13 janvier 2007
Tariq Ramadan face à des musulmans rationalistes sur France 3
Intéressante passe d'armes que cette confrontation polie entre Tariq Ramadan d'un côté, ambassadeur de charme de l'islam fondamentaliste politique, et Leïla Babès et les deux auteurs d'Al-Sîra (connus sous le nom de Mahmoud Hussein) de l'autre.
Lorsque j'ai écrit "Frère Tariq", j'étais frappé par le fait que tous mes confrères ne cessaient de confondre Tariq Ramadan avec l'incarnation de l'islam moderniste, au point de l'inviter systématiquement en sus et place des musulmans réellement modernistes. Enfin, après des mois et des mois de pédagogie, il n'est plus le seul à parler au nom de l'islam mais à côté voire en face de ceux qui voudraient voir l'islam moderniste triompher de son islam politique réactionnaire comme alternative à la dictature nationaliste de certains dirigeants arabes.
Je ne suis pas sûre que cette nuance soit très perceptible par le grand public. Le moment le plus intéressant de l'émission reste sans doute celui où Leïla Babès a mis le doigt sur la disqualification implicite (comme souvent) opérée part Tariq Ramadan. Très habilement, il a repproché aux deux auteurs d'Al-Sîra de produire une étude extérieure à l'islam sur l'islam. De porter des "noms de l'intérieur" (des noms musulmans) mais de produire une étude de "l'extérieure" (non musulmane). Ce que Tariq Ramadan a décrit comme une approche "marxiste", relevant du "matérialisme historique" et donc moins valable qu'une étude de l'intérieure (croyante).
Il s'est bien entendu défendu d'avoir voulu disqualifier ainsi le travaux d'études rationalistes opérés par les auteurs d'Al-Sîra (il a ainisté pour dire qu'il s'agissait d'"athées") mais tous ceux qui connaissent ses texte et son discours savent qu'il s'agit là d'un classique chez Tariq Ramadan : il y a les musulmans de l'intérieur (les vrais, les religieux) et les non religieux (les individus de culture musulmanes non croyants voire non pratiquants).
Les deux peuvent parler de l'islam bien sûr, mais la parole des premiers sera logiquement toujours supérieure à l'autre. Tariq Ramadan dit aimer la qualité de ce débat, qu'il souhaite au monde musulman, mais oublie de dire qu'il appelle de ses voeux des Etats dont la constitution soit basée sur la charia. C'est à dire un monde musulman où la parole des athées et des rationalistes sera toujours inférieure à celle des religieux...
Enfin, il s'est défendu d'être "conservateur" en rappellant qu'il prône l'"historicisation" de l'islam. Ce qui est vrai. Sauf que chez lui, "contextualiser" ne veut pas dire "actualiser". En effet, Tariq Ramadan n'est pas un fondamentaliste littéraliste (comme les salafistes) mais un réformiste fondamentaliste (réformiste salafiste). Nuance. Il veut bien lire certains commandement dans leur contexte pour mieux pouvoir les appliquer au contexte actuel. Par contre, il combat toute réforme moderniste de l'Islam visant à actualiser voire à abroger certains versets qui, même lus dans leur contexte, constituent parfois des règles de conduite archaïques et atentatoires à la notion de dignité ou de libertés individuelles consacrées par les constitutions européennes.
Pour le comprendre, il faut notamment avoir écouté sa cassette intitulée « Vivre en Occident » (édition Tawhid), où il précise qu’il faut respecter la constitution et la loi à partir du moment où « tout ce qui dans ce pays, d’un point de vue social, culturel et économique et légal, ne s’oppose pas à un principe islamique » .
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