ne passionne pas le monde musulman obstinément focalisé sur le conflit israélo-palestinien, pourtant moins meurtrier. Rebiya Kadeer a son explication : « à leurs yeux, nous ne sommes que des asiatiques et puis surtout nous ne sommes pas opprimés par les États-Unis alors cela ne les intéresse pas ».
En Chine, pour humilier les Ouïghours, on a brûlé des Corans. Et pourtant, vous n’avez entendu aucun groupe islamiste protester. Prenez Ben Laden. Depuis le temps qu’il envoie des cassettes à Al-Jazira, il aurait tout de même pu trouver le temps de glisser un mot sur les Ouïghours. Et bien non, il s’en fiche, ostensiblement. Dans son dernier communiqué, il préfère menacer le pape de représailles suite à son rôle supposé dans la republication des dessins de Mahomet…
Je ne sais pas quel opérateur Ben Laden a choisi pour câbler son abri, mais franchement, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il capte mal. Il faudrait quand même un jour lui expliquer que le pape n’est pas le chef de l’Europe. Encore moins le directeur de publication de Charlie hebdo. Que nous ne sommes ni en Chine ni dans le monde rêvé des intégristes. Qu’on peut à la fois soutenir le droit à l’irrévérence envers le religieux et se sentir solidaires des minorités religieuses lorsqu’elles sont opprimées. Aujourd’hui, ce sont bien les associations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International qui soutiennent les Ouïghours. Tandis que les islamistes, eux, s’en moquent.
Caroline Fourest, chronique pour France culture du 21/03/08
21 mars 2008
Retrouvez Caroline Fourest dans les Matins de France culture
Tous les vendredi à 7h25, Caroline Fourest a "Carte Blanche".
Pour recevoir sa chronique toutes les semaines en podcast, copiez ce lien dans itunes :
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18 mars 2008
Malade car tenue captive, Taslima Nasreen songe à quitter l'Inde
Ils ont tout fait pour se débarrasser d'elle. Face aux menaces et aux émeutes des fanatiques, les autorités indiennes trouvent Taslima Nasreen bien embarrassante. On ne peut pas la laisser se faire tuer, tout de même, mais on peut lui faire passer le goût de vivre en Inde, la contraindre à des mesures de sécurité comparables à une prison, jusqu'à ce que sa santé se détériore. En février, elle a dû être hospitalisée à New Delhi à la suite d'une chute de tension consécutive à une prise excessive de médicaments destinés à maîtriser son hypertension.
Exfiltrée de son domicile, elle vit depuis quatre mois dans une maison de sécurité à New-Delhi, où elle dispose d'un téléphone et d'un ordinateur mais ne peut recevoir aucune visite. Déprimée, isolée et malade, elle annonce qu'elle va quitter l'Inde pour tenter de ne pas finir par en crever. Les intégristes peuvent se réjouir. Eux qui ne lui ont laissé aucun répit depuis 1994. Elle a bien payé, bien souffert. Ce ne sont pas eux — les assassins, les fanatiques — qu'on a punis mais elle. Elle et tous les esprits libres qui n'oseront plus parler si les gouvernements ne réfléchissent pas à une autre façon de protéger leur liberté de parole et de mouvement.
Et pendant ce temps, Ayaan Hirsi Ali compte toujours le nombre d'heures où elle peut sortir en toute sécurité. Le groupe parlementaire européen de droite n'a toujours pas signé la question écrite demandant à l'Union européenne de financer sa protection. Le vice-président de l'Union cherche une solution "technique". Et Nicolas Sarkozy a assuré le premier ministre néerlandais de son soutien dans son combat contre... les "amalgames" envers l'Islam. On espère qu'il tiendra sa promesse lors de la présidence française de l'Union. Car la création d'un fonds communautaire pour financer la protection des personnes menacées en raison de leurs opinions n'a jamais été aussi urgente.
Caroline Fourest
Ayaan H.Ali et Taslima Nasreen
Ayaan H.Ali et Taslima Nasreen
Vidéo envoyée par prochoix
Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen sont toutes deux menacées par les intégristes pour avoir osé penser et écrire en toute liberté. Extrait du journal du TF1 du 11 février 2008 (notamment consacré au comité de soutien organisé à Paris pour demander le financement de la protection d'Ayaan).
14 mars 2008
Israël, le boycottage et la raison
Faut-il boycotter un Salon du livre mettant à l'honneur des écrivains israéliens pour protester contre la politique d'Israël ? A l'inverse, doit-on considérer comme totalement illégitime la volonté de boycotter cet hommage ?
Comme toujours lorsqu'il s'agit du conflit israélo-palestinien, il n'est pas facile de distinguer l'outrance suspecte de la critique légitime, de part et d'autre. Dans ce cas particulier, la seule utilisation du mot « boycottage » résonne d'autant plus douloureusement qu'il est associé au mot « livres » et au mot « juif ». Les auteurs de cet appel au boycottage ne semblent pas mesurer combien cette association rappelle le temps où l'on brûlait des livres et des juifs après les avoir boycottés. Soit qu'ils approuvent - plus ou moins consciemment - cet imaginaire, soit qu'ils y soient au contraire totalement étrangers.
Le boycottage a une histoire complexe, où cohabitent le meilleur et le pire, l'incitation à la haine ou l'invitation au respect. On pense au boycottage des magasins juifs sous le nazisme. On oublie celui des bus du temps de la ségrégation en Amérique. Le mouvement des droits civiques doit beaucoup à ces travailleurs noirs préférant marcher plutôt que de payer pour des bus où l'on arrêtait une femme, Rosa Parks, qui avait osé s'asseoir sur un siège réservé aux Blancs. Dans ce cas, l'acte de boycotter est incontestablement un acte de libération et de progrès.
L'histoire du boycottage pour protester contre Israël est autrement plus ambiguë. Lorsque des groupes d'intérêts arabes et musulmans décident de boycotter les commerces « juifs » s'implantant en Palestine, plus de vingt ans avant la création de l'Etat d'Israël, la consigne s'apparente à un slogan xénophobe et raciste. La « liste noire » établie par la Ligue arabe en vue de boycotter les entreprises ayant des liens commerciaux avec Israël marche dans ces pas, puisqu'elle proteste contre l'existence même de cet Etat. En revanche, lorsque des ONG boycottent des produits « made in Israël » pour protester contre la colonisation et l'exploitation de territoires palestiniens, la démarche n'est-elle pas légitime ? Elle est sûrement préférable à des modes de protestation plus violents comme les attentats kamikazes.
Le boycottage n'est donc pas une forme de protestation négative en soi, mais il ne peut être décrypté qu'en fonction du contexte, du symbole, de la motivation de ses acteurs et de sa cible. En l'occurrence, qui sont les boycotteurs ? Plusieurs pays arabes, des écrivains, des militants propalestiniens, d'autres plus islamistes ou plus antisémites que propalestiniens. Leurs appétits de boycottage ne sont pas de même nature. On peut comprendre qu'un pays comme le Liban, à peine remis d'une invasion destructrice, n'ait guère envie de participer à un Salon du livre où Israël est à l'honneur. On sourit davantage en voyant l'Arabie saoudite ou l'Iran monter sur leurs grands chevaux. Voilà bien des pays qu'il faudrait boycotter s'ils étaient à l'affiche d'un Salon du livre. L'Algérie ou la Tunisie, qui ne tiendront pas de stands, n'ont guère plus de leçons à donner, tant la parole libre des démocrates est, chez eux, boycottée tous les jours.
Qu'en est-il des auteurs et des intellectuels soutenant le boycottage de ce Salon du livre pour protester contre la politique d'Israël ? Il en existe deux catégories. D'une part les intellectuels qui veulent ainsi faire respecter les droits de l'homme, dont ceux des Palestiniens. D'autre part ceux qui n'agitent la question des droits de l'homme que lorsqu'il s'agit d'Israël ou de régimes menaçant les islamistes. Je pense à Tariq Ramadan. Il voudrait donner des leçons d'antiracisme, mais il a déjà prouvé par le passé qu'il ne savait pas faire la distinction entre un intellectuel juif et un intellectuel sioniste. Chez lui, l'appel au boycottage ne vient pas se substituer au recours guerrier, puisqu'il soutient le Hamas et son action. Il faut sûrement se garder de confondre cette position avec celle d'auteurs arabes ou propalestiniens sincèrement désireux de protester contre la politique d'Israël par la voie pacifique, en préférant le boycott à la violence. Sauf à donner le sentiment que toute protestation est irrecevable dès lors qu'il s'agit d'Israël.
Reste à déterminer la cible. Entendons l'émotion de ceux qui protestent contre la mise à l'honneur d'Israël au moment où la colonisation reprend et où des Gazaouis meurent à petit feu à cause du blocus Israélien, un boycottage autrement plus dramatique. Et laissons aboyer ceux qui boycottent un salon simplement parce qu'il met à l'honneur des écrivains israéliens, critiques ou non envers la politique israélienne.
Amos Oz, David Grossman, Avraham B. Yehoshua et plusieurs autres invités d'honneur de ce Salon du livre font partie de ces ambassadeurs dont la littérature doit franchir les frontières, hors la zone de tension. Un Salon du livre n'est-il pas le meilleur lieu pour nouer cet échange entre écrivains israéliens et palestiniens ? Ce que l'hommage unilatéral - associé à la non-invitation d'écrivains israéliens arabophones - ne permet pas forcément. D'où la polémique, justifiée. Et la crainte, tout aussi justifiée, qu'elle ne serve une fois de plus de prétexte à refuser le dialogue.
Caroline Fourest
Article paru dans l'édition du 14.03.08
13 mars 2008
Le 8 mars de Radio Insoumises
La première édition de l'émission radio des Insoumises, le 8 mars, a été un grand moment. Un débat franc, sincère et constructif en vue d'articuler les luttes féministes et les luttes sociales face au Sarkozysme ambiant.
Lors de la première table-ronde, consacrée au thème "Féminisme : stigmatisation ou émancipation? ", nous avons eu (Bernard Teper, Nadia Amiri et moi-même) un échange aussi franc que passionnant avec Yassine Belattar de Radio Génération : http://www.lesinsoumises.org/dotclear/index.php?2008/03/11/39
La seconde était consacré aux luttes féministes et à celle pour le droit au logement. Un enjeu capital dont nous avons pu discuter en profondeur de façon vivante. Avec Patrick Weil (Sociologue), JB Legrand (Cinéaste/Don quichotte), Leila Chaibi (Jeudi Noir), JC Tchicaya (Devoirs de mémoires) :
http://www.lesinsoumises.org/dotclear/index.php?2008/03/13/40
08 mars 2008
Municipales 2008 : quels enjeux ?
Caroline Fourest Municipales 2008
Vidéo envoyée par prochoix
Extraits des interventions de Caroline Fourest dans "Politiquement Show" du 6 mars consacré aux municipales, sur LCI.
04 mars 2008
"Certifiées Vierges" - 01
Tunisie Algerie Maroc Viriginité de la femme - 01
Vidéo envoyée par Mzawdi
Aujourd'hui en France, des femmes ont recours à une opération pour recoudre leur hymen. A la demande de leur famille, certaines vont aussi trouver des gynécologues pour obtenir un certificat prouvant leur virginité. Elles sont en majorité musulmanes mais pas toutes. Caroline Fourest, Fiammetta Venner et Valérie Lucas ont mené l'enquête.
"Certifiées Vierges" - 02
Tunisie Algerie Maroc Viriginité de la femme - 02
Vidéo envoyée par Mzawdi
La braderie des HLM
Article paru dans le Monde du 29.02.08
Chaque année, les commerçants soldent leurs invendus. L'Etat, lui, a décidé de brader 40 000 logements sociaux. Et de récidiver chaque année. Soit pas moins de 140 000 logements sociaux liquidés d'ici à 2010. C'est l'objectif fixé par la ministre du logement. Les bailleurs sociaux espéraient l'en avoir dissuadée. Mais le président de la République est revenu à la charge lors de la présentation du plan banlieue. Et rien ne semble plus pouvoir enrayer la braderie. Etonnant entêtement. Car jamais la France n'a eu autant besoin de logements à loyers modérés. L'explosion des prix de l'immobilier ne cesse de creuser les inégalités. Les classes moyennes ont du mal à rester en centre-ville, les classes populaires ont tout simplement renoncé à y vivre un jour, la mixité sociale recule.
Pour lutter contre cette ghettoïsation et le repli communautaire qui en découle, l'Etat français dispose d'un outil majeur : le logement social. Lui seul permet de redistribuer les cartes, de ventiler, de donner de l'air et de la mixité. C'est cet outil que le gouvernement veut à tout prix émousser en sacrifiant chaque année 1 % de son parc locatif au slogan « Tous propriétaires ! ». On cherche une explication rationnelle. On peine à la trouver. A part ce rêve du candidat Sarkozy, celui d'une « France de propriétaires ». C'est beau comme du Thatcher, mais un peu décalé dans la France des années 2000. Bien sûr, tout le monde rêve d'un superbe appartement à Neuilly, avec vue sur la Seine, dont les travaux ont été réalisés à bas prix par un entrepreneur désireux de plaire. Mais la réalité en Seine-Saint-Denis n'est pas tout à fait celle de Neuilly. Dans le 93, chaque fois que l'Etat a voulu favoriser l'accession à la propriété privée des plus modestes en guise de politique du logement, le rêve a tourné au cauchemar.
Une fois endettées, les familles ayant acheté leur appartement n'ont presque jamais les moyens d'entretenir les parties communes. Le résultat est visible à l'oeil nu. Contrairement aux idées reçues, les quartiers les plus dégradés de France ne sont pas des cités HLM, mais des copropriétés délabrées, qui représentent jusqu'à 40 % du parc immobilier de certains quartiers difficiles. Ce n'est sans doute pas un hasard si les émeutes les plus graves de ces dernières années sont justement parties de ces copropriétés. Comme la Cerisaie à Villiers-le-Bel ou le quartier du Chêne Pointu à Clichy-sous-Bois.
La cité des Bosquets à Montfermeil offre un autre exemple dramatique. Dans les années 1960, des investisseurs pensaient avoir flairé une affaire en achetant des lots dans ce chef-lieu qu'on appelait jadis « Mont-fermé », mais qui promettait d'être enfin désenclavé grâce à un projet de liaison autoroutière, finalement abandonné. Les lots ont donc été vendus aux seuls Français susceptibles d'en vouloir, pauvres et issus des mêmes trajets migratoires. Beaucoup n'étaient pas en capacité de faire fonctionner leur syndic, en grande difficulté dès le milieu des années 1970. La SCI des Bosquets sera mise en liquidation en 1980, obligeant l'Etat et les collectivités locales à racheter peu à peu les logements pour éviter le pire. Un peu tard. Et sans pouvoir acheter assez de logements situés côte à côte pour transformer le paysage urbain et social.
Le parc HLM coexiste donc avec les derniers vestiges de la copropriété : des immeubles en ruine, aux portes éventrées, aux boîtes aux lettres cabossées, aux escaliers à haut risque. Les murs extérieurs sont recouverts de tags, contre la police et parfois contre les juifs. Les rares journalistes osant s'y aventurer ramènent des images trahissant l'abandon. Certains pyromanes politiques s'en servent pour dénoncer la démission des pouvoirs publics et faire enrager contre l'Etat... Lequel n'y est pour rien, puisque ces immeubles sont censés être entretenus par leurs propriétaires.
La seule solution pour en sortir est simple, mais coûteuse : racheter ces copropriétés, les intégrer au parc HLM, les réhabiliter, les entretenir et organiser la mixité. C'est l'un des constats faits par le plan Borloo. Mais l'ambitieux plan de rénovation urbaine a choisi de privilégier la destruction-reconstruction plutôt que le rachat-réhabilitation. Or la construction prend du temps. Pendant que les grues s'activent mollement, la mixité sociale s'écroule, les gens tombent, et le climat pourrit. Qu'en sera-t-il lorsque l'Etat aura pris le risque d'ajouter 140 000 logements privés tenus par des ménages très modestes en plus des copropriétés à risques déjà existantes ? Faut-il vraiment miner les quartiers populaires avec des logements privés dont l'Etat aura le plus grand mal, en cas de problème, à reprendre le contrôle ? Pourquoi, si ce n'est par idéologie ? Celle de l'accession à la propriété, partout, coûte que coûte et à tout prix.
Certes, la convention arrachée aux bailleurs sociaux prévoit que l'Etat construise deux logements sociaux pour un logement vendu. Mais, en attendant, l'Etat aura perdu sa marge de manoeuvre pour lutter contre les inégalités de logement d'aujourd'hui. Surtout, rien ne garantit que ces promesses-là soient tenues. L'argent pour construire pourrait bien manquer si l'Etat doit racheter en catastrophe les logements cédés à des syndics en liquidation lors d'un énième plan banlieue dont aucun Français ne voudra plus sur le mode « rien n'y fait jamais ». Alors que ce plan, positif sur certains aspects, comporte tout simplement une faille majeure dès l'origine. Une faille idéologique.
Caroline Fourest

