28 janvier 2008
Après la discrimination positive, la "laïcité positive"
Le président appelle de ses vœux une « laïcité positive ». Ce qui revient à dire que la laïcité française actuelle est « négative ». En fait de « positive attitude », il s’agit d’ouvrir une brèche dans la séparation entre le politique et le religieux, pour faire évoluer la laïcité française vers une laïcité plus américaine, le modèle absolu de Nicolas Sarkozy dans ce domaine.
Si la fronde des laïques tient bon, il renoncera à modifier l’article 2 de la loi de 1905, interdisant de reconnaître ou de subventionner le culte. En revanche, il faudra une mobilisation massive — par exemple à l’occasion de la venue prochaine du pape — pour le dissuader de parvenir au même résultat en coupant la fine membrane existant entre les associations cultuelles (type 1905) et culturelles (type 1901). Car cela reviendrait à autoriser le financement du culte par le biais du culturel. C’est la demande formulée par la Fédération protestante de France, poussée au prosélytisme depuis l’expansion des Églises évangéliques. Un mouvement que Nicolas Sarkozy juge « évidemment positif par son dynamisme et le renouveau dont il est porteur ».
Encore cinq ans et le président de la République française prêtera serment sur la Bible. Tandis que nos banlieues ressembleront au Bronx. Des déserts sociaux, où les Églises évangéliques et les Centres islamiques se disputent le ciel en guise d’espoir.
Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Paru dans Charlie Hebdo (23 janvier 2008)
18 janvier 2008
Sarkozy ou l'esprit de 1905 en danger
Paru en novembre 2007 dans la revue Après-Demain, cet article prévoyait toutes les prises de positions actuelles de Nicolas Sarkozy :
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/18/1886
"Ce Soir ou jamais" consacré au féminisme
Pour voir l'émission du 16 janvier 2008 consacrée à Simone de Beauvoir et au féminisme en présence de Caroline Fourest, Gidèle Halimi, Caroline Bongrand, Gisèle Halimi, Danielle Sallenave, Natacha Polony, Emmanuelle Messean et Darina Al Joundi :
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=399&id_rubrique=183
16 janvier 2008
Sur l'agenda (du 16 au 20 janvier)
- Mercredi 16 janvier, participation à "Ce soir ou jamais" (France 3) sur le féminisme
- Tous les mardi sur France info à 13h15
- Une vendredi sur trois pour une "Carte blanche" en dernière page du Monde (premier article ce jeudi après-midi daté du vendredi)
15 janvier 2008
La « politique de civilisation » selon Sarkozy : la France Année zéro
Nicolas Sarkozy nous annonce une révolution culturelle et idéologique. Mais comme il pèche parfois par excès de confiance en lui, il nous annonce carrément une « politique de civilisation ». Une expression empruntée à Edgar Morin.
Elle est parfois un peu grandiloquente dans la bouche de l’auteur, qui invite les politiques à tenir compte de l’impact sur l’environnement ou à délaisser le rationalisme et l’individualisme pour emprunter davantage aux philosophies orientales sur un mode frisant le décroissantisme moraliste.
Elle est ridicule dans la bouche de Nicolas Sarkozy — dont toute la première partie de mandat et même la vie politique a consisté à encourager la production et le quantitatif au détriment du qualitatif, et notamment de la qualité de vie.
D’ailleurs, on ne décrète pas une politique de civilisation. C’est un processus long, historique, le fruit d’une interaction au minimum centenaire entre plusieurs évolutions politiques, sociologiques et culturelles. À ce rythme, Nicolas Sarkozy ne fera que cinq ans. Au mieux dix.
Il n’est pas question pour autant de sous-estimer la profondeur des réformes envisagées. Certaines font même rêver : retrouver le rôle de la France dans le monde, rebâtir une école « du savoir, du civisme et de l’ouverture d’esprit », tenir compte de l’environnement, moraliser le capitalisme financier, lutter contre les fonds spéculatifs, l’arrêt possible des OGM, faire de nos universités des campus « où l’on a envie d’étudier », élargir le G8 à 15 pays…
On aimerait y croire. On sait qu’il y mettra toute son énergie. Malheureusement, à force de foncer tête baissée, sur autant de dossiers, sans laisser le temps au débat public de servir de contre-pouvoir, la France risque de se réveiller avec une drôle de gueule de bois. Car Nicolas Sarkozy a déjà prouvé (comme ministre du Budget, de l’Intérieur et dans la première partie de son mandat) que l’enchantement de ses discours se traduisait par une politique brutale et simpliste.
Il prétend lutter contre les déficits publics. Mais n’a-t-il pas déjà vidé les caisses de l’État pour distribuer des cadeaux fiscaux à ceux qui en avaient le moins besoin ? Bien d’autres fausses bonnes idées ou paradoxes de cet ordre sont à pressentir au vu de son discours sur la « politique de civilisation ». Comme la "moralisation du capitalisme financier" (aucun ministre de l'intérieur n'a fait mieux pour modérer le zèle de la brigade financière contre la délinquance financière), la défense de la culture sur le service publique (qui perd ses recettes publicitaires pour être évaluée selon les critères sarkozystes de la culture du résultat ?), ou la nouvelle façon de mesurer la croissance (pour masquer le fait que les résultats ne sont pas au rendez-vous ?)
Toutes ces annonces posent la question de la confiance. Le passé politique de Nicolas Sarkozy prouve qu’il tient ses promesses sur le papier. Mais on ne peut absolument pas lui faire confiance pour ne pas biaiser sur la façon de les évaluer. En tant que ministre de l’Intérieur, la façon dont il a manipulé les statistiques pour améliorer les taux d’élucidation des commissariats — lesquels ne prennent plus certaines plaintes par peur de faire tomber leurs primes — au détriment d’une mesure réelle de l’augmentation des délits ne plaide pas pour lui. Or il faut une vraie dose de confiance pour accepter d’être conduit à si vive allure vers une France nouvelle. Pour l’instant, ceux qui connaissent bien le bilan de Nicolas Sarkozy comme ministre vivent surtout avec la peur au ventre de se réveiller en gare d’arrivée avec une France défigurée.
Caroline Fourest
14 janvier 2008
Bibliographie de Caroline Fourest
• Le LIVRE NOIR DE LA CENSURE (Collectif dirigé par E. Pierrat), Seuil 2008
• LE CHOC DES PREJUGES : l'impasse des postures sécuritaires et victimaires, Calmann-Lévy, 2007
• LA TENTATION OBSCURANTISTE, Grasset 2005
• FRERE TARIQ, discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Grasset, 2004
• TIRS CROISES, La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (avec F. Venner), Calmann – Lévy, 2003
• FOI CONTRE CHOIX, La droite religieuse et le mouvement prolife aux États-Unis, Éd. Golias.
• LES ANTI-PACS ou la dernière croisade homophobe (avec F. Venner), ProChoix, 1999.
• LE GUIDE DES SPONSORS DU FN et de ses amis (avec F. Venner), Raymond Castells, 1998.
• LES FEMMES ET L'EXTREME DROITE (collectif dirigé par C. Lesselier et F. Venner), Golias, 1997
09 janvier 2008
Ce soir ou jamais du 9 janvier 2008
Pour voir l'émission où participaient Caroline Fourest, Philippe Besson, Jean-François Stévenin, Bessora, Régis Jauffret, Raphaël Glucksmann, Paul-Marie Couteaux.
Sujets abordés : la conférence de presse de Nicolas Sarkozy, sa visite au Vatican, Ségolène Royal...
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=389&id_rubrique=177&video=20080108_csoj.wmv

