26 novembre 2007
L’Europe pour Ayaan
Des voix, dont je fais partie, réclament depuis un moment un geste symbolique de la France en faveur de Ayaan Hirsi Ali. Menacée de mort pour avoir écrit le scénario de Soumission, un court-métrage contre les violences sexistes imposées au nom de la religion musulmane réalisé par Théo Van Gogh, assassiné depuis, elle vit désormais aux USA, où le gouvernement hollandais refuse de continuer à payer pour sa protection.
Le 22 octobre, dans Libération, des intellectuels de droite comme de gauche ont demandé au président de lui accorder la citoyenneté honorifique. L’Elysée n’a donné aucune suite officielle. D’après nos sources, Rama Yade, secrétaire aux droits de l’homme, aurait bien volontiers répondu à l’appel. Mais un conseiller haut placé aurait jugé que « ce n’était pas le moment ». Loi sur l’immigration limitant le droit d’asile (y compris pour des femmes comme Ayaan), affaire de l’Arche de Zoé et propos maladroit du président sur l’Afrique, ou simple réflexe de real politik ? Allez savoir...
Heureusement, la gauche n’est pas totalement morte et bouge encore. Benoît Hamon, député européen et ancien porte-parole du Parti Socialiste, a saisi ma proposition et vient de demander aux parlementaires européens de financer la protection de Ayaan Hirsi Ali. Au nom de l’article 6 de la Chartre des droits fondamentaux. Laquelle prévoit que «toute personne a droit à la liberté et à la sûreté ». Mais aussi d’une certaine conception de l’Europe, refuge des « valeurs de la démocratie et de l'État de droit », où « l'intégrisme religieux, dès lors qu'il menace de mort quiconque ose critiquer les symboles ou l’idéologie d’une religion, menace directement les libertés individuelles ».
Parrainée également par Harlem Désir (Socialiste, France), Véronique de Keyser (Socialiste, Belgique) et Ana Gomes (Socialiste, Portugal), cette question écrite a été déposée lundi 26 novembre. Ses partisans ont jusqu’au 15 mars pour convaincre la majorité des parlementaires européens (393 députés) de la signer, pour Ayaan, et pour l’Europe.
Caroline Fourest
19 novembre 2007
La dawa de Tariq Ramadan aux pays-Bas sponsorisée par le Sultan d'Oman fait réagir en Suisse
L'autonomie des Universités au Pays-Bas a une conséquence très concrète. Une université comme celle de Leyde, où l'on enseigne d'ordinaire plutôt Descartes et où Ayaan Hirsi Ali a étudié, accueille désormais une chaire d'islamologie financée par un mécène privé... Le Sultan d'Oman. Et le nom du nouveau professeur choisi pour diriger cette chaire n'a pas fini de soulever la polémique, puisqu'il s'agit de Tariq Ramadan. En Suisse, où l'on connaît bien l'ambiguïté du personnage, cette nomination apparaît comme une confirmation de plus.
Pour lire l'article du Matin : http://www.lematin.ch/pages/home/actu/monde/actu_monde__1?contenu=327075
17 novembre 2007
Les statistiques ethniques auraient fait reculer la lutte antiraciste
Autant, on peut légitimement être déçu par le peu de « réserves » émis par le Conseil constitutionnel concernant les tests ADN, autant la censure de l’article 63 autorisant le recours à des statistiques ethniques est une victoire que l’on ne mesure pas assez. Si cet amendement était passé, le modèle français d’intégration aurait tout simplement pris la voie du modèle anglo-saxon. Pour le pire et non pour le meilleur. Le meilleur, c’est lorsque des minorités utilisent leur savoir-faire pour mettre en lumière la violence des discriminations dont elles sont l’objet, en vue d'exiger l’égalité. Le pire, c’est lorsque cette demande dérive vers une demande de compensation, au titre de victime, que le politique pèse et sous-pèse en fonction du poids démographique de chaque « communauté ». Une tentation qui séduit comme jamais la classe politique française. Les statistiques ethniques auraient accru cette tentation, dont même les Usa reviennent.
En contrepartie, les partisans des « statistiques de la diversité » disent espérer mieux mesurer les discriminations et donc les combattre. Mais faut-il vraiment classer les gens par catégorie ethno-raciales et payer des Instituts de sondage pour savoir qu’il est plus dur de trouver un logement ou un travail lorsqu’on est noir ou d’origine arabe dans ce pays ? Les études permettant de mesurer le poids des discriminations, le ressenti ou de « tester » les préjugés racistes existent déjà. L’Observatoire des discriminations, par exemple, a prouvé que les CV portant un nom maghrébin ont trois fois moins de chance de déboucher sur un premier entretien que les autres à compétences égales voires meilleures…
Alors pourquoi vouloir aller plus loin dans la mesure de la « diversité »et de l’ « intégration » au sein d’une loi régulant l’immigration ? Faut-il le préciser, cet amendement a été déposé par le fameux Thierry Mariani qui souhaite autant ces statistiques pour combattre les discriminations qu’il souhaite les tests ADN pour faciliter le regroupement familial… En réalité, il s’agit de classer les Français en fonction de leurs « différences » en vue de doser. Pour le meilleur comme pour le pire. Or, au mieux, ces études permettront d’orienter la lutte contre les discriminations vers un « dosage cosmétique », où chaque quota de minorités visibles respecté masquera la panne massive de l’égalité des chances et des « possibles ».
Pour signer l’appel lancé par SOS Racime (déjà plus de 80 000 signatures) : http://www.fichepasmonpote.com/
Pour voir la vidéo qui tourne en dérision les statistiques ethniques : http://www.dailymotion.com/relevance/search/sos+racisme/video/x3hc64_statistique-ethnique-sos-racisme
Caroline Fourest
12 novembre 2007
voir la vidéo de "Ce soir ou jamais"

Pour ceux qui ont raté l'émission du 7 novembre 2007: http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=338&id_rubrique=152&video=20071107_csoj.wmv
10 novembre 2007
La crise à NPNS ne doit pas profiter aux ennemis du féminisme laïque
La République des lettres, un site ami des indigènes de la République, n'a pas résisté à sauter sur l'occasion (la démission de 26 comités de Ni putes ni soumises) pour donner raison aux attaques de collectif "féministes" pro-islamistes comme les Blédardes : "pour de nombreux observateurs, Ni Putes Ni Soumises se révèle plutôt comme une organisation en trompe-l'oeil dont la popularité a été créée artificiellement par les médias et l'establishement politique. Ses discours de défense du métissage social ainsi que sa promotion d'un nouveau féminisme "mixte" et "laïque" basé sur "l'égalité" et "le respect", sont en réalité un faux nez qui contribue au contraire à renforcer la discrimination dont sont victimes les jeunes des quartiers".
Ce type d'attaques a longtemps tenu unis les comités de NPNS, malgré les dysfonctionnements internes qui — jusqu'à l'entrée de Fadéla Amara au gouvernement — relevaient surtout de la forme et non du fond. Ceux qui s'opposent à une instrumentalisation politique de Ni putes ni soumises par l'approche Sarkozyste ne laisseront pas les mouvements victimaires pro-intégristes salir le combat de l'organisation jusqu'à cette date. Car jusqu'à cette date, il a été celui de femmes et d'hommes qui croient à la laïcité et à l'égalité pour tous (y compris dans les quartiers populaires). Contrairement à la propagande victimaire voulant que dénoncer le sexisme et la montée de l'intégrisme dans les quartiers populaires relève du racisme (même lorsque ces combats sont portés au nom de l'égalité par les féministes et les laïques de ces quartiers !).
En réalité, la fronde actuelle démontre au contraire que ces militants savent faire la différence entre une approche laïque et une approche sécuritaire. Ils l'ont prouvé en réagissant (avec un certain courage) dès que cette ligne jaune a été franchie. Le reste n'est que mauvaise foi.
Caroline Fourest
08 novembre 2007
Les Pays-Bas laissent partir Hirsi Ali mais accueillent Ramadan
Après la Suisse, les États-Unis (où il a été finalement interdit de permis de travail) et l'Angleterre, Tariq Ramadan se voit offrir une nouvelle fois une chaire d'enseignement dans une université : The University of Leiden aux Pays-Bas. Où il occupera la chaire sur l"Islam" financée par le Sultan d'Oman.
Suivant l'exemple de son grand-père et modèle, Hassan al-Banna, Tariq Ramadan ne refuse jamais un poste d'où il pourra "évangéliser" et diffuser sa vision politique de l'islam héritée des Frères musulmans. La méthode n'est pas nouvelle. Dans les années 80, l'Arabie Saoudite a soutenu la diffusion de l'islam fondamentaliste en Europe en sponsorisant l'ouverture de Centres islamiques sous la houlette de Saïd Ramadan, le père et l'autre modèle de Tariq Ramadan...
Le VVD, parti de centre droit où a été élue Ayaan Hirsi Ali, a protesté. Mais l'université regarde ailleurs. En 2007, Tariq Ramadan a d'ailleurs été accueilli comme professeur "visiteur" à l'Université Erasmus de Rotterdam, pour donner conférence sur "Citoyenneté et Identité". Quitte à servir de relais à une propagande dont ces lieux universitaires préfèrent visiblement ignorer la portée.
C'est une nouvelle très rude pour ceux qui connaissent l'impact de Tariq Ramadan chaque fois qu'il prend un poste dans un pays. Et plus encore pour ce pays déjà déchiré par l'affaire Van Gogh. A la croisée des chemins pour adapter son multiculturalisme à l'exigence de vivre ensemble, Les Pays-Bas vont bientôt voir de plus en plus leur débat public parasité par un discours poliment fondamentaliste mais fermement méprisant envers les musulmans laïques. Qui n'avaient pas besoin de cela.
Caroline Fourest

