25 avril 2008
L'onu contre les droits de l'homme
L'onu contre les droits de l'homme
Vidéo envoyée par cfourest
Chronique du 25/04/08 consacrée aux dérives du Conseil des droits de l'homme.
* titre emprunté au très bon livre de Jean-Claude Buhrer et Claude B. Levenson, Milles et une nuits, 2003.
21 avril 2008
Quand le plan banlieue prévoit l'évangélisation des racailles
C’est une nouvelle qui pourrait bien rallumer la guerre scolaire. Le gouvernement déshabille l’école publique pour mieux aider l’école privée catholique à "évangéliser" les banlieues. Sitôt révélé par le site Mediapart, le projet d’un fonds spécifique destiné à encourager l’implantation de lycées privés catholiques dans les quartiers populaires a mis les laïques et les enseignants sur le pied de guerre.
Le projet fait tache alors que lycéens et professeurs se mobilisent contre la suppression à venir de plus de 11 000 postes d’enseignant dans le public, notamment dans les ZEP. D’autant qu’en principe l’aide publique attribuée aux écoles privées ne peut augmenter si celle accordée à l’école publique augmente, selon la règle coutumière des 80/20 (80 % au public et 20 % au privé).
Il est pourtant dans les cartons depuis le plan « Espoir banlieues », qui prévoit d’« encourager la contribution de l’enseignement privé à l’égalité des chances ». Et comme 80 à 90 % de l’enseignement privé est catholique, suivez mon regard… Le gouvernement voudrait voir « cinquante nouvelles classes » de ce type en banlieue. C’est officiel, l’« espoir en banlieue » s’appelle donc « espérance » et sera porté par le religieux. C’est confirmé, Nicolas Sarkozy préfère le curé à l’instituteur. Et puis, il en est persuadé : l’enseignement privé catholique civilisera « les racailles ». Emmanuelle Mignon, son cerveau catholique, l’un des auteurs du discours de Latran et des propos malheureux sur le « non-problème » des sectes, n’y est pas étrangère. Dès 2006, lors d’une convention de l’UMP, elle plaidait pour que les « familles de banlieue puissent bénéficier du savoir-faire des établissements catholiques et d’un vrai choix entre école privée et école publique ».
Le gouvernement semble persuadé que la guerre scolaire est bien enterrée. « Nous sommes décomplexés », aurait dit Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, au nouveau patron de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, venu réclamer qu’on lui « facilite la tâche ».
Le Vatican décomplexé
Les écoles privées catholiques cartonnent et rêvent de grandeur. L’an dernier, elles ont dû refuser 35 000 dossiers. La faute à l’« accommodement raisonnable » de Debré, qui a mis le ver dans le fruit en autorisant le financement des écoles privées sur fonds publics. En 1960, 11 millions de Français signaient une pétition contre. Ils avaient vu juste. Les écoles privées ont largement tiré profit de ce système leur permettant d’avoir le beurre et l’argent du beurre : des frais de scolarité élevés, un droit à la sélection et, en prime, le soutien de l’État. Ces aides permettraient un droit de regard, mais on pourrait très bien imposer ce droit de regard sans verser des fonds qui manquent cruellement au public. Surtout depuis l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au bac. Contrairement au privé, le public ne peut pas se permettre d’être trop sélectif. Si en prime on le prive de moyens, si on en diminue le nombre d’enseignants au lieu de diminuer le nombre d’élèves par classe, on empêche mathématiquement le maintien d’un certain niveau.
On condamne donc l’école publique à perdre toute attractivité au regard du privé. D’autant que les écoles privées catholiques sous contrat se gardent bien d’afficher trop ostensiblement leurs convictions religieuses. Du moins, jusqu’ici. Avec Benoît XVI, le Vatican aussi se décomplexe. Certains archevêques, comme celui d’Avignon, appellent depuis un moment les établissements privés catholiques à renoncer à la tolérance postmoderne pour retrouver le chemin d’une vraie éducation catholique. Les banlieusards vont déguster… Mais pas seulement eux. À terme, les écoles confessionnelles sélectives — principalement catholiques, mais aussi musulmanes — auront supplanté le public. Le lien social, la citoyenneté et, bien sûr, la laïcité en sortiront en lambeaux. Le gouvernement se trompe : la bataille pour l’enseignement public, qui est aussi celle pour le respect de la loi de 1905, peut reprendre à tout moment.
Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Article paru dans Charlie Hebdo 16 avril 2008
lundi 21 avril 2008
18 avril 2008
Les Abeilles en danger
Les Abeilles en danger
Vidéo envoyée par cfourest
Chronique du 28/04/08 sur "Nourrir sans détruire"
09 avril 2008
La chronique de Caroline Fourest - La crise du budget
La chronique de Caroline Fourest - La crise du budget
Vidéo envoyée par maneb40
08 avril 2008
Que penser de Fitna ?
Que penser de Fitna ?
Vidéo envoyée par prochoix
Extrait de "Ce soir ou jamais" du 01/04/08. Fidèle à une approche à la fois anti-intégriste et antiraciste, Caroline Fourest défend le droit à la liberté d'expression de Wilders tout en se dissociant de son approche xénophobe. Elle milite pour le droit de s'exprimer sans censure (qu'il s'agisse des dessins danois, de Wilders ou de Dieudonné) mais insiste sur le droit de commenter ou de réagir si l'on estime que ces propos sont racistes... Elle explique qu'il existe une vraie une différence entre des dessins danois jugés racistes mais en réalité blasphématoires anti-intégristes et les productions incitant au racisme de Dieudonné ou de Wilders.
03 avril 2008
De la complexité d'être une intellectuelle engagée
Le statut des femmes qui écrivent et qui pensent a encore du chemin à faire.
Après le Monde, un portrait paru dans Paris-Obs (par ailleurs très bien fait) me présente dans son châpo introductif comme "militante des droits des femmes et des homosexuels". Alors que je ne milite dans aucune association, que je suis essayiste, enseignante, éditorialiste et journaliste... Engagée certes, mais comme d'autres intellectuels engagés.
J'ai milité, il y a quelques années dans une association de défense des droits des homosexuels, mais me présenter ainsi c'est un peu comme présenter Edwy Plenel ou Serge July comme "militants troskystes". Un peu comme si Jean Daniel ou BHL étaient présentés comme militants juifs et hétérosexuels.
Réduire mon engagement intellectuel (qui porte aussi bien sur des questions sociales que religieuses ou culturelles) au fait d'être une "militante des droits des femmes et des homosexuels" est une façon de réduire toute intellectuelle femme à son état et non à ses idées.
C'est un peu comme montrer les fesses de Beauvoir en "une du Nouvel Obs" pour illustrer son œuvre.
01 avril 2008
L'héritage de Mai 68
C’est l’un des procès lancinants intentés à Mai 68. La libération de la parole, de la pensée, de la sexualité aurait sapé l’autorité, pour ne pas dire la virilité de notre société. Car dans l’esprit de certains, les deux sont liées. Ce qui leur permet d’ailleurs de faire à la fois le procès de Mai 68 et celui du mouvement de libération des femmes, né deux ans plus tard.
L’un a ouvert la voie en libérant la parole contre l’autorité abusive, celle de la Soumission. L’autre a profité de cet élan pour s’attaquer de façon durable et profonde au principe de domination masculine au cœur de presque toutes nos sociétés. Un tel tremblement de terre ne pouvait laisser indifférent.
Sortis groggy de ces deux révolutions, celle de 68 et celle de 70, les mouvements réactionnaires ou simplement conservateurs, les tenants de l’ordre établi, voire dans certains cas de l’ordre naturel et divin, ont lentement mais sûrement mûri une contre-révolution, intellectuelle, religieuse et politique. Elle a commencé à porter ses fruits dès les années 80. Elle les porte encore aujourd’hui.
Nihilisme, égoïsme, relativisme moral, que n’aura-t-on pas reproché à ce moi de mai ?
Un peu comme l’immigration expliquerait le chômage, Mai 68 expliquerait à la fois la montée de la délinquance, le harcèlement des professeurs et même que l’on tire à balles réelles sur des policiers. Il suffirait, pour reprendre l’expression du candidat Sarkozy, de liquider l’héritage de mai, et le tour serait joué.
Mais de quelle crise de l’autorité nous parle-t-on au juste ?
Pour s’imposer, c’est vrai, les professeurs doivent davantage argumenter que leurs aînés. Ma génération, celle des trentenaires, et encore plus celle d’après, ne respecte pas l’autorité pour l’autorité. Dans les années 60, un professeur n’avait qu’à sortir sa règle pour obtenir le silence. Aujourd’hui, il faut beaucoup d’imagination pour capter l’attention et obtenir le respect de ses élèves. Le problème, c’est que la pédagogie demande du temps. Et que le nombre d’élèves par classe n’a cessé d’augmenter. La crise que connaissent les professeurs n’est donc pas une crise d’autorité mais une crise d’adaptation. On ne la résoudra pas en réhabilitant l’autorité mais en diminuant — drastiquement — le nombre d’élèves par classe. Cela n’interdit pas de revaloriser le respect. Mais cela demande des crédits, des moyens, des budgets. Alors certains préfèrent penser que c’est la faute au mois de mai.
On ne voit pas non plus très bien le lien entre les émeutes et la fin de l’autorité pensée sur le mode de la virilité. Les CRS ne sont plus perçus comme des SS mais comme des Robocop. Les jeunes ne les affrontent pas par antifascisme. Ils sont en colère à cause de contrôles d’identité abusifs qui attisent la colère, le sentiment d’injustice et appuient sur leur crise d’identité. Or pour se faire entendre, tous les enfants des classes populaires n’ont pas la même imagination que les étudiants de Mai 68. Gavés de films hollywoodiens, leur mode de protestation est plutôt inspiré par la violence des ghettos américains. Quitte à s’en prendre aux policiers comme s’il s’agissait d’une vulgaire bande rivale.
Quel lien avec 68 ? La plupart des parents de ces émeutiers n’ont pas fait Mai 68. Bien au contraire. Arrivés de pays n’ayant pas connu la libération sexuelle, attachés au modèle patriarcal de leur pays d’origine, beaucoup ont élevé leurs fils et leurs filles sur le mode de l’autorité et de la soumission. L’explosion de rage désordonnée est bien leur héritage. Tandis que les parents ayant préféré la pédagogie au ceinturon ont envoyé leurs enfants à l’université plutôt qu’en prison. Ceux-là participeront peut-être demain à un nouveau 68.
Dernière chose, il est absurde de lier la montée de l’intégrisme à la crise de l’autorité virile. C’est tout le contraire. Si les émeutiers ne sont malheureusement pas les enfants de Mai 68, les intégristes des quartiers populaires sont très sûrement les enfants de la contre-révolution morale et religieuse née en réaction à la libération sexuelle et au féminisme.
Moralité, il n’y a pas trop d’esprit soixante-huitard dans les quartiers. Il n’y en pas assez.
Ce n’est donc sûrement pas l’autorité qu’il faut réhabiliter. Encore moins sur la religion qu’il faut miser. C’est au contraire la laïcité, la pédagogie, la citoyenneté et le respect du vivre-ensemble qu’il faut savoir faire souffler. Mais ça, cela demande un peu d’imagination au pouvoir.
Caroline Fourest
Chronique pour France culture du 28/03/08
Ben Laden et les Ouïghours
Puisque les Jeux Olympiques de Pékin auront lieu, autant qu’ils servent à dénoncer l’oppression des minorités culturelles. Celle des Tibétains mais aussi celle des Ouïghours, dont on parle moins.
Ils ne sont pas bouddhistes mais musulmans. Ils ne sont pas Han mais ouïghours. Estimés à 9 millions, ils parlent ouïghour et peuplent l’une des principales régions autonomes de Chine : le Xinjiang, coincée entre la Russie, la Mongolie, le Pakistan et le Tibet. Cette région est en principe autonome. Mais en réalité, Pékin interdit aux Ouïghours de pratiquer pleinement leur religion, de transmettre leur culture et surtout de parler leur langue.
Pour Pékin, le développement d’une culture ouïghoure autonome risque de servir de voie vers l’indépendance. La région est riche en hydrocarbures, en ressources minérales, en terres agricoles... Alors comme pour les Tibétains, Pékin élabore des stratégies de peuplement, à grand renfort de Han, pour tenter de diluer l’identité de la région et mieux la contrôler.
On se souvient de Tienanmen. On a oublié que huit ans plus tard, le mouvement contestataire ouïghour était réprimé dans le sang et dans l’indifférence. Les chiffres sont difficiles à établir mais on parle de 8 000 disparus et de 50 000 emprisonnés ou torturés.
L’une des figures emblématiques de la culture ouïghoure, Rebiya Kadeer, a été pressentie pour le Prix Nobel de la Paix en 2006. Cette ancienne députée ayant fait fortune dans le textile a beau être la mère d’une nation musulmane opprimée, elle ne porte ni voile ni burka d’aucune sorte, mais vous reçoit en mini-jupe. Pour avoir voulu dénoncer la répression, elle a passé six ans dans les geôles chinoises. Avec interdiction de parler. Et même de sourire. Depuis sa libération, elle vit en exil. Comme le Dalaï-lama, elle dénonce un « génocide culturel ».
La répression continue ?
Plus que jamais. En janvier dernier, près de 15 000 Ouïghours ont été arrêtés. Certains attendent en ce moment même d’être exécutés pour terrorisme. Et oui, lorsque les Tibétains se révoltent, Pékin crie au complot. Et lorsque les Ouïghours se révoltent, Pékin crie au terrorisme. Le 11 septembre est passé par là.
De fait, après des années de résistance plutôt pacifique, certains activistes ouïghours sont bien passés à l’action violente, injustifiable puisqu’elle menace des innocents et non le régime. Le problème, c’est que Pékin arrête et condamne indistinctement les pacifiques et les violents. À force, c’est sûr, les militants ouïghours vont bien finir par avoir quelques sympathies pour le terrorisme islamiste qui fleurit au Pakistan voisin.
Bizarrement, cette cause-là ne passionne pas le monde musulman obstinément focalisé sur le conflit israélo-palestinien, pourtant moins meurtrier. Rebiya Kadeer a son explication : « à leurs yeux, nous ne sommes que des asiatiques et puis surtout nous ne sommes pas opprimés par les États-Unis alors cela ne les intéresse pas ».
En Chine, pour humilier les Ouïghours, on a brûlé des Corans. Et pourtant, vous n’avez entendu aucun groupe islamiste protester. Prenez Ben Laden. Depuis le temps qu’il envoie des cassettes à Al-Jazira, il aurait tout de même pu trouver le temps de glisser un mot sur les Ouïghours. Et bien non, il s’en fiche, ostensiblement. Dans son dernier communiqué, il préfère menacer le pape de représailles suite à son rôle supposé dans la republication des dessins de Mahomet…
Je ne sais pas quel opérateur Ben Laden a choisi pour câbler son abri, mais franchement, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il capte mal. Il faudrait quand même un jour lui expliquer que le pape n’est pas le chef de l’Europe. Encore moins le directeur de publication de Charlie hebdo. Que nous ne sommes ni en Chine ni dans le monde rêvé des intégristes. Qu’on peut à la fois soutenir le droit à l’irrévérence envers le religieux et se sentir solidaires des minorités religieuses lorsqu’elles sont opprimées. Aujourd’hui, ce sont bien les associations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International qui soutiennent les Ouïghours. Tandis que les islamistes, eux, s’en moquent.
Caroline Fourest, chronique pour France culture du 21/03/08
