25 mars 2007
Procès de Charlie : deux poids, une mesure
Les fanatiques du « deux poids, deux mesures », ceux qui n’ont cessé d’envenimer le débat sur l’affaire des caricatures, vont devoir se faire une raison. En relaxant Charlie Hebdo, le tribunal de la République française a plutôt fait preuve de constance. Cette même 17 ème chambre correctionelle a déjà plusieurs fois relaxé le journal pour des dessins irrévérencieux envers le catholicisme — que des ligues de vertus sans humour poursuivent régulièrement pour « racisme anti-chrétien ». Cette même chambre a relaxé Dieudonné pour son sketch douteux montrant un rabbin éructant et faisant le salut nazi. Au nom de la liberté d’expression et de création. Dans les deux cas, ces affaires ne devraient sûrement pas relever d’un tribunal (encore moins le dessin de Placid récemment condamné pour avoir représenté à sa façon un policier !). Pour le reste, l’appréciation du ton, de la pertinence et du talent doit continuer à faire partie du débat. Et ce débat doit pouvoir vivre en fonction du contexte. Sans procès d’intention ni paranoïa. Dans le respect des faits et de la raison. Dans l’intérêt d’un équilibre fragile, sans cesse renégocié, entre la nécessité de protéger les minorités de l’incitation à la haine et le respect de la liberté d’expression, sans qui cette protection devient une censure.
Caroline Fourest
23 mars 2007
Droit de réponse face aux contre-vérités dans l'affaire Ramadan/ULB
Dans le cadre de la polémique suite à la décision de l’Université Libre de Bruxelles de ne plus servir de tribune à Tariq Ramadan, Le Soir a publié une série d’articles et de cartes blanches où l’on a pu lire que personne n’avait jamais prouvé son double discours et que moi-même je ne lui reprochais plus « ses liens avec des terroristes ». Des contre-vérités que je retrouve sur internet. Pour que les lecteurs du Soir et les internautes ne soient pas induits en erreur, je tenais à faire ces précisions.
1) Sur le double discours
Mon livre consacré au décryptage du discours de Tariq Ramadan (Frère Tariq), 426 pages et 600 notes de bas de pages, apporte à maintes reprises la preuve de ce double discours. Pour cela, j'ai simplement comparé les centaines d’entretiens publiés dans la presse grand public aux livres et aux cassettes diffusées dans des réseaux plus restreints. Un exemple parmi d’autres, dans ses déclarations publiques, Tariq Ramadan maintient que les musulmans ne doivent pas être dispensés de cours de sport au nom de leur foi, mais dans une cassette sur les « grands péchés » (éditée par Tawhid) il leur interdit de se rendre dans des piscines mixtes : « tu ne peux pas y aller parce que ton regard est posé sur des choses que tu ne dois pas voir ! »
Un autre exemple, dans l’un de ses livres (Les musulmans dans la laïcité), Tariq Ramadan écrit qu’un musulman doit respecter la loi : « Un musulman, résident ou citoyen, doit se considérer sous l’effet d’un contrat à la fois moral et social avec le pays où il séjourne. En d’autres termes, il se doit de respecter les lois ». Mais dans l’une de ses cassettes (Vivre en Occident), diffusée par les librairies islamistes, il précise en qu’il faut respecter la Constitution et la loi à partir du moment où « tout ce qui dans ce pays, d’un point de vue social, culturel et économique et légal, ne s’oppose pas à un principe islamique » puisque, dans ce cas, il « devient islamique ». Dans une autre (« L’identité musulmane : construire notre discours »,) il ajoute que si une société empêche un musulman de « pouvoir vivre notre spiritualité et notre pratique complètement », « apprendre notre religion », « pouvoir transmettre et éduquer nos enfants dans le message » mais surtout « pouvoir agir au nom de notre foi », le contrat est rompu : « S’il y a une société qui m’enlève un de ces quatre points-là, cette société je lui résisterai, je la combattrai. ».
Tariq Ramadan se présente comme un réformiste, mais il oublie de préciser au grand public qu’il est réformiste salafi (c’est à dire réformiste fondamentaliste), même s’il n’est pas littéraliste. Il trouve injuste qu’on lui reproche sa parenté avec Hassan Al-Banna, le fondateur de l’islam totalitaire, mais il l’enseigne comme un modèle à suivre et comme le plus grand réformiste de l’histoire islamique, dans ses livres comme dans ses cassettes.
2) Concernant ses « liens avec les terroristes »
Je n’ai jamais accusé Tariq Ramadan d’être un terroriste mais, dans mon livre, je relate plusieurs enquêtes émanants de services secrets européens (français, espagnols et suisses) lui repprochant ces liens. Moi-même, j’y note sa complaisance avec certains penseurs légitimant le terrorisme. Et je n’ai pas changé d’avis. Je trouve toujours problématique qu’un penseur présenté comme moderniste et ouvert d’esprit enseigne à ses fidèles Youssef al-Qaradhawi comme étant LA référence théologique. Alors que ce « théologien » approuve que l’on batte sa femme, recommande la mise à mort des homosexuels, explique que « le seul dialogue possible avec les Juifs passent par le sabre et le fusil »... Et qui est surtout l’un des rares à avoir délivré une fatwa autorisant les attentats kamikazes (voir le reportage de Malik Aït Aoudia ci-dessous).
3) Conclusion à propos de la décision de l’ULB
Je suis bien entendu pour la liberté d’expression de Tariq Ramadan, qu’il ait le droit de publier des livres et de donner des conférences auprès de son public, mais je ne crois pas aux vertus pédagogiques d’un débat contradictoire avec quelqu’un qui dit une chose dans certains cadres et enseigne le contraire dans un autre. Comprenez aussi mon amusement quand certains crient à la censure pour permettre à Tariq Ramadan de s’exprimer, alors qu’ils sont opposés à la publication de dessins sur Mahomet et que Ramadan lui même a exigé en 1993 qu’un metteur en scène ne joue pas la pièce de Voltaire sur Mahomet par « délicatesse » (il nie mais les preuves existent, notamment dans la presse Suisse !). La décision du recteur de l’ULB de ne pas l’inviter une quatrième fois, alors que Tariq Ramadan a déjà accès à tous les grands médias, ne relève ni de la censure ni de la "délicatesse" mais de la sagesse. Dans le contexte actuel, je ne vois décidemment pas pourquoi l’ULB devrait faire de nouveau la promotion d’un prédicateur qui considère les musulmans rationalistes, c’est-à-dire libre exaministes, comme des « musulmans sans l’islam ». C’est à dire comme des apostats.
Caroline Fourest
19 mars 2007
UOIF, Qaradhawi, Hani et Tariq Ramadan
Islam / Question à la Une 2/2
Vidéo envoyée par Ninotchka
Ce reportage de Malik Aït Aoudia sur l'UOIF et les Frères musulmans, commandé par M6, n'a jamais été diffusé en France. Il met sérieusement à mal la communication de Nicolas Sarkozy sur le CFCM, lui qui avait promis de ne pas laisser les intégristes s'assoir à la table de la République.
Heureusement, la censure n'a pas franchi les frontières et le documentaire a été diffusé sur la RTBF, la télévision belge, puis mise en ligne sur internet.
On peut y entendre Youssef al-Qaradhawi justifiait le recours aux attentats-kamikazes, l"arme donné par dieu" pour "résister", dans une conférence à Londres... quelques mois avant les attentats du 7 juillet. La "mort des enfants" y est qualifiée de "dommages collatériaux".
Le film montre aussi Tariq Ramadan et Hani Ramadan reprendre dans des termes plus feutrés les préceptes de leur maître à penser, Youssef al Qaradhawi.
Crise de la citoyenneté
Crise de la citoyenneté
Vidéo envoyée par RollingPat
18 mars 2007
Meeting pour ne pas oublier le Darfour
Le 20 mars 2007 à 20 heures à la Mutualité
24, rue St Victor, 75005 PARIS.
Organisé par
Le Collectif Urgence Darfour, SOS Darfur
Avec la participation des candidats à la présidentielle : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou... et de nombreuses personnalités dont Bernard Kouchner et Bernard-Henry Levy, de retour du Darfour.
Parce qu'en silence, depuis 2003, au Darfour (région ouest du Soudan) plus de 400 000 personnes ont été massacrées par les milices Janjaweed alliées au gouvernement du Soudan.
Parce que chaque minute compte.
Parce qu'il n'est pas plus juste qu'un enfant souffre et meure aujourd'hui au Darfour qu'hier au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge ou dans les camps de la mort.
Parce qu'un jour, on écrira l'histoire des enfants et vieillards errant sans main sous le feu du Darfour, tués par l'indifférence des gouvernements et des peuples,
Parce que se taire, c'est être complice de non-assistance à personnes massacrées,
Parce que la France pourrait intervenir.
Sauver les populations du Darfour doit être un des engagements prioritaires du futur Président de la République.
15 mars 2007
Compte-rendu d'un blog sur le débat à l'ULB
Bravo, Madame Fourest !
Comme on pouvait le craindre, la conférence de Caroline Fourest à l’ULB hier soir fut émaillée de divers incidents. Tentatives de chahut organisé, invectives, insultes, déploiement d’un calicot (faute d'orthographe comprise) et autres apostrophes irrespectueuses, et jusqu’à une pitoyable tentative d’entartage. Malgré l’hostilité palpable de cette minorité d’agitateurs, Caroline Fourest fit un exposé brillant, n’esquivant aucune question, les précédant même en abordant spontanément la question ô combien sensible de la présence refusée de Tariq Ramadan dans cette même enceinte. Bien plus qu’à un exposé sur son dernier livre, Le choc des préjugés, on eut droit à un balayage très large des réflexions, travaux et engagements de Caroline Fourest, allant de sa militance en faveur des libertés sexuelles à sa critique de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, en passant bien évidemment par sa dénonciation radicale des intégrismes, le tout sur fond d’exhortation à refuser le simplisme réducteur, les amalgames et la lâche complaisance face à l’extrémisme, d’où qu’il vienne.
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12 mars 2007
A propos de Tariq Ramadan et de l'ULB
Entendre Tariq Ramadan dénoncer la censure me fait toujours sourire… Lui qui a demandé dans la presse suisse le retrait d’une pièce de voltaire sur Mahomet en 1993 au nom de la « délicatesse » et qui a fait ses études islamiques sur le campus de l’institut intégriste ayant mené campagne contre Salman Rushdie…
Je comprends très bien ceux qui — ne connaissant pas le personnage — se disent choqués pas la décision de ne pas lui accorder une tribune de plus. Personnellement, ayant étudié ses cassettes et ses livres, je connais trop le personnage et l’islam liberticide qu’il prône pour être autant émue. En tout cas, je comprends que l’ULB n’ait pas eu envie de lui servir de tribune. Pour tout vous dire, j’avais fini par croire que l’Université partageait sa hantise de l’islam moderniste à force de l'y voir intervenir ces dernières années.
Je ne vois pas très bien à quel titre il peut prétendre lutter contre les discriminations. Même s’il fait toujours très attention à rester mesuré dans ses interventions publiques, dans ses cassettes et dans certains de ses livres, il défend un islam fondamentaliste, patriarcal, sexiste et homophobe. L’inviter au titre de la lutte contre « l’islamophobie », c’est un peu comme inviter un intégristes chrétien à parler de la « christianophobie » — dont il se sentirait victime de la part des laïques. Je trouve normal que ce genre de discours soit bien vu par certains groupes religieux mais je ne vois pas très bien pourquoi une Université du libre examen devrait l’encourager. Les musulmans modernistes ont déjà très peu d’espace pour résister à l’islamisme. Ils n’ont pas besoin qu’on invite à leur place des fondamentalistes. Or Tariq Ramadan considère les musulmans modernistes comme des « musulman sans l’islam », occidentalisés, parce qu’il place l’esprit critique et le rationalisme au-dessus de la foi. Le problème, c'est qu'il ne le dira jamais ainsi devant un public universitaire. D'où la difficulté de penser pouvoir se faire une idée en l'entendant lors d'un débat contradictoire. Les livres, les siens comme ceux écrits sur lui, sont là pour ceux qui souhaitent se faire une opinion grâce à leur esprit critique et non sous le coup de l'émotion.
Caroline Fourest
03 mars 2007
Conférence à l'ULB de Bruxelles
Conférence de Caroline Fourest sur " Le choc des préjugés "
ULB - Auditoire Paul-Emile Janson, 48 av Roosevelt, 1050 Bruxelles
Mardi 13 mars 2007 à 20h00
Entrée libre
02 mars 2007
L'Université Libre de Bruxelles (ULB) ne veut plus servir de tribune à Tariq Ramadan
Tariq Ramadan soulève une fois de plus la polémique. Le recteur de l’Université Libre de Bruxelles, Philippe Vincke, ne souhaite plus voir son université lui servir de tribune.
Tariq Ramadan est intervenu plus de 4 fois au cours de ces dernières années dans l’enceinte de cette université, connue pour son attachement à l'esprit critique. La dernière fois, il a participé à un débat organisé par une association étudiante turque pensé pour donner la parole aux négationnistes du génocide arménien. Choquée que l’on puisse ainsi détourner le droit à la liberté d’expression, l’Université n’avait pu annuler le débat à cause de pressions émanant de l’ambassade de Turquie. Celle dernière ayant menacé d’incident diplomatique si ce « débat » était déprogrammé... Conscient de servir de relais malgré eux à une propagande liberticide et obscurantiste, l’université avait toutefois prévenu : désormais, Tariq Ramadan ne serait plus le bienvenu. Lui-même avait rétorqué qu’il ne remettrait plus les pieds dans cette université « liberticide ».
Il faut croire que l’envie de susciter la polémique et de pouvoir se poser une fois de plus en martyr a été plus forte… Car Tariq Ramadan est revenu. Cette fois à l’invitation du Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE), qui entendait organiser un débat contradictoire le 22 mars dans le cadre de la "Semaine d'actions contre le racisme". Un cadre parfait pour semer la confusion et crier à « l’islamophobie » voire à la censure en cas de refus — prévisible — de l’Université… "Il n'est pas question d'interdire de parole certaines personnes ou de stigmatiser certaines communautés, mais simplement de réaffirmer nos valeurs, le libre examen, le combat d'idées contre toute attitude liberticide, tout obscurantisme", commente Emmanuelle Damblon, conseillère du recteur de l'ULB. "Au nom de la tolérance, l'ULB a trop souvent été prise en otage par des groupes qui nous ont peu à peu éloignés de l'esprit du libre examen ».
Pour en savoir + lire les articles parus sur le site de ProChoix :
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/?q=libre+bruxelles
Caroline Fourest
PS : Le débat se poursuivra également le 13 mars — puisque je suis moi-même invitée depuis plusieurs semaines par l’Université Libre de Bruxelles pour un débat qui promet d’être animé sur les questions de vivre-ensemble (entre valeurs universelles et respect des libertés individuelles) et de liberté d’expression (où sont les limites ?)
