Caroline Fourest

Blog de Caroline Fourest : Editos, Interventions publiques, Articles, Livres, Conférences

29 octobre 2006

La laïcité contre le choc des civilisations

Conférence donnée par Caroline Fourest à Rimini (Italie) le 29 octobre 2006
à l'invitation du Centre Pio Manzu

Tout d’abord je voudrais remercier les organisateurs de me permettre de faire ce « sermon » en faveur de la laïcité en français qui est une langue généralement  assez appropriée pour l’exercice et qui est la mienne par dessus le marché. J’aimerais faire une intervention en deux temps. Dans un premier temps, j’aimerai tenter d’analyser les problèmes qui nous guettent. Ils ont été évoqués ici ou là, mais j'aimerais passer d'une analyse philosophique à une analyse un peu plus historique et sociologique de phénomènes qu’on pourrait très bien comprendre si l’on prend le temps de la complexité. Dans un deuxième temps, j’essaierais d’aborder quelles sont les solutions qu’il faut peut être se garder de choisir ou au contraire encourager pour essayer de sortir de cette situation anxiogène dans laquelle nous sommes.

La convergence de tous les intégrismes
Quelle est la source de l’angoisse qui revient systématiquement ces dernières années et notamment depuis le 11 septembre 2001 pour ce qui concerne le monde occidental ? Ce n'est pas le retour d’une pulsion animal ou quelque chose d’absolument irrationnelle que l’on ne pourrait pas expliquer ; c’est un phénomène qui tient en quelques mots : nous sommes face à la radicalisation des identités sur une base religieuse à tendance intégriste. Cette radicalisation menace un certain nombre de libertés pour lesquelles on s’était habitués à penser qu’elles étaient éternelles. Au cœur de ces libertés, il y a évidemment la notion de laïcité que j’entendrai à la française, peut-être au delà de la simple séparation des églises et de l’Etat, puisque j’irai jusqu’à la définir avec un peu d’ambition comme étant la séparation du politique et du religieux pour le bien des deux ; du politique et du religieux.

Pourquoi sommes nous sommes face à une radicalisation des identités sur une base religieuse à tendance intégriste au point que la laïcité est en danger ? Tout simplement parce que après les années 60 et '70, qui ont plutôt été des années de grandes libérations ayant débouché sur un certain nombre d’acquis et de droits — les mouvements de libération des mœurs, les mouvements de libération des femmes — , nous avons assisté à un forme de retour de manivelle. Il est observable dans chaque religion monothéiste si on choisir de limiter notre analyse à ce champ là. Dans les trois monothéismes, à la fin des années 70, nous assistons à un retour en politique de l’aile la plus radicale de ces trois monothéismes, et en l’espace de trois dates, de 1977 à 1979, les fruits de ce retour en politique commencent à perçer. 1977, par exemple, est une date importante dans l’histoire politique d’Israël. Pour la première fois, un parti politique juif ultra orthodoxe fait son entrée au parlement et modifie l’équilibre politique en faveur de la droite nationaliste au détriment de la gauche socialiste Israélienne. 1978 marque l’arrivée au sein du Vatican de Jean Paul II, soit l’ouverture d’un pontificat politique marqué par la résistance au communisme, et à travers de cette résistance au communisme on commence à entrevoir un processus où l’on intègre certains radicaux catholiques qui étaient jusque là restés, en tout cas depuis le Vatican II, à la porte de l’église. Benoit XVI vient récemment d’accélérer encore ce processus. 1979 est une date importante pour deux fondamentalismes : le fondamentalisme protestant américain et le fondamentalisme musulman. C’est la date de création de ce qu’on appelle la droite religieuse américaine, qui symbolise l’union de l’aile dure du parti républicain avec les pasteurs fondamentalistes protestants alors au sommet de leur succès grâce à l’évangélisation radio et télévisée. Ce qui va se traduire par l’entrée dans la vie politique américaine d’une nouvelle force, d’une nouvelle coalition. Cette droite religieuse américaine va désormais peser sur un certain nombre de débats contre l'avortement, contre les droits des minorités sexuelles, contre tout processus réfléchissant sur l’euthanasie, contre un certain nombre de recherches scientifiques, contre la théorie de l’évolution. Jusqu’à présent, ses effets ont étés plutôt contenus par les arrêts de la Court Suprême, mais la récente nomination par Goerges W. Bush de juges ultra-conservateurs à la Cour suprême menace cet équilibre. Et la droite religieuse améreicaine a radicalement transformer la tonalité du débat public américain. Et puis 1979, bien sûr, c’est l’arrivée de Komeini au pouvoir en Iran. Un événement qui a souvent été interprétée comme un danger isolé. On s’est dit « tiens, il y a un leader musulman sciite qui arrive au pouvoir d’un Etat, mais finalement puisque cela ne concerne que les chiites, peut être que la contagion va être limitée ». En réalité on n’avait pas vu, on n’avait pas voulu voir, que cette radicalisation sur une base politique, n’a fait que gagner du terrain, depuis la fin des années 70, pas simplement dans le monde musulman, mais dans l’ensemble du monde.

A ce stade, j’aimerais juste préciser ce que j’entends par « intégrisme », comme objet de mes recherches. Je ne travaille pas sur le religieux en tant que tel, et je ne suis pas une laïque inquiète lorsque des croyants s'emparent de leur fois pour militer contre la pauvreté, pour l'environnement, pour le bien de tous, je n’ai évidemment aucun grief à formuler dans ce cas là. Ma conscience laïque se sent plus agressée à partir du moment où la fois est invoquée pour imposer au nom d’un idéal absolu, la fin de certaines libertés, et le retour à certaines hiérarchies ; ce qui est malheureusement aujourd’hui un retour réel et encore une fois pas simplement dans le monde musulman. Pourtant, vous aurez remarqué combien l’intégrisme musulman parait aujourd'hui quand même nettement plus dangereux que l'intégrisme juif, ou que l'intégrisme chrétien. Beaucoup de gens s’interroge pour savoir à quoi doit on expliquer, où doit on chercher, pour essayer de comprendre d’où vient ce surcroît de dangerosité que nous ressentons ?

Refuser les explications simplistes et essentialistes
Il y a une première explication, contre laquelle je tente de m’élever dans un livre qui compare justement les trois intégrismes : l’explication essentialiste. Elle consiste à se dire : « finalement peut-être que l’Islam, par nature, possède une tentation presque intrinsèque à produire du fanatisme contrairement au judaïsme ou au christianisme ». Si on se livre à une étude comparative sérieuse, cette explication essentialiste ne tient pas la route. En réalité, aucune religion n’est à l’abri de produire de la violence. Le judaïsme — dont la Genèse inspire les trois monothéismes – comporte des textes extrêmement durs. Un passage du Lévitique explique : « Celui qui blasphème le nom de l’Eternel soit mit aux portes de la communauté et lapidé ». Pour autant aujourd’hui vous aurez remarqué comme moi que ceux qui tuent des religieuses out qui brûlent des ambassades quand on blasphème, ne sont pas Juifs. Ce qui prouve que l’explication par la nature de la religion n’est pas très pertinente. A priori, la figure de Jésus Christ, porteur d’une « bonne nouvelle » plutôt libérale par rapport au judaïsme originel, est une figure pacifiste. Et pourtant, cela n'a pas empêché l'Inquisition d'avoir lieu en son nom. De même, le « Rendez à César ce qui est à César » prononcé par Jésus n’a pas empêché la fusion du politique et du religieux au nom du christianisme, depuis l’empire de Constantin. Jusqu’à très récemment en France, nous avions une monarchie de droit divin. Il a fallu la philosophie des lumières, la révolution française et la loi de 1905 consacrant la laïcité pour en venir à bout.
A l’inverse, le Coran réserve des surprises par rapport à ce que nous en donnent comme image les intégristes musulmans. Si vous prenez par exemple la question des droits des femmes, vous sauriez surpris de découvrir à quel point Maomet était loin d'être un prophète plus sexiste que certains pères de l'église. Maomet a vécu plus tard que les deux précédents prophètes, il était entouré de femmes à fort caractère, comme sa première femme khadija ou sa très jeune femme Aïcha, et il s’est plutôt battu pour certaines avancées dans ce domaine. Par exemple, il s'est battu pour que les femmes héritent de la moitié d'un homme, ce qui à l'époque était une avancée féministe puisque les femmes n’héritaient pas du tout, ni à Médine ni dans la péninsule arabique.  Il s’est battu contre le principe de l’excision, qui est souvent attribué à l’Islam et qui est en fait une coutume patriarcale existant bien avant l’Islam. Il s’est battu pour qu’on la modère. Dans la Sunna, la tradition islamique, il est rapporté qu’une jeune femme venue lui demander si elle avait le droit de refuser de se marier contre son grès a obtenu gain de cause. Mahomet lui aurait dit qu’une femme ne peut être mariée qu’avec son consentement. Vous voyez bien qu’entre une intention originelle et ce qu’en font des intégristes, souvent des intégristes hommes, parfaitement humains et très politiques, il peut y avoir un immense écart. Ce n’est donc certainement pas dans la voie de l’explication essentialiste, automatique, qu’il faut chercher pour comprendre pourquoi l’intégrisme musulman se montre aujourd’hui si menaçant.

L’autre interprétation, plus rationelle qu’essentialiste, tient à l’examen des contre-pouvoirs qui s’exercent ou non face aux ambitions intégristes. Une religion est moins instrumentalisée par ses extrémistes lorsqu’elle rencontre une résistance laïque, un cadre qui l’oblige à rester soit dans la sphère privée, soit en tout cas dans une sphère qui ne menace pas les autres. Je vous donne un exemple. En Israël, il existe un quartier juif ultra orthodoxe nommé Mea Sharim. Il est essentiellement composé de Juifs très religieux, ceux qu’on appelle haredim — « les tremblants devant Dieu ». Les femmes y sont priées de porter perruque pour ne pas montrer leur chevelure, empruntent des bus séparés des hommes, pour ne pas se mélanger. Même si vous n’appartenez p as à cette communauté, lorsque vous voulez passer par les rues du quartier, vous devez vous plier à certaines règles. Une large banderolle vous indique qu’il faut se vêtir de façon digne pour ne pas choquer. Autrement dit, si vous êtes une femme par exemple et que vous entrez dans ce quartier en pantalon, où avec comme moi aujourd’hui un t-shirt avec les manches relevées, vous recevez des pierres de la part de la Ligue de la vertu ; certains habitants du quartier ayant constitué une petite milice qui fait la loi sur une base religieuse intégriste. Un jeune qui habitait à proximité du quartier, qui écoutait de la musique un peu trop fort, jugée surtout beaucoup trop moderne, a été victime d’un commando de cette milice. Ils ont cassé ses disques, brûlé ses jeans, comme autant d’oeuvres sataniques et démoniaques.
Quelle est la différence entre la situation des femmes de Mea Sharim, décrite par un très beau film d’Amos Gitai, « Kadosh », et la vie d'une femme en Arabie Saoudite ? Du point de la vie quotidienne, aucune. Une femme en Arabie Saoudite, surtout si elle est milliardaire, vit même une vie à priori plus inviable qu’une femme de Mea Sharim, mais… il existe tout de même une différence fondamentale entre ces deux situations. Si une femme de Mea Sharim née dans une communauté juive intégriste veut s’émanciper de sa condition, veut quitter ce mode de fonctionnement communautaire, elle sorte de son quartier, et si elle a été victime par exemple de violences sexistes elle peut porter plainte devant la Court Suprême  d’Israël qui est laïque – malgré certains arrangements politiques avec les religieux. Elle sera reconnue dans ses droits. Si une femme vivant dans un pays appliquant la Charia s’avisait d’aller demander à la police de la protéger contre un homme qui veut lui imposer le voile ou certaines coutumes patriarcales, c’est la police elle-même qui se chargerait d’appliquer la loi religieuse à cette femme. Comme en Arabie Saoudite. Toute la différence est là. Et vous voyez l’importance du constat pour chercher les solutions, parce que si on se trompe de constat on se trompe de solution.

Un diagnostic précis pour résister avec des idées claires
J’en viens donc à ma deuxième partie sur comment résister à ce qui nous menace. Si la résistance n’est  pas dans l’affrontement de modèles de philosophies différentes, de civilisations, des religions, est au contraire dans le renforcement du cadre laïque, il faut assurément le piège essentialiste résumé par la croyance dans le fait que nous vivons actuellement un « choc des civilisations ». Cette lecture shématique ne sert qu’à agiter les peurs et à chercher dans la mauvaise direction en confortant l’illusion d’un bras de fer entre entités qui englobent tout et n’importe quoi, puisque le concept de civilisation confond les modernistes et les fondamentalistes, les athées et les intégristes, au sein du monde musulman comme au sein de l’Europe, comme au sein de tous les pays, de toutes les familles d'idées. Or il y existe plusieurs nuances, plusieurs options, plusieurs individualités au sein de ces entités. Les mauvais diagnostics conduisent à des réponses catastrophiques. Nous l’avons vu au sujet de la guerre en Irak, où une analyse erronée voire délibérement mensongère à conduit 300 américains à se faire tué dans un conflit ayant entraîné entre 100 000 et 600 000 victimes en Irak… tout cela pour quoi ? Pour venger les 3000 morts du 11 septembre. Même pas. En tout cas, le terrorisme islamique ne s’est jamais aussi bien porté. Et pourtant, cette tagédie pouvait être évitée. J’ai eu l’occasion de participer à un séminaire 6 mois avant le déclenchement de la guerre en Iraq avec des intellectuels américains et européens. J’avais le sentiment de « prêcher dans le désert », comme on dit en français, lorsque j’essayer à expliquer que mener une opération militaire en Irak serait le plus beau cadeau fait aux intégristes musulmans. Il est temps de réaliser que nous ne vivons pas une guerre conventionnelle, et donc que nous ne gagnerons pas cette guerre avec des chars, mais avec des convictions. Car c'est une guerre des idées et de valeurs avant tout. Un système de pensée qui doit répondre, argument par argument, à un autre système de pensée. Et ce système de pensée n’est pas l’Islam, n’est pas le monde arabe, ce système de pensée c’est l’intégrisme, à qui nous devons opposer une autre pensée : la laïcité.
Ce qui m’amène au second piège à éviter, si l’on veut que cette résistance par la laïcité soit efficace. Auatnt l'essentialisme constitue sans doute peut une tentation dangereuse du camp plutôt droitier, autant le second piège, le relativisme,  menace plutôt ma famille de pensée, le camp progressiste. Ce piège consiste à considérer qu'il n'y a pas de guerre d'idées, qu'il n'y a pas de danger, et donc qu‘il n’y a pas besoin de résister. Cela s’appelle le renoncement, et il a pris ces derniers mois plusieurs traits différents. Il a pris notamment le trait d’une notion assez étonnante, traduite dans à peu près dans toutes les langue – je suis sûre que vous l’avez entendue, je l’ai vue la Une dans un journal qui est sur vos sièges — c'est le mot "Islamophobie".

La confusion induite par le mot « islamophobie »
Utilisé de façon abusive, ce mot peut paralyser toutes résistances à l’intégrisme, en faisant passer la critique de l’intégrisme, ou simplement parfois même de la religion, pour du racisme. Son éthymologie même pose porblème. Il désigne une phobie irraisonnée non pas envers les musulmans mais envers l'Islam. Il ne pointe donc pas du doigt la phobie envers des individus mais envers des idées, un système de pensée, une idéologie, en l’occurrence une religion. Or en tant que militante antiraciste, si je souhaite combattre tout comportement haineux et discriminatoire envers les individus pour ce qu’ils sont — homosexuels, musulmans, femmes —, je ne peux pas tolérer que l’on restraigne la liberté d’expression envers une religion en faisant passer l’esprit critique laïque pour du racisme. Surtout en ce moment, où il est particulièrement absurbe de penser que la libre critique envers l’islam et envers le religieux relève de la phobie irrationelle… Car si l’on confond un discours critique envers une religion avec une attitude raciste envers des individus se revendiquant d’une religion, vous voyez bien que l’on est en train de glisser d’un terme disqualifiant les racistes à un terme disqualifiant les blasphémateurs. C’est à peu près le plus sûr moyen de ne rien comprendre à nos deux débats actuels. Donc je ferai une suggestion : celle de bien faire une distinction entre ces deux notions. Si l'on veut dénoncer une peur voir une haine irrationelle envers les musulmans se manifestant de façon raciste, il faut parler de racisme anti-musulmans. Le mot « islamophobie », lui, désigne la critique execessive et irrationelle envers l’Islam. Et dans bien des cas, il faut peut-être se garder d’y voir automatiquement une manifestation de racisme, sous peine d’interdire de libre parole des esprits libres et laïques, voir des musulmans modernistes en lutte contre une vision essentialiste et archaïque de l’islam. Les esprits libres de culture musulmane sont en effet les premiers à être attaqués comme « islamophobes » — c’est à dire en l’occurrence comme apostats — par des musulmans politiques qui cherchent à les disqualifier mais qui ont bien compris que l’accusation d’apostasie était moins efficace que celle de racisme envers l’islam. Ne rentrons pas dans ce jeu qui consiste à soutenir les fondamentalistes contre les modernistes, à un moment de l’histoire où les modernistes ont plus que jamais besoin de leur liberté d’expression pour faire avancer la laïcité face à l’islam. Aucune religion n’a évoluée sans être critiquée, et ce n’est certainement pas au cœur de l’Europe — qui est peut être une des rares régions au monde où cette critique est possible (les Etats-Unis ont peut être des choses à nous envier dans ce domaine) – que l’on doti interdire la critiquer de l’islam au nom de la lutte contre l’  « islamophobie ». Je rappelle que c'est l’un des endroits au monde où ont migrés beaucoup de résistants au fanatisme de toutes les cultures, beaucoup d'iraniens, beaucoup d'algériens. Ils ont fui l’islamisme dans l’espoir de trouver en Europe cette liberté de parole sur la religion qu’ils n’ont pas ailleurs. Et c’est ici, après l'11 septembre, en pleine guerre des laïques contre les intégristes, un combat d’idée qui s’arbitre à l’occasion d’affaires comme celle des caricatures, que l’on aimerait leur demander de se taire, sous prétexte de « ne pas mettre de l’huile sur le feu » de l’islamophobie.

L’effet dévasteur de la confusion au sujet du voile
Cela m’amène à un exemple concret de débat, où ces nuances se révèlent capitales pour la suite de nos enjeux. Ce matin, un orateur a qualifié la loi contre les signes religieux à l’école public votée en France comme étant le symptôme absolu du dogmatisme laïciste français. En tant que responsable d'une revue qui combat les idéologies dogmatiques et qui a soutenu cette loi, j'avoue ne pas trop me reconnaître dans cette caricature. Je vais essayer de démontrer pourquoi. J’aimerais au moins juste vous dire que la loi sur les signes religieux à l’école publique d’abord concerne tous les signes religieux, ensuite ne concerne que l’école publique, en France le voile n’est pas interdit dans la rue, il  n’est pas interdit dans sa famille, absolument pas. Ensuite j’aimerais vous dire que cette loi a été votée à l’issue de plusieurs mois de débats très intenses, extrêmement intéressants intellectuellement et politiquement parlant, et que la commission qui a été mise en place pour décider ou pour recommander le vote de cette loi au départ était à 90% totalement opposée à l’idée de légiférer. Ce qui a fait changer d’avis cette commission, ce sont les débats que nous avons eus, mais aussi une audition en particulier : celle de jeunes filles d’origine ou de culture musulmane qui ont dit aux membres de la commission « Vous savez, si demain l'école française publique, il est dit qu'elle tolère le port du voile, moi je serai obligée de le porter, parce que aujourd'hui je peux résister à mon père, à mon frère, à la pression du quartier en disant, de toute façon ce n'est pas autorisé à l'école publique, donc tenez bon ». Si , à l’issu de ces débats, le voile avait été autorisé au sein des écoles publiques, ne pas le porter aurait été vécu comme une trahison communautaire et cette pression aurait rejailli sur bien des jeunes français de culture musulmane ne souhaitant pas le porter. C’est pour en pensant à elles, avant toute chose, que la loi a été votée. Dans un contexte où on le sait  — plusieurs enquêtes l'ont montré pendant nos débats — il existe une pression de plus en plus forte sur les identités communautaires. Le choix de la commission, celui de la république française, était finalement assez simple. Il s’agissaait soit de soutenir les jeunes filles ne souhaitant pas porter le voile en leur permettant de poursuivre leurs études à l’abris au moins du prosélytisme religieux grâce au prétexte de l’école publique laïque soit de privilégier en priorité le choix des jeunes femmes souhaitant porter leur voile en classe. En sachant que ces élèves, celles qui souhaitent faire passer leur convictions spirituelles — souvent par convictions politiques et identitaires davantage que religieuses — avant l’éducation publique, ont la possibilité d’aller étudier dans des écoles privées acceptant le voile (il y en a) ou par correspondance. Car il faut bien comprendre que nous n’avons plus affaire à des jeunes femmes forcées de porter le voile par leurs famille mais bien souvent à des jeunes femmes qui ont fait ce choix par repli identitaire, contre l’avis de leurs parents, sous l’influence du contexte international. Ona le droit de percevoir le voile de différentes façons. De même, que les femmes portant le voile ont le droit d’expliquer qu’elles n’y voient pas un symbole de soumission, j’ai le droit, en tant que féministe, de dire le message qu’il m’envoie en tant que femme non voilée. Celui d’une frontière entre les femmes pudiques, et les autres, impudiques. En tant que femme non voilée, je perçois ce choix comme le choix du patriarcat contre l’évolution des droits des femmes, donc comme une forme de trahison de la solidarité entre femmes. Donc comme un choix très politiques par les temps actuels. Je sais bien que les femmes voilées ne le voient pas ainsi, je suis prête à en parler avec elles et j'ai des débats avec elles à ce sujet, mais je refuse de renoncer à ce dialogue sous prétexte de respect la culture ou la religion.

Ne pas confondre mutlcutluralisme et renoncement au mélange et à l’égalité
Cela m'amène à un autre aspect de ce danger lié au renoncement. Un danger qui prend parfois la figure dévoyée du multiculturalisme mais pas dans le sens où l’ont entendu les intellectuels l'ont pensé au départ. Je suis tout à fait favorable à ce qu’on reconnaisse enfin que nos sociétés ne sont pas monoculturelles, mais sont pluri-culturelles. En revanche, je refuse de passer de ce constat au fait de penser qu'il n'y a plus de règles communes à avoir, ni dialogues, ni d’échanges, au point d’enfemer chacun serait dans « sa culture ». Pour reprendre le propos de Amartya Sen, on passerait alors d’un multiculturalisme à un mono-culturalisme pluriel : chacun vivant de façon séparée ce qui est supposé être sa culture au lieu de se mélanger. Cette confusion ayant dévoyée l’esprit originel de la réflexion sur le multiculturalisme a été facilité par le clientélisme communautaire et le pragamatisme politique. Il faut y prendre garde sous peine d’enterriner des pratiques archaïques et discriminatoires comme étant des pratiques culturelles à ne pas juger. Je pense encore une fois à l’intervention de ce matin, où le même orateur ayant fustiger la loi sur les signes religieux à l’école publique comme étant le signe du laïcisme français, a semblé considérer le porte de la burka (ce grillage intégrale couvrant le corps des femmes en Afghanistan) était le symbole de l'identité musulmane, et donc devait être respecté. Effectivement, si l’on considère la burka comme le symbole de l’identité musulmane, l’interdire, même dans les écoles publiques, revient à offenser l’identité musulmane. Mais comment peut-on admettre une telle réduction de l’identité musulmane à son exporession la plus archaïque ? Je ne sais pas comment ressentent ce genre de propos des féministe algériennes, des féministes iraniennes, des féministes nées dans des familles de culture musulmane, qui ne portent pas le voile, et qui se battent contre ce symbole patriarcal ? En réalité, je le sais puisque j'en discute avec elles. Elles le ressentent comme une véritable trahison de la part de soi-disant progressistes se transformant en alliés des fondamentalistes sexistes sous prétexte de respecter la culture musulmane de façon exotique.
Sous prétexte de respecter les cultures, nous sommes en train d’enfermer des européens, des citoyens européens, dans une vision totalement archaïque de leur présupposée culture en allant jusqu’à confondre l’approche moderniste et fondamentaliste de l’identitié. Vous voyez bien comment ce détour apparemment plutôt progressiste et multiculturaliste, lorsqu'il va jusque là, finit par rejoindre l'essentialisme plutôt droitier dont je parlais tout à l’heure. Les deux se complètent finalement à merveilles pour considère les cultures comme des choses exotiques à ne pas mélanger. Ils se rejoignent pour aboutir à cette situation ubuesque dans laquelle nous nous trouvons à l’heure actuelle. Mais je ne crois pas à la fatalité.

Le choix du modèle européen est encore possible
Je donnerai simplement quelques chiffres pour montrer que le débat sur cette orientitation de nos modèles en Europe peut encore s’éclaircir et éviter certains pièges. Au lendemain de l’attentat du 7 juillet en Angleterre, beaucoup d'études et de sondages qui sont parus sur les musulmans de Grande-Bretagne. Ces chiffres ont de quoi inquiéter les Anglais. L’Angleterre a un modèle officiellement très multiculturaliste, très tolérant, que l’on oppose souvent à l’intransigeance du modèle d’intégration français. Les deux pays ont fait des choix très différents. L’Angleterre mène une politique officiellement très ouverte en interne mais sa politique atlantiste l’a conduite à participer à la guerre en Irak. La France, au contraire, s’y est refusé mais a voté la loi sur les signes religieux à l’école publique. Quels sont les résultats respectifs de ces choix. Selon des sondages récents, 40% des musulmans britanniques souhaiteraient la restauration d’une loi communautaire basée sur la Charia en Angleterre. A titre de comparaison, en France, 73% de musulmans de France sont très attachés au principe de la laïcité.
Je ne prétends pas que le modèle français soit la solution à tous nos problèmes. Je souhaite simplement attirer l’attention sur le fait que le refus des position guerrières simplistes, pouvant accréditer l’idée d’un choc des civilisations en externe, combiné à la réaffirmation d’un cadre laïque exigent en interne, est peut-être une façon de traverser l’époque que nous vivons à médier pour l’Europe. Il faut trouver le moyen d’évoluer vers un universalisme favorisant les valeurs communes et donc le mélange, notamment les mariages mixtes, qui ne tombe ni dans le conformisme ni dans le normatif. A partir d’une acceptation du multiculturalisme qui ne tombe ni dans le renoncement ni dans le séparatisme. La réaffirmation des valeurs d’égalité, de liberté individuelles et de laïcité dont partie de ces chemins vers un modèle européen équilibré. Leur réaffirmation doit se centrer notamment sur des lieux clef pour la citoyenneté comme l’école. Parce que l'école est le lieu où on se croise et où l’on forme sa consience de citoyen, à mi parcours entre le déterminisme de notre origine et de notre famille et le devenir individuel que chaque société est censé nous permettre de choisir. Cette question de l’école comme lieu de résistance à la normativité mais aussi à la pression communautaire et aux déterminismes sociaux-culturels est centrale pour l’avenir du modèle culturel européen, et donc pour la résistance à l’intégrisme en général.
Je finirai par vraiment essayer de plaider pour que nos débats redeviennent des débats d’idées et non des confrontations d’identités, comme on cherche trop souvent à y amener en ce momement. Il faut cesser de penser des tables rondes en fonction de l’origine de chacun (juif, chrétien, musulman…) pour clarifier les enjeux et les lignes de démarcations. Lesquelles ne divisent et ne doivent pas diviser les camps en fonction de leur origine ou de leur religion mais bien en fonction de leurs convictions : leur vision de l’universel et du multuculturalisme, de la laïcité… Dans quel sens, comment, avec quelles priorités ? Voilà le cœur de nos débats à venir. Aujourd’hui, depuis le 11 septembre, on a le sentiment que chacun devrait s’exprimer en tant que soi, en tant que juif, en tant que musulman, en tant que chrétien, et non plus en tant que partisan de telle ou telle idée. C’est un merveilleux cadeau à faire à l’essentialisme et donc un merveilleux cadeau fait à ceux qui aujourd’hui instrumentalisent le mieux l’essentialisme, c’est-à-dire les intégristes. J’espère donc vraiment que nos débats sauront éviter ce piège et remettre la question des idées au centre du débat. Pour un débat assumé entre théocrates de toutes les religions et démocrates laïques de toutes les origines, de toutes les cultures, de toutes les confessions. Merci.

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18 octobre 2006

L'islam face à la critique


L'islam face à la critique
Vidéo envoyée par prochoix

   Débat de Mots croisés : l'islam face à la critique > Alain MADELIN, député Ile-et-Villaine (UMP) > Vincent PEILLON, député européen (PS) > Caroline FOUREST, essayiste et journaliste à Charlie Hebdo           > Rachida KHALIL, comédienne    > Frédéric LENOIR, philosophe et sociologue, directeur de la rédaction du Monde des Religions > Abdennour BIDAR, professeur de philosophie > Mahmoud DOUA, membre de l’UOIF, enseignant en anthropologie et sciences politiques à l’université de Bordeaux > Jean-Marc ROUBAUD, député du Gard (UMP)  , auteur de la proposition de loi visant à interdire le blasphème http://www.prochoix.org/cgi/blog/?q=fourest

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17 octobre 2006

Affaire Redeker : restons précis (à propos du mot fatwa)

L'élan de solidarité, naturel et nécessaire, envers Robert Redeker ne doit pas nous empêcher de rester rigoureux et précis.

Dans la presse, le mot de "fatwa" a plusieurs fois été prononcé. Il est inexact. Une fatwa n'est rien d'autre qu'un avis religieux. Robert Redeker a reçu des menaces de morts, par mail et sur internet. Nous savons que ces messages servent aujourd'hui de consignes — puisque contrairement à l'époque de Rushdie, il n'existe pas d'Etat islamique avec à sa tête un Mollah pouvant prononcer un ordre ayant une telle résonance. Nous vivons néanmoins, surtout au moment des caricatures, des "affaires" comparables à celle de l'affaire Rushdie.

La consigne donnée contre le Figaro par le cheikh islamiste Youssef al-Qaradawi le 20 septembre, est plus ambigue. En tant que savant islamique délivrant des avis religieux sur Al-Jazira, ses propos peuvent avoir valeur de fatwa. La dépêche AFP, sur laquelle nous nous basons tous, ne disait pas si Youssef al-Qaradhawi a attaqué Le Figaro ou Robert Redeker de façon nominative. Vérification faite, le prédicateur a été interrogé lors du journal télévisé par un journaliste de la chaîne ayant nommé Redeker avant de lui passer la parole. Le prédicateur, en duplex, a commenté les propos du pape puis il a appelé les Musulmans à protester contre ces "attaques" contre l'Islam venant du pape et du Figaro. Mais sans brûler ni ambassades ni drapeaux (comme au moment de l'affaire des caricatures). Ces actes ont même été qualifiés d'illicites" par ce référent religieux que l'on sait plus proche du quatar que de l'Iran ou de la Syrie (les deux pays ayant orchestré les protestations au moment de l'affaire des caricatures).

Reste que les intégristes étrangers regardant Al-Jazira n'auraient jamais entendus parler de Robert Redeker et de son article sans cette émission (les menaces de mort les plus graves reçues par Redeker ont été rédigées en anglais).

Dernière chose, ceux qui sautent sur l'occasion du manque de précision de la presse à propos de ce terme pour se désolidariser de Redeker et accréditer l'idée d'un complot médiatique visant à stigmatiser les intégristes ne trompent personne. En l'occurence, en employant le mot "fatwa", la presse n'a pas dramatisé mais minimisé. En effet, il est beaucoup moins grave de recevoir une recommandation religieuse qu'une menace de mort !

Caroline Fourest

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15 octobre 2006

L'école face à l'obscurantisme religieux

ecoleobin20 personnalités commentent un rapport choc de l’Education nationale
(Editions Max Milo)

L’école laïque et ses lois sont-elles encore à l’ordre du jour en France ? Peut-on encore affirmer que la laïcité, qui stipule l’existence d’un espace public où les convictions religieuses ou politiques des individus sont censées ne pas s’imposer à qui ne les partage pas, est encore respectée dans tous les établissements scolaires de notre pays ?

Pour le savoir, il était essentiel que paraisse le travail réalisé sous la houlette de l’inspecteur général de l’Education nationale, Jean-Pierre Obin. Son rapport, intitulé Les Signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, a été rédigé en 2004 à partir d’une enquête de terrain de plusieurs mois par une équipe d’inspecteurs généraux dans soixante établissements scolaires d’une vingtaine de départements. Le rapport est d’abord resté confidentiel. Mais, grâce aux éditions Max Milo, le lecteur pourra directement prendre connaissance du contenu du rapport Obin, édité pour la première fois dans son intégralité.

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12 octobre 2006

Les approximations complotistes de Pascal Boniface

Dans Halte aux feux, Pascal Boniface livre une version totalement biaisée de mon travail (page 235). Pas à n'importe quel moment. Lorsque Elisabeth Schemla somme ce chercheur de donner des exemples montrant que les médias sont « islamophobes » et complotent pour laisser penser qu'il existe un intégriste derrière chaque musulman.

Acculé, Pascal Boniface finit par expliquer que la remise du Prix du livre politique au livre de Fadéla Amara et à mon livre, La Tentation obscurantiste, atteste de ce climat empoisonné. Voire de ce projet caché. « Avoir une jeune femme qui se dit de gauche, qui est animée par la défense des libertés et de la laïcité, qui a fait un livre à succès contre Tariq Ramadan, constitue un renfort de poids dans la bataille idéologique contre l'islamisme. Elle dénonce aussi, de façon exagérée selon moi, une alliance entre certains mouvements de gauche et l'islamisme. Une recrue qui mérite récompense. »

Je ne suis pas sûre de décrypter tous les sous-entendus, soigneusement contrôlés, d'une telle phrase. Recrue de qui? Pour quel obscur réseau suis-je censée travailler ? Dois-je mettre ces sous-entendus en parallèle avec les accusations de « sionisme » professées contre moi par Tariq Ramadan depuis que j'ai eu l'audace de m'attaquer aux islamistes et surtout à lui ? Une accusation facile et bien connue, mais qui appelle néanmoins une petite mise au point. En tant que journaliste spécialisée dans l'étude des intégrismes, je travaille sur tous les intégrismes, juif, chrétien et musulman. Le sionisme n'entre pas, en soi, dans mon champ d'application. En réalité, il ne fait pas vraiment partie, je le confesse de façon presque honteuse, de mes centres d'intérêts. Le conflit au Soudan, par exemple, me semble autrement plus meurtrier à l'heure actuelle. Pour tout dire, je n'ai d'autre avis sur ce conflit que celui de l'immense majorité des citoyens. « Deux peuples, deux Etats », et vite. Mon journalisme engagé est effectivement guidé par la défense des libertés, en toute indépendance. Je ne me « dis » pas de gauche, je le suis (même si cela chagrine Pascal Boniface). Quelques phrases plus loin, Pascal Boniface complète ses sous-entendus : « Fourest dénonce le terrorisme et le radical islamiste, moi aussi, mais elle ne dit pas un mot des raisons de cette montée. Et, bien sûr, à aucun moment, elle ne condamne, fût-ce à demi-mot, les occupations militaires israéliennes et américaines et leurs effets. Tant d'approximations et de simplisme méritent un prix ? Je ne le crois pas. »

Visiblement, Pascal Boniface n'a pas jugé bon de me lire avant de dénigrer mon travail. Il ne sait pas, ou feint d'ignorer, que Tirs Croisés (co-écrit avec Fiammetta Venner) — et qui figurait en 2003 parmi les trois finalistes retenus par le jury du Prix du livre politique — analyse justement les facteurs géopolitiques et historiques expliquant la montée de l'islamisme pour mieux refuser une lecture visant à faire de l'Islam, en tant que religion, la source de ce fanatisme politique. Dans ce même livre, dans mes articles dans Charlie Hebdo, lors de mes interventions télévisées, je n'ai cessé de critiquer l'expansionnisme de type colonialiste des intégristes juifs et le messianisme dangereux guidant l'intervention américaine en Irak (contre laquelle j'ai manifesté et dont le bilan me paraît justifier toutes les craintes). Pascal Boniface est convaincant quand il met en garde contre les méfaits des procès d'intention. Beaucoup moins quand il se révèle incapable d'appliquer à lui-même cette rigueur qu'il attend uniquement des autres.

Caroline Fourest

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Halte aux feux de Pascal Boniface et Elisabeth Schemla

Halte aux feux, Editions Flammarion
Pascal Boniface, Elisabeth Schemla

hofeuHalte au feux est bien « le débat inespéré » promis par le bandeau rouge sur la couverture. Ce dialogue impossible et néanmoins passionnant entre Elisabeth Schemla et Pascal Boniface a le grand mérite de souligner, à chaque incompréhension mutuelle, combien certaines questions-clefs comme le conflit israélo-palestinien, l’antisémitisme ou l’islamophobie, peuvent être analysées et donc vécues de façon totalement divergente selon son angle de vue. Tout oppose nos deux « dialoguistes ».

L’un, Pascal Boniface, intervenant souvent dans les médias à propos du conflit israélo-palestinien, défend un point de vue de chercheur de l’IRIS, froid et distancié. Même s’il apparaît parfois emmuré dans une posture de principe qui résiste à l’épreuve des faits. Très critique envers Israël, beaucoup moins envers les Palestiniens côté international. Ultra-sensible à l’islamophobie et moins vigilant face à l’islamisme ou l’antisémitisme côté français. Elisabeth Schemla, au contraire, est connue pour son tempérament journalistique passionné. Lequel se révèle finalement équilibré par son amour pour l’enquête de terrain. Idéologiquement et résolument convaincue que Sharon avait vu juste, pragmatiquement pour un État palestinien côté international.Très inquiète du retour de l’antisémitisme et de la menace représentée par l’islamisme au niveau mondial, plus sceptique face au concept confus d’islamophobie sur le plan français.Leurs positions se résument-elles à cela ? Pas du tout. À plusieurs reprises, souvent même, ils semblent flirter avec le même constat : celui d’une paix nécessaire et d’un « deux peuples, deux Etats » bien sûr, mais aussi celui de la montée de tous les extrémismes et de tous les fanatismes. Reste la question des priorités, qui divise inlassablement, même les personnes de bonne volonté. La menace prioritaire dans le monde, à combattre donc en premier lieu, est-elle d’ordre colonialiste, post-coloniale, ou intégriste ?

Chacun arbitre en fonction de ses priorités et de sa sensibilité, malgré le climat tendu et les procès d’intention. Pascal Boniface donne régulièrement l’impression d’avoir voulu ce livre pour dire à Elisabeth Schemla combien il a souffert d’avoir été soupçonné d’antisémitisme après sa note interne invitant le parti socialiste à se préoccuper davantage de l’électorat arabe que juif, en optant pour une position pro-palestinienne pour des raisons de principes, mais surtout de rentabilité électorale. Ce mémo rendu public en avait fait la cible d’un pugilat médiatique dont il dessine les contours avec une émotion à la limite du rationnel. Le tournant du livre se situe sans aucun doute au moment de la perception des médias
comme étant plutôt « islamophobes » et enclins à soutenir Israël ou l’inverse. Même s’il s’en défend, Pascal Boniface en donne une vision essentialisée, obscure, comme si les médias formaient une police de la pensée entre les mains de nombreux journalistes juifs.

Elisabeth Schemla marque incontestablement un point lorsqu’elle souligne les accents complotistes d’une telle vision. Elle rappelle que bien que soupçonné de partialité dans le conflit israélo-palestinien, Pascal Boniface est toujours l’invité incontournable des médias, tandis que son attachement personnel au sionisme — au sens de vouloir défendre le droit d’Israël à exister— lui a coûté autrement plus cher. Journaliste connue et reconnue, elle a dû quitter la presse classique et créer un site, Procheorient.info, pour continuer à écrire. Elle ne trouvait tout simplement plus d’espace dans les médias pour défendre une autre lecture de ce conflit, ni même pour publier des confrères sur le retour de l’antisémitisme. Ces enquêtes, la veille des contenus des programmes de certaines chaînes arabes comme Al-Manar notamment, ont permis d’enrichir le débat public envers et contre les blocages idéologiques. Elles se sont imposées parce que fondées et parce que l’information manquait ailleurs. Mais au prix d’attaques continuelles, mettant en question la compétence et surtout l’indépendance de ses rédacteurs. Avec le recul, on mesure que le prix payé par l’un et l’autre au soupçon de partialité doit moins à l’orientation plutôt pro-israëlienne ou plutôt pro-palestienne des médias (divers par la force des choses), mais au statut de l’un et de l’autre. Pascal Boniface n’est ni arabe ni juif, mais chercheur à l’IRIS, un institut chargé d’analyser les relations internationales, ce qui lui confère une auréole de neutralité, malgré son évidente partialité. Elisabeth Schemla est juive et journaliste. Un statut beaucoup plus précaire, où l’on a vite fait, dans le climat actuel, d’opposer une origine à l’objectivité mythifiée du journalisme. Heureusement, il existe encore l’édition pour remettre certaines pendules à l’heure.

Ce livre permet de restaurer certaines nuances que la tension et la propagande tentent de pulvériser depuis 2000. Pascal Boniface n’est ni un affreux antisémite, ni un abominable islamiste. De même qu’Elisabeth Schemla n’est ni une abominable islamophobe, ni un agent du Mossad. Mais ils sont des observateurs engagés, aux sensibilités divergentes. Leurs analyses enrichissent un débat public qui doit être à la mesure de la complexité du monde. Toucher du doigt la complexité de ces sujets est sans aucun doute le grand mérite du livre. Ce ne fut pas chose facile. Les auteurs confient avoir souvent pensé à renoncer, tant la tension et l’incompréhension pouvaient générer une impatience et, finalement, un manque de sérénité rendant impossible l’entreprise. Ils ont pris sur eux et y sont arrivés. Merci à eux deux pour cette contribution. Elle nous permet d’espérer une aire de débat enfin débarrassée des procès d’intentions au profit d’une confrontation plus franche et plus saine.

Mais puisque nous souhaitons tous inaugurer une aire de débat le plus honnête possible, je me permets ici de rectifier un procès d’intention surgissant dans la bouche de Pascal Boniface à mon sujet (page 235). Pas à n’importe quel moment. Lorsque Elisabeth Schemla somme ce chercheur de donner des exemples montrant que les médias sont « islamophobes » et complotent pour laisser penser qu’il existe un intégriste derrière chaque musulman. Acculé, Pascal Boniface finit par expliquer que la remise du Prix du livre politique au livre de Fadéla Amara et à mon livre, La Tentation obscurantiste, atteste de ce climat empoisonné. Voire de ce projet caché. « Avoir une jeune femme qui se dit de gauche, qui est animée par la défense des libertés et de la laïcité, qui a fait un livre à succès contre Tariq Ramadan, constitue un renfort de poids dans la bataille idéologique contre l’islamisme. Elle dénonce aussi, de façon exagérée selon moi, une alliance entre certains mouvements de gauche et l’islamisme. Une recrue qui mérite récompense. » Je ne suis pas sûre de décrypter tous les sous-entendus, soigneusement contrôlés, d’une telle phrase. Recrue de qui? Pour quel obscur réseau suis-je censée travailler ? Dois-je mettre ces sous-entendus en parallèle avec les accusations de « sionisme » professées contre moi par Tariq Ramadan depuis que j’ai eu l’audace de m’attaquer aux islamistes et surtout à lui ? Une accusation facile et bien connue, mais qui appelle néanmoins une petite mise au point. En tant que journaliste spécialisée dans l’étude des intégrismes, je travaille sur tous les intégrismes, juif, chrétien et musulman. Le sionisme n’entre pas, en soi, dans mon champ d’application. En réalité, il ne fait pas vraiment partie, je le confesse de façon presque honteuse, de mes centres d’intérêts. Le conflit au Soudan, par exemple, me semble autrement plus meurtrier à l’heure actuelle. Pour tout dire, je n’ai d’autre avis sur ce conflit que celui de l’immense majorité des citoyens. « Deux peuples, deux Etats », et vite. Mon journalisme engagé est effectivement guidé par la défense des libertés, en toute indépendance. Je ne me « dis » pas de gauche, je le suis (même si cela chagrine Pascal Boniface). Quelques phrases plus loin, Pascal Boniface complète ses sous-entendus : « Fourest dénonce le terrorisme et le radical islamiste, moi aussi, mais elle ne dit pas un mot des raisons de cette montée. Et, bien sûr, à aucun moment, elle ne condamne, fût-ce à demi-mot, les occupations militaires israéliennes et américaines et leurs effets. Tant d’approximations et de simplisme méritent un prix ? Je ne le crois pas. » Visiblement, Pascal Boniface n’a pas jugé bon de me lire avant de dénigrer mon travail. Il ne sait pas, ou feint d’ignorer, que Tirs Croisés (co-écrit avec Fiammetta Venner) — et qui figurait en 2003 parmi les trois finalistes retenus par le jury du Prix du livre politique — analyse justement les facteurs géopolitiques et historiques expliquant la montée de l’islamisme pour mieux refuser une lecture visant à faire de l’Islam, en tant que religion, la source de ce fanatisme politique. Dans ce même livre, dans mes articles dans Charlie Hebdo, lors de mes interventions télévisées, je n’ai cessé de critiquer l’expansionnisme de type colonialiste des intégristes juifs et le messianisme dangereux guidant l’intervention américaine en Irak (contre laquelle j’ai manifesté et dont le bilan me paraît justifier toutes les craintes). Pascal Boniface est convaincant quand il met en garde contre les méfaits des procès d’intention. Beaucoup moins quand il se révèle incapable d’appliquer à lui-même cette rigueur qu’il attend uniquement des autres.

Caroline Fourest

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Islam : pour eux, pour nous (Tribune de Caroline Fourest à propos de l'affaire Redeker)

Islam : pour eux, pour nous,
Tribune parue dans Le Nouvel Observateur le 12/10/2006

L’affaire Redeker n’est ni le premier ni le dernier soubresaut d’une époque où prendre sa plume sur l’islam peut susciter un retour de flamme. Non pas du « milliard de musulmans » dont aiment à se revendiquer les fanatiques. Mais de la part de quelques hommes-grenades dégoupillés par l’endoctrinement, sur fond de foules soigneusement encadrées par des Etats tyranniques. Les deux soufflant sur les braises du complot ourdi par « les ennemis de l’islam » pour entretenir une vision paranoïaque propre à masquer leur part de responsabilité dans ce chaos.

En Europe, le risque est moins de mourir pour ses convictions que de céder à la panique et à l’autocensure sous prétexte de ne pas « mettre de l’huile sur le feu ». Au moment de l’affaire des caricatures, des gardiens supposés de la liberté d’expression ne nous ont-ils pas ordonné de respecter l’« extrême sensibilité des musulmans » ? En leur épargnant l’exigence démocratique ? Cette forme de relativisme culturel ressemble à une capitulation. Elle ne peut que donner raison aux partisans de l’intimidation. Alors même que l’islamisme et même l’islam ont plus que jamais besoin de se frotter à l’esprit critique. En particulier en Europe. Les musulmans éclairés du monde entier nous envient ce degré de liberté et de laïcité dont ils ne bénéficient pas ailleurs pour résister aux intégristes. Pour eux, pour nous, pour l’avenir, il faut continuer à parler. Sans céder à la peur panique ni aux raccourcis. Sans confondre islam et islamisme. Ni accuser le moindre esprit critique d’« islamophobie ».

Caroline Fourest
prix national de la laïcité en 2005 et prix du livre politique 2006, Caroline Fourest est essayiste et journaliste à « Charlie Hebdo », auteur notamment de « Tirs croisés » (Poche) et « la Tentation obscurantiste » (Grasset)

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11 octobre 2006

Et si Allah achetait Libé ?

logocharlieMieux que le boycott économique, l’intimidation et l’autocensure, les pays islamiques ont imaginer un moyen imparable pour empêcher les journaux occidentaux de malmener leur religion : les acheter !

On savait déjà que la très puissante Organisation de la Conférence islamique — réunissant 57 pays islamiques à l’ONU— militait pour transformer les Nations Unies en tribunal anti-blasphème. Non sans succès. Elle fait front avec les Etats-Unis et le Vatican contre toutes résolution en faveur de la prévention du Sida ou de la planification familiale. Et elle a obtenu de la nouvelle Commission des droits de l’homme de l’ONU Genève qu’elle s’engage à « promouvoir la tolérance, le respect et la liberté de religion et de croyance ».On savait aussi qu’elle militait pour une vision des droits de l’homme «islamique » à l’opposé des droits de l’homme tout court. Non sans succès.

Elle multiplie les interventions contre la dénonciation des crimes commis au nom de l’islam (contre les femmes, les minorités sexuelles ou les chrétiens), au Soudan ou ailleurs. Et elle a eu la peau d’un Rapporteur Spécial contre les discriminations ayant osé esquisser un lien entre ces crimes et la religion.On vient d’apprendre quel sera son nouveau cheval de bataille de instrument de lobbying sous la houlette de l’Arabie Saoudite pour les années à venir : acheter les journaux occidentaux pour qu’ils cessent de salir l’image de l’islam !

Réunis à Djedda, plusieurs ministres de l’Information et responsables6de l’OCI n’étaient pas peu fiers de leur trouvaille. Selon les propos rapportés par l’envoyé spécial de l’agence Reuters à Ryad, Ekmeleddin Ihsanoglu, le président de l’OCI, a lancé cet appel :”Les investisseurs musulmans doivent investir dans les grands médias internationaux, qui génèrent souvent d’importants bénéfices, afin de pouvoir influer sur leur politique par le biais de leurs conseils d’administration”. Le raisonnement est clair comme de l’eau bénite : si les islamistes ne parviennent pas à défendre l’islam par l’intimidation, ceux qui les financent depuis tant d’années n’ont qu’à acheter directement leurs adversaires ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ! Pendant l’affaire des caricatures, et même pendant l’affaire Redeker, les pays islamiques ont pu mesurer la promptitude des journaux dépendant d’annonceurs à s’écraser devant la moindre menaces de boycott économique.

Encouragés par tant de succès mais déçus par la résistance de quelques irrésistibles, ils ont décidé de passer à la vitesse supérieure. “La violente attaque contre l’islam perpétrée dans les cinq années qui ont suivi les attentats du 11-Septembre nous a contraints à adopter une position défensive en ce qui concerne notre religion”, a déclaré le ministre égyptien de l’Information, Anas el Feki. “Maintenant plus que jamais il nous faut un nouveau message islamique dans les médias, qui atteigne le monde entier”, a-t-il ajouté. Et de citer l’exemple du conflit entre Israël et le Hezbollah libanais comme le type même de débat où les musulmans doivent faire entendre leurs vues… jusqu’au coeur des journaux européens.

En clair, cela veut dire qu’étant donné la santé financière de certains canards, on risque de devoir préférer les voir mourir plutôt que de subir leur ligne éditoriale dictée depuis le Golfe. On pense à un nouveau Libé, mélange d’al-Manar et d’islamo-gauchisme, se réjouissant de la montée du cours du brut en une (avec une enquête sur le caractère polluant du nucléaire en pages économies), les dernières révélations de Thierry Meyssan sur le 11 septembre en pages enquêtes, la visite de Dieudonné à la "résistance  " du Hezbollah en pages reportages, un débat par tribunes interposées entre Roger Garaudy et Tariq Ramadan en pages Rebonds. Et, bien sûr, une chronique quotidienne de Pierre Marcelle…

Caroline Fourest
Article paru dans Charlie Hebdo du 11 octobre 2006
* Voir le Hors Série « Charlie blasphème

http://www.prochoix.org/cgi/blog/?q=fourest

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05 octobre 2006

Redeker : liberté d'expression


Redeker : liberté d'expression
Vidéo envoyée par prochoix

   « CE SOIR (OU JAMAIS) ! », émission présentée par Frédéric Taddéi sur France 3. Avec Bidar Abdennour, Caroline Fourest, Romain Goupil, Jul, Jean Bauberot à propos de la liberté d'expression et de l'affaire Redeker

Posté par Caroline Fourest à 21:46 - Interventions audiovisuelles - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 octobre 2006

Affaire Redeker : a quoi joue la DST ?

L'affaire Redeker est grave, ne serait-ce que parce qu'il est toujours grave de voir sa liberté remise en question pour un écrit. Mais dans cette affaire, Robert Redeker semble surtout privé de sa liberté par le zèle excessif et légèrement étonnant de la DST. En effet, plusieurs affaires de ce genre (menaces sur des forums internet et par courrier) ont déjà eu lieu maintes fois et jamais la DST n'avait jugé bon de réagir aussi vivement.

Après mon livre sur Tariq Ramadan, et surtout après le manifeste des "douze contre le totalitarisme", nous avons encaissé des messages du même ordre sans qu'aucun service n'ait jugé bon de nous exfiltrer voire séquestrer (juste une surveillance en bas de l'immeuble après Frère Tariq). Mohamed Sifaoui, pour ses enquêtes sur l'islamisme, a même été visé explicitement par des messages et des consignes. Les services de police lui ont simplement demander de s’éloigner de son domicile avec sa famille quelques jours. Dans le cas des caricatures, la rédaction de Charlie Hebdo a été placée sous protection, ainsi que Philippe Val, mais il a toujours pu se déplacer. Alors que le contexte était nettement plus tendu.

Alors pourquoi tant de zèle dans l'affaire Redeker ? Davantage que le niveau des menaces, habituel, c'est bien le niveau de la réaction policière qui a changé. Le professeur ne peut plus retourner à son domicile depuis plus de dix jours, il change de lieu tous les trois jours et tous les frais sont à sa charge. Il est le premier à déplorer ces conditions quelques peu sévères. Voici ce qu'il écrit à ses amis : "Je n'ai plus le droit de loger chez moi (sur les sites me condamnant à mort il y a un plan indiquant comment venir à ma maison pour me tuer, il y a ma photo, celle des lieux où je travaille, des numéros de téléphone, et l'acte de condamnation). Mais en même temps on ne me fournit pas d'endroit, je suis obligé de quémander, deux soirs ici, deux soirs là... Je suis sous protection policière permanente. Je dois annuler toutes les conférences prévues. Et les autorités m'obligent à déménager. Je suis un SDF. Il s'ensuit une situation financière démente, tous les frais sont à ma charge, y compris ceux, éventuels, d'un loyer d'un mois ou deux éloigné d'ici, de deux déménagements, de frais de notaire, etc. C'est bien triste."

Nous nous sommes parlés au téléphone. Il confirme son désir de retourner chez lui ou du moins dans un domicile plus familier. Pourquoi la DST ne se contente-elle pas de lui fournir une protection le temps nécessaire au lieu de le contraindre à se cacher comme un fugitif ?

Ces services détiennent-ils des informations précises ou sont-ils dans le "bleu". Si leur attitude est uniquement motivée (ou alors qu'ils le démentent et s'expliquent) par des menaces sur un forum islamiste en anglais, certes très violentes, mais qui ne justifient pas que l'on cède à une telle panique, que faut-il en penser ?

1- Soit les services compétents sont dans le bleu absolu et leur ministère de tutelle ne souhaite prendre aucun risque à l'approche des présidentielles, au risque de créer un effet de panique légèrement disproportionné qui punit Robert Redeker au lieu de le protéger.

2- Soit le système actuel coûte moins cher que de fournir une protection mobile à Robert Redeker, mais là aussi ce système punit surtout Robert Redeker...

3- Soit, l'affaire Redeker fait les frais d'un zèle visant à secouer certaines filières, notamment dans la région toulousaine ?

Ce ne sont que des hypothèses. Et bien entendu, il ne s'agit absolument pas de freiner la mobilisation en faveur de la liberté d'expression et de Robert Redeker, nécessaire et justifiée (puisque sa vie est bien devenue un cauchemar pour avoir simplement écrit une tribune). Simplement de s'interroger sur le choix policier et donc politique opéré. La défense du droit à l'esprit critique passe aussi par cette vigilance. Encore une fois, Robert Redeker ne doit pas être puni mais protégé.

Caroline Fourest

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