Caroline Fourest

Blog de Caroline Fourest : Editos, Interventions publiques, Articles, Livres, Conférences

26 septembre 2007

L'enseignement catholique veut gagner du terrain dans les zones dites sensibles

stthomas7Lorsque le service public et l'éducation nationale font défaut, le privé et le religieux se proposent de combler le vide. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

Fort de leur succès (des milliers d'inscriptions refusées cette année faute de place), l'enseignement catholique a fait savoir qu'il souhaitait "installer des antennes dans les zones sensibles".

Son secrétaire général, Eric de Labarre, voudrait relever le "défi". Mais il tient à préciser que les réductions d'effectifs d'enseignants annoncées pour 2008 contrarient ce projet. En effet, alors que l'école publique sera amputée de 11 2000 poste, l'enseignement catholique s'émeut de pouvoir perdre 1400 enseignants (selon leurs estimations). Une façon d'envoyer un signal au gouvernement pour que les suppressions de postes annoncées ne frappent un peu sévèrement l'enseignement catholique... Le gouvernement y sera sûrement sensible si l'on se souvient du livre de Nicolas Sarkozy, La République, la Religion et l'Espérance, dans lequel il n'a jamais caché miser sur les religieux, notamment chrétiens, pour "civiliser" (le mot n'est pas de lui mais il transpire entre les lignes) les quartiers populaires.

Ainsi, pendant que l'école publique est attaquée de tout part, l'enseignement catholique commence timidement à négocier les restes du cadavre. Belle perspective, qui nous prépare non pas le retour à une école de qualité pour tous mais à une école moraliste, qui favorisera la reconfessionnalisation des générations à venir. Dans un contexte où c'est bien entendu tellement nécessaire...

Caroline Fourest

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21 septembre 2007

Contre le féminisme victimaire

royalJ’ai voté Ségolène Royal. Moins par adhésion à sa campagne que pour faire barrage au projet de société de Nicolas Sarkozy. Pendant toute cette période, j’ai dû taire mes agacements de féministe radicale face à son féminisme électoraliste : «Votez pour moi parce que je suis une femme . Je saurai gouverner parce que je suis une mère.» Sans parler des envolées lyriques façon «Aimez-vous les uns les autres» ou de sa sortie grotesque sur les femmes policières - qu’il faudrait raccompagner, pauvres choses, après leur service. Mais l’heure n’est plus à l’union sacrée. En tout cas pas avant une bonne dose d’autocritique. D’où la floraison d’ouvrages analysant les raisons de la défaite et donc critiquant, ici ou là, le style Royal. Que répond celle qui aspire à demeurer l’une des leaders de la gauche socialiste ? «Sexisme !» Une fois encore.

Elle aurait pu choisir la contre-attaque féroce, devancer la critique ou la relever sur le mode ironique. Elle aurait pu, par exemple, trouver comique de se voir donner des leçons sur le mode «Comment la gauche aurait pu gagner» de la part de… Lionel Jospin. Mais non, il a fallu qu’elle en rajoute sur le mode de la femme victime. «Si j’étais Jeanne d’Arc, on m’aurait brûlée !» Et voilà le féminisme une fois de plus malmené, dénaturé, instrumentalisé pour esquiver des coups pourtant bien légitimes.

A force, Ségolène Royal va finir par ajouter une nouvelle catégorie, le féminisme victimaire, à la longue liste de déclinaisons que le féminisme comporte déjà. Pour n’en citer que quelques-uns… Le «féminisme radical» souhaite déconstruire l’incitation sociale au masculin et au féminin pour obtenir l’égalité dans le droit à l’indifférence, voire le droit à l’indifférenciation. Le «féminisme lutte des classes» fait du combat pour les droits des femmes une sous-catégorie de la lutte des classes. Le «féminisme différentialiste» prône la mise en valeur du féminin en insistant sur ses vertus naturelles et sur sa complémentarité avec le masculin.

Soyons juste, le féminisme victimaire de Ségolène Royal n’est ni si réactionnaire ni si novateur. Il incarne surtout une sous-catégorie malheureuse du féminisme paritaire. Le dommage collatéral attendu et craint d’une avancée stratégique indéniable, la parité ; mais qui, entre les mains de femmes politiques plus tacticiennes que théoriciennes, a débouché sur la tentation de vouloir valoriser l’apport des femmes à la politique comme étant une vertu en soi et non une étape nécessaire pour appliquer l’un des plus beaux principes de notre République : l’égalité. Bien sûr, la frontière entre posture victimaire et égalitaire est toujours difficile à distinguer. Et il y a bien eu, pendant cette campagne, des attaques que Ségolène Royal n’aurait pas essuyées si elle avait été un homme. Mais raison de plus pour ne pas dégainer la carte du sexisme lorsque des critiques s’adressent enfin à la femme politique et non plus seulement à la femme.

Caroline Fourest

Paru dans Libération le  jeudi 20 septembre 2007

Dernier ouvrage paru : Le Choc des préjugés : l’impasse des postures sécuritaires et victimaires, Calmann-Lévy.

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20 septembre 2007

Appel à soutenir Ahmed Meguini

Je me joins aux appels à soutenir Ahmed Meguini, qui est un ami et qui a été condamné à verser des sommes ahurissantes (près de 6400 euros) à des policiers. Arrêté de façon arbitraire lors de manifestations qu'il couvrait en tant que journaliste-citoyen, Ahmed a était accusé de troubles à l'ordre public sur la base de témoignages policiers confus et contradictoires. Son casier et son nom semblent clairement avoir joué contre lui.

Pour le rappel des faits, vous pouvez vous repportez à l'article que j'ai consacré à son procès sur mon blog : http://carolinefourest.canalblog.com/archives/2007/01/24/3814369.html

Caroline Fourest

Pour le soutenir, envoyez vos dons à l'adresse indiquée dans son message ci-dessous.

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MESSAGE DE AHMED MEGUINI


Bonjour à tous, A la suite des peines auxquelles j'ai été condamné en 2002 (Strasbourg) et 2007 (CPE), je suis aujourd'hui contraint de verser d'importantes sommes d'argent aux policiersqui m'ont attaqué en justice (5300 Euros pour Strasbourg / 1058 Euros pour l'affaire CPE).

Je vous rappelle rapidement les faits : en 2002, j'ai été injustement désigné par un commandant CRS comme étant responsable de violences au cours d'une manifestation. A la suite de cette accusation, j'ai été condamné à trois mois de prison ferme, que j'ai purgés à Strasbourg. En 2007, au début du mouvement anti-CPE, trois policiers m'ont accusé d'être l'auteur de jets de projectiles sur la place de la Sorbonne. J'ai toujours nié et nierai toujours avoir exercé les violences qui m'étaient imputées. Un jeune étudiant a été arrêté en même temps que moi, accusé des faits par les mêmes agents. Ce jeune homme a été relaxé, alors que j'ai, pour ma part, été condamné à 1 mois de prison ferme ( peine non exécutée à ce jour ). Aussi, je me permets de faire appel une nouvelle fois à votre soutien et à votre solidarité.

Tous les chèques peuvent m'être envoyés à mon adresse postale (22 rue Pierre Leroux 75007 Paris) ; les dons peuvent également m'être versées par virement bancaire sur mon compte chèque-postal (572 444 0Y0 20 clé 82).

Je vous remercie d'avance de votre soutien, Amicalement,

Ahmed Meguini

jeudi 20 septembre 2007

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15 septembre 2007

Une télé si à droite...

Petit aperçu du nouveau ton de la télévision publique en cette rentrée. Sur France 5, "Revu et Corrigé" de Paul Amar remplacera le décryptage sans merci de "Arrêt sur Images". Autrement dit, on ne s'y interrogera pas sur la complaisance des médias envers le nouveau pouvoir mais plutôt, selon la bande-annonce, sur pourquoi les médias se sont montrés si "accueillants" (sic) envers Dominique de Villepin à propos de sa convocation dans l'affaire Clearstream... Fallait-il en plus ne pas lui donner l'occasion de s'expliquer ? Lui qui est mis en examen pour avoir simplement osé demander une enquête sur des malversations où le nom de Sarkozy apparaissait. Certes à tort. Mais comment le savoir si l'on ne demande pas une enquête ?

imagesOn enchaîne par "Chez FOG", l'émission la plus rance du PAF. Avec un Franz-Olivier Giesbert égal à lui-même, cynique, sarkozyste en diable et amoureux de tout ce qui sent bon la droite virile. En l'occurence Maurice G. Dantec, sorte de Maurras des temps modernes, l'amour de la France et le talent en moins. Vous me direz, pour une fois qu'il n'invite pas Tariq Ramadan ! Et oui, il est comme ça Giesbert. Il aime autant Tariq Ramadan que Dantec, autant l'islamisme que le racisme anti-musulmans (Dantec rêve de voir l'"occident prendre les choses en main de façon virile", entendez envoyer quelques bombes sur l'Iran et faire vivre aux musulmans en général une sorte d'extermination façon Bosnie mais à l'échelle du globe). À ses côtés, même Xavier Bertrand et son ton de vendeur d'assurance a quelque chose de rassurant. On apprend tout même que son bouquin favori n'est autre que "l'art de la guerre". "Les syndicats n'ont qu'à bien se tenir !" ricane Giesbert. Humour de droite on vous dit...

Comme si cela ne suffisait pas, il a fallu endurer une leçon de féminisme de... Marie Darrieussecq. Ah oui parce que dans le nouveau monde, être féministe c'est voter Ségolène Royal... Face à Jean-Luc Mélenchon, qui rappelait à juste titre combien mettre en avant sa nature de femme comme une vertu en soi n'était pas guère progressiste, l'écrivaine s'est lancée dans une leçon à retourner les tripes de toutes les héritières du MLF.

À l'écouter, avant, il y avait un "féminisme de dames" qui proclamait l'égalité entre les hommes et les femmes en insistant sur le fait qu'il n'y avait pas de différence. Le féminisme moderne, lui, aurait l'idée géniale d'insister au contraire sur la différence des sexes pour ne pas noyer le féminin dans le masculin. En fait de modernité, ce féminisme hormonal, dégoulinant de nature, est vieux comme le carcan de la féminité, digne des envolées mystico-psychanalytiques d'Antoinette Fouque ou d'un féminisme de droite, certainement digne aussi d'une écrivaine venue au féminisme par le ségolisme, mais franchement si c'est ça le progrès — réclamer le droit à la différence et la reconnaissance par les hormones — autant choisir Christine Boutin pour représenter le PS aux prochaines élections. En passant directement à droite, on perdrait moins de temps à se demander comment réformer la gauche !

Caroline Fourest

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13 septembre 2007

Caroline Fourest la Rochelle 2007 1ère partie

Merci à Jérôme Lemercier d'avoir filmé cet atelier et d el'avoir mis en ligne sur Daily Motion.


Caroline Fourest la Rochelle 2007 1ère partie
Vidéo envoyée par jlemercier

http://lemercier.jerome.free.fr/blog

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Caroline Fourest La Rochelle 2007 2ème partie


Caroline Fourest La Rochelle 2007 2ème partie
Vidéo envoyée par jlemercier
http://lemercier.jerome.free.fr/blog

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10 septembre 2007

Rentrée douloureuse en Sarkozie

C’est toujours plus douloureux de rentrer de vacances dans un pays que vous avez quitté fâché. Ceux qui ont voté Sarkozy ont sans doute plus de facilité à faire leur rentrée que les autres.

Ces petits riens qui coincent
rugby2007_3Il était déjà difficile de trouver un coin du monde, une simple petite plage, où l’hyperactivité de notre nouveau président ne fasse du vent. Il est encore plus difficile de se mettre à l’abri de une fois de retour. Il se passe pourtant des choses dans le monde : un président islamiste en Turquie, une percée contenue au Maroc, de nouveaux attentats en Algérie, des morts au Pakistan, en Irak… Il y a de quoi s’occuper l’esprit. Mais il y a toujours ces toutes petites choses, insignifiantes me direz-vous, mais qui vous donnent le sentiment de voir la France s’enfoncer dans une comédie grotesque. Des bourrelets corrigés à coups de Photoshop par des infographistes de Paris-Match craignant la réprimande élyséenne. Des journalistes politiques révérencieux comme jamais. Des opposants qu’on ne voit plus tellement à la télé. Une équipe de rugby à qui on lit la lettre de Guy Môquet avant d’entrer sur la pelouse. Et que l’on trouve bizarrement fébrile (vous avez déjà vu des gens vouloir se mettre à massacrer un groupe adverse après avoir lu la lettre d’un résistant méditant sur le drame de la violence humaine ?). C’est un peu comme donner du hasch à un athlète juste avant sa course. Remarquez, je m’en fiche moi que des joueurs de rugby aient envie de pleurer plutôt que de foncer comme des brutes sur un ballon ovale. Vraiment. Simplement, comme notre nouveau président avait laissé entendre qu’il serait dans les tribunes pour s’associer au triomphe, je fais nécessairement partie de ceux qui, mauvais joueurs, ont envie de voir l’équipe de France se faire écraser par l’Afrique du Sud…

Privation et renoncements
logo_edfPlus sérieusement, puisque je fais aussi partie de ceux qui aimeraient que l’on critique le nouveau président de façon constructive et non de façon mesquine, il y a quantité de dossiers en cette rentrée qui donnent envie de hurler. Achever la privatisation de GDF, ce que Nicolas Sarkozy avait promis de ne pas faire. Dans ce domaine, toutefois, il faut reconnaître que le retournement de Sarkozy est moins une trahison que celui de Jospin, l'homme qui a amorcé ce processus en privatisant plus que Balladur... Tous ceux qui pensent y voir un progrès, je leur conseille vivement d’aller choisir un opérateur privé et de nous en donner des nouvelles quand leurs factures s’envoleront et qu’ils se retrouveront aux prises avec un contrat kafkaïen,  comme ceux qu’ils ont déjà à cause de la privatisation de la téléphonie. Vous avez déjà vu une coupure de courant massive en France due à la financiarisation de l’énergie ? Attendez, vous verrez c’est dépaysant, on se croirait en vacances dans un pays du Sud ou en Angleterre…

L’école, ce grand corps malade
Autre dossier, celui de l’école. Ceux qui n’ont pas vu l’excellent documentaire diffusé par Canal +, l’ « Education nationale, ce grand corps malade » ne peuvent mesurer combien jamais, dans l’histoire politique récente, il n’a existé un tel consensus pour repenser et redynamiser ce secteur. Les conseillers de Nicolas Sarkozy, peut-être le président lui-même, ont eu l’intelligence de le voir. La lettre de rentrée adressée par Nicolas Sarkozy aux enseignants, quoi qu’en disent les syndicats, est absolument superbe. Le président semble avoir pris la mesure du défi. Malheureusement, comme toujours, les politiques concrètement mises en place ne sont absolument pas à la hauteur de la communication présidentielle. Le défi, quel est-il ? 83 % d’élèves dotés d’un bac noté au rabais se retrouvent pleins d’illusions sur les bancs de la fac, qu’ils quitteront au cours de la première année à 51 %. Parce que le système a surévalué leurs capacités depuis le primaire, au lieu de fortifier leurs bases, au point de leur faire croire que n’importe quelle orientation était possible. Quitte à ce qu’ils tombent du 14ème étage au dernier moment, c’est-à-dire celui où la réorientation sera presque impossible (puisqu’il leur manque les bases). Sans parler de la primauté donnée à la créativité pédagogique, source de toutes sortes d’innovations au détriment d’un tronc commun peut-être classique mais solide. Ni de la méthode globale qui a massacré l’orthographe de toute une génération, dont je suis… Sarkozy était peut-être le seul président à pouvoir s’attaquer à tout cela étant donné son état de grâce et l’image détestable qu’il a de toute façon auprès des dinosaures syndicaux. Mais que va-t-il faire ? Libéraliser l’école et les méthodes pédagogues, diminuer les heures de cours, pour dégraisser le nombre d’enseignants, abandonner la carte scolaire et pulvériser le collège unique. Bref, démanteler le principal secteur pour sauver les enfants de riches de la mixité avec le niveau tragique des enfants de pauvres… Derrière les mots volontaristes se trame un renoncement, un abandon gravissime. Celui du ciment commun, centre de la citoyenneté et de l’égalité des chances.

La citoyenneté sacrifiée sur l’autel de l’identité
La citoyenneté ? Les supporters de Nicolas de Sarkozy vous diront qu’elle fait désormais partie des compétences du ministère de l’"Immigration et de l’Identité Nationale" ! Tout à l’envers. On le sait, la crise des valeurs républicaines communes n’est plus liée depuis longtemps à l’immigration mais bien à celle de l’éducation de Français écartelés selon leur identification culturelle et leur classe sociale. Mais ce serait trop long à expliquer aux Français… Mieux vaut faire lire la lettre de Guy Môquet dans les classes et continuer à faire croire que tout sera résolu quand on aura interdit aux Français de continuer à épouser des étrangers qui ne parlent pas bien français. Une loi en préparation qui constitue une violation caractérisée des Droits de l’homme et du citoyen français. Mais tout le monde s’en fiche, tellement heureux de savoir que la solution était si simple et qu’il suffisait d’avoir le courage d’y penser.

Communautarisation et guerres de bandes
Gare_du_NordAutre dossier, toujours lié à la cohésion sociale et au renoncement qu’incarnent, en dépit des apparences, les politiques mises en place depuis 2002 : la violence et la communautarisation rampante. Les deux vont de pair. Même les RG s’en sont rendu compte et le signalent dans leur rapport faisant suite aux affrontements entre bandes de la Gare du Nord : plus 29 % de violences dues aux bandes depuis 6 mois ! Qu’en pense l’opinion publique sarkophile à toute épreuve ? Rien. On ne leur a pas posé cette question remarquez. C’est pourtant bien la politique mise en place par Nicolas Sarkozy depuis maintenant cinq ans qui mériterait d’être interrogée au vu de cette flambée de violence. Comme elle aurait dû l’être au vu des émeutes de novembre 2005. Ceux qui se sont penchés sérieusement sur le dossier, comme j’ai souhaité le faire dans mon dernier livre (Le Choc des préjugés) savent combien les méthodes employées vont à l’opposé de ce qu’il faudrait faire. Les autres préfèrent se persuader que la violence est une fatalité et qu’il suffit de cogner toujours plus fort pour s’en protéger. Pourtant, c’est bien la communautarisation et l’abandon du social qui nourrissent les identifications radicales, sources de violences. Y remédier supposerait un plan Marshall des quartiers populaires, des crédits pour les travailleurs sociaux et les associations citoyennes, une police de liaison et non uniquement de répression, mais surtout une école citoyenne et non à la carte, démantelée, abandonnée !

Je m’arrête là pour les sujets de fond. Je regarde notre nouveau président. J’entends ses discours dont la tonalité républicaine et volontariste manque tant à gauche. Je comprends ceux qui, malgré quelques mauvais pressentiments, veulent y croire. J’aimerais sincèrement que la France passe au mieux les défis de notre époque. Et je me dis qu’il faudra tout reconstruire après. Quand la lucidité et la raison auront triomphé de la fascination pour l’image, des effets de manche et des beaux discours. Le chemin sera long, parfois désertique. Mais nous devons tous être les acteurs de cette démystification.

Caroline Fourest

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08 septembre 2007

Même visé par un attentat-suicide, le président Algérien maintient une ligne suicidaire pour l'Algérie

drapeau_algerie_772063_2Le dernier bilan de l'attentat venant de frapper l'Algérie est lourd : 19 morts et de plus de 60 blessés. Bouteflika, lui, est toujours en vie.

S'adressant à un groupe d'anciens combattants réunis au siège de la préfecture de Batna, il a défendu sa politique de " réconciliation nationale ", qualifiée de " choix stratégique et irréversible du peuple algérien " : " Je dis au peuple algérien et au monde entier que nous avons choisi la voie de la réconciliation nationale.Nous n'y renoncerons pas, quel que soit le prix à payer ", a-t-il lancé avant de rejeter aussi bien " l'extrémisme des islamistes que celui des laïques ".

En fait de ligne équilibrée, cette réconciliation nationale avec les islamistes sert à maintenir coûte que coûte le pouvoir en place, en nationalisant la régression religieuse. Au lieu de profiter de l'aubaine pétrolière (et donc de moyens étatiques et financiers exceptionnels) pour s'attaquer de front à l'éducation et à la démocratisation du pays. Une avancée qui ne peut se faire sans sécularisation, mais que le régime en place redoute car elle pourrait le confronter à de nouveaux contre-pouvoirs issus de cette société civile en marche. Beaucoup moins repoussoirs que les islamistes...

Cette stratégie régressive est en partie justifiée par la volonté d'apaiser et de tourner la page des années de terrorisme. Les attentats de ces derniers mois et de ces derniers jours prouvent son inefficacité. Mais Bouteflika persiste et préfère croire à une peste venue soudain de l'étranger. Comme tous les dirigeants autoritaires du monde arabe chaque fois qu'ils sont désavoués par les faits. Les démocrates laïques, eux, continuent de rêver à une Algérie dont le sort ne serait entre les mains ni d'un régime pourrissant, ni d'intégristes précipitant le pourrissement en rêvant de prospérer sur les décombres.

Caroline Fourest

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03 septembre 2007

La gauche doit changer de logiciel

psrochelleC'est la seconde fois que le Mouvement des jeunes socialistes m'invitait à participer à l'Université d'été du parti socialiste. La dernière fois, j'avais fait part des mes craintes concernant l'incapacité de la gauche à s'emparer du débat de fond généré par l'après 11-septembre.

Cette année était sans aucun doute plus stimulante qu'aucune autre. Cette fois au moins, les socialistes sont dos au mur et forcés de reconnaître qu'ils n'ont pas été à la hauteur, sur bien des sujets, depuis trop longtemps. Pour la première fois par exemple, un atelier sur "la gauche face au terrorisme" a été programmé. Certes, sur l'agenda du Mouvement des Jeunes socialistes, incontestablement plus novateurs que leurs aînés quand il s'agit d'avoir un peu de courage. Mais c'est un début...

Sur le fond

L'atelier auquel je participais portait sur "la gauche, la Nation et la République". En compagnie de Patrick Weil et Stéphane Pocrain, j'ai insisté sur la nécessité de renouer sans honte avec un idéal républicain exigent, combatif, qui ne troque pas la "diversité" contre l'"égalité", ne tombe ni dans le sécuritiaire ni dans le victimaire, oppose la "crise de citoyenneté" à la "crise de l'autorité", la défense de la laïcité au clientélisme religieux, oppose un axe laïques/intégristes à l'axe Islam/Occident. Une gauche qui sache arracher aux nationalistes cette nation française qui fût longtemps une promesse de progrès. Tout en l'articulant avec une conscience internationaliste faite de solidarité Nord-Sud, au sein d'une Europe repensée comme lieu de résistance commun des Etats-Nations aux effets pervers de la mondialisation.

Qu'en restera-t-il ? Le débat de fond pour rénover ne fait que commencer. Il faut espérer qu'il survive à la guerre des éléphants et des Lions qui focalisera naturellement l'attention des certains médias, incapables de capter l'essentiel ou trop flemmards pour ne pas lui préférer le superficiel. Mais les médias ne sont jamais qu'un reflet. Si les socialistes souhaitent réellement poursuivre leur rénovation de fond en combles et tracer un chemin qui ne dérive plus au gré des courants, il leur faudra repenser totalement leur façon de fonctionner.

Sur la forme

A commencer par par ne pas accuser de "droitisation" ou de "gauchisation" chaque embryon de nouvelle ligne. Il faut que le débat ait lieu point par point, dans une cohérence guidée par le progrès, l'intérêt commun et l'efficacité. Le seul souci doit être de savoir si cette nouvelle orientation permettra ou non d'aider ceux qui ont le plus besoin de l'Etat, autrement dit les premières victimes de la politique de démantèlement du public au profit du privé en cours. Et non des jugements confectionnés à partir de préjugés ou de références uniquement empruntées au passé.

Les socialistes doivent aussi en finir avec leur incapacité presque idéologique à organiser la synergie avec les intellectuels, les associations, les penseurs citoyens et les leaders d'opinion gravitant autour d'eux. Ils doivent admettre que le rôle d'un parti politique est avant tout de servir de caisse de résonnance pour la pensée novatrice, fut-elle externe, et non seulement de filtre pour tirer la pensée interne vers un consensus mou aussi inaudible qu'immobile. Un domaine où la droite pragmatique a naturellement trois longueurs d'avance.

En parlant de ces universités d'été, Jean-Christophe Cambadélis (dont il faut saluer la capacité à organiser un débat de qualité) a parlé de "pré-logiciel". Il faut espérer que le logiciel saura se nourrir du meilleur, y compris de l'extérieur, capter les energies. Au lieu de nous jouer un spectacle grotesque et populiste de la "démocratie participative". Une succession de meetings démagos, façon forums internet, où la parole la plus légitime est celle de celui qui n'y connait rien et n'a donc rien n'a dire, mais à qui on fait croire qu'il sait tout et dont on ne retient rien... Puisqu'au final, ce sont bien les organisateurs du forum qui savent ce qu'ils voulaient entendre.

Sans parler de leurs personnalités respectives, il n'est pas étonnant que Nicolas Sarkozy soit apparu beaucoup plus compétent et bien plus pertinent que Ségolène Royal pendant toute la campagne. Tandis que l'un allait débaucher tous ceux qui avaient travaillé et pensé de façon novatrice sur un sujet, l'autre se vantait de n'écouter personne. Uniquemennt ceux venant chanter dans ses meetings. Surtout pas les experts extérieurs et encore moins les experts internes au PS, dont certains sont pourtant fort compétents, et depuis des années. On connait la suite, les frustrations légitimes générées, le niveau médiocre de la pensée présentée, le risque de voir les experts saisir la première main tendue en face...

Un parti politique n'est pas qu'une machine théâtrale à gagner les élections. Elle doit aussi être un catalyseurs d'énergies intellectuelles, culturelles et au final politique. Il faut donc espérer qu'en plus de chercher un conducteur ou une conductrice, le PS saura changer de moteur et de logiciel. En prenant le temps du débat de fond et d'une rénovation de qualité. Mais sans perdre de vue l'urgence d'une opposition crédible et efficace. Sans quoi le bolide au pouvoir aura vite fait de toute raser.

Caroline Fourest

Posté par Caroline Fourest à 12:08 - Editos - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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