Caroline Fourest

Blog de Caroline Fourest : Editos, Interventions publiques, Articles, Livres, Conférences

21 avril 2008

Quand le plan banlieue prévoit l'évangélisation des racailles

imagesC’est une nouvelle qui pourrait bien rallumer la guerre scolaire. Le gouvernement déshabille l’école publique pour mieux aider l’école privée catholique à "évangéliser" les banlieues. Sitôt révélé par le site Mediapart, le projet d’un fonds spécifique destiné à encourager l’implantation de lycées privés catholiques dans les quartiers populaires a mis les laïques et les enseignants sur le pied de guerre.

Le projet fait tache alors que lycéens et professeurs se mobilisent contre la suppression à venir de plus de 11 000 postes d’enseignant dans le public, notamment dans les ZEP. D’autant qu’en principe l’aide publique attribuée aux écoles privées ne peut augmenter si celle accordée à l’école publique augmente, selon la règle coutumière des 80/20 (80 % au public et 20 % au privé).

Il est pourtant dans les cartons depuis le plan « Espoir banlieues », qui prévoit d’« encourager la contribution de l’enseignement privé à l’égalité des chances ». Et comme 80 à 90 % de l’enseignement privé est catholique, suivez mon regard… Le gouvernement voudrait voir « cinquante nouvelles classes » de ce type en banlieue. C’est officiel, l’« espoir en banlieue » s’appelle donc « espérance » et sera porté par le religieux. C’est confirmé, Nicolas Sarkozy préfère le curé à l’instituteur. Et puis, il en est persuadé : l’enseignement privé catholique civilisera « les racailles ». Emmanuelle Mignon, son cerveau catholique, l’un des auteurs du discours de Latran et des propos malheureux sur le « non-problème » des sectes, n’y est pas étrangère. Dès 2006, lors d’une convention de l’UMP, elle plaidait pour que les « familles de banlieue puissent bénéficier du savoir-faire des établissements catholiques et d’un vrai choix entre école privée et école publique ».

Le gouvernement semble persuadé que la guerre scolaire est bien enterrée. « Nous sommes décomplexés », aurait dit Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, au nouveau patron de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, venu réclamer qu’on lui « facilite la tâche ».

Le Vatican décomplexé

Les écoles privées catholiques cartonnent et rêvent de grandeur. L’an dernier, elles ont dû refuser 35 000 dossiers. La faute à l’« accommodement raisonnable » de Debré, qui a mis le ver dans le fruit en autorisant le financement des écoles privées sur fonds publics. En 1960, 11 millions de Français signaient une pétition contre. Ils avaient vu juste. Les écoles privées ont largement tiré profit de ce système leur permettant d’avoir le beurre et l’argent du beurre : des frais de scolarité élevés, un droit à la sélection et, en prime, le soutien de l’État. Ces aides permettraient un droit de regard, mais on pourrait très bien imposer ce droit de regard sans verser des fonds qui manquent cruellement au public. Surtout depuis l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au bac. Contrairement au privé, le public ne peut pas se permettre d’être trop sélectif. Si en prime on le prive de moyens, si on en diminue le nombre d’enseignants au lieu de diminuer le nombre d’élèves par classe, on empêche mathématiquement le maintien d’un certain niveau.

On condamne donc l’école publique à perdre toute attractivité au regard du privé. D’autant que les écoles privées catholiques sous contrat se gardent bien d’afficher trop ostensiblement leurs convictions religieuses. Du moins, jusqu’ici. Avec Benoît XVI, le Vatican aussi se décomplexe. Certains archevêques, comme celui d’Avignon, appellent depuis un moment les établissements privés catholiques à renoncer à la tolérance postmoderne pour retrouver le chemin d’une vraie éducation catholique. Les banlieusards vont déguster… Mais pas seulement eux. À terme, les écoles confessionnelles sélectives — principalement catholiques, mais aussi musulmanes — auront supplanté le public. Le lien social, la citoyenneté et, bien sûr, la laïcité en sortiront en lambeaux. Le gouvernement se trompe : la bataille pour l’enseignement public, qui est aussi celle pour le respect de la loi de 1905, peut reprendre à tout moment.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner

Article paru dans Charlie Hebdo 16 avril 2008

lundi 21 avril 2008

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25 février 2008

Ayaan Hirsi Ali applaudie au parlement européen

Le 14 février, l’Europe politique s’est mobilisée pour soutenir Ayaan Hirsi Ali et lui offrir une protection.

1431249880_ayyan_hirsi_ali_en_quete_de_protection_au_parlement_europeenÀ Paris, nous avons demandé qu’Ayaan soit naturalisée. Pour que la France tienne ses promesses, celle de protéger les femmes « martyrisées ». À Bruxelles, nous avons demandé à l’Union européenne de financer la protection d’Ayaan. Pour que l’Europe tienne ses promesses. Celle de la Chartre des droits fondamentaux, qui garantit la liberté d’expression et de mouvement à ses ressortissants.

On a souvent reproché à cette Charte de n’être qu’un bout de papier. C’est l’occasion de prouver qu’il n’en est rien. Si la majorité du parlement — 393 députés européens — signait la question écrite déposée en janvier par Benoît Hamon et trois autres députés socialistes européens1, l’Europe politique n’aurait plus rien d’un vœu pieux. Entre janvier et février, 83 députés l’ont signé. A l’origine, le meeting du 10 février à Paris a été pensé pour faire connaître cette initiative. Son succès est allé bien au-delà.

Ce 14 février, dans le train qui nous mène à Bruxelles, je tente de lire dans le regard d’Ayaan quelques restes de ce rêve européen qui l’habitait jadis. L’espoir d’une Europe où l’on peut penser et vivre en toute liberté l’a poussé à fuir sa famille, et un mariage forcé, pour y trouver refuge lorsqu’elle avait à peine plus de vingt ans. Quinze ans plus tard, la voilà qui doit fuir aux Etats-Unis. « J’étais un symbole, je suis devenue un problème » explique-t-elle aux journalistes.

Ses propos contre l’excision, les mariage forcés, contre le sexisme, ne lui ont pas seulement coûté des menaces de mort, très sérieuses, mais aussi des insultes et des calomnies. Alors que les islamistes bon teint profitent abondamment de la liberté d’expression offerte par l’Europe, que tout le monde s’offense lorsque leurs mensonges à eux sont démontés, Ayaan doit se justifier d’avoir menti sur un détail pour obtenir le statut de réfugiée politique. Elle doit se cacher pour penser en toute liberté.
Lorsqu’elle vivait aux Pas-Bas, le gouvernement l’a déménagée 22 fois de logement sous prétexte de la protéger. On l’a même exfiltré sur des bases militaires, où elle « vit » entourée de gros bras sans pouvoir sortir. Aucune maison ne semble convenir, jamais. Quand elle finit par en trouver une, ses voisins portent plainte et obtiennent de la faire expulser. La goutte d’eau. Ce jour là, elle décide d’abandonner la politique et de postuler auprès de n’importe quel centre de recherche, fut-il néo-conservateur, pour pouvoir sortir de cet enfer et partir travailler aux Etats-Unis.

Mais l’enfer la rattrape. Désormais, elle doit limiter ses sorties aux maximum si elle ne veut pas épuiser les fonds privés levés servant à financer sa protection. Les Etats-Unis ne peuvent prendre le relais sans un statut diplomatique. Les Pays-Bas n’ont même pas voulu l’envisager. C’est dire si venir au Parlement européen, après cet accueil fou à Paris, signifie quelque chose pour Ayaan. Le président du Parlement a tenu à la voir juste avant la conférence organisée par Benoît Hamon. Un geste fort. Sa neutralité l’empêche de donner des consignes, mais il soutient cette initiative publiquement.

À l’heure du meeting, beaucoup de médias européennes sont présent et foncent sur nous. Je peine à rejoindre mes camarades — Ayaan, Benoît Hamon et Bernard-Henri Lévy — à la tribune. Hamon présente les enjeux de cette question écrite : il ne s’agit pas d’une initiative socialiste mais d’une initiative européenne, qui doit rassembler tout le monde. Il existe un budget spécial pour des « projets pilotes », qui déjà été utilisés pour crééer un fond indemnisant les victimes du terrorisme. L’un de ces projets pourrait servir à crééer un Fond européen en vue de protéger les personnes menacées de mort en raison de leurs opinions. Je préviens : l’Europe politique est la dernière terre d’asile pour les esprits libres comme Ayaan. Bernard-Henri Lévy insiste : « Personne n’incarne mieux les valeurs européennes qu’Ayaan Hirsi Ali ». Ayaan, enfin, prend la parole pour rappeler son parcours. Celui qui l’amène aujourd’hui à demander l’aide de l’Union européenne : « J’aime la vie et je veux vivre ».

Depuis la salle, des députés européens prennent le micro pour dire combien ils la soutiennent. Seuls quelques journalistes des Pays-Bas et quelques journalistes arabes boudent l’athmosphère magique de ce pur moment d’utopie européenne. « Tout cela est-il bien réaliste ? » demande un confrère néérlandais. Je ne résiste pas : « Vous savez, il existe une très belle devise qui pourrait servir à relancer l’Europe politique : ils ne savaient pas que c’était impossible… alors ils l’ont fait. »

De retour à Paris, nous apprenons que Taslima Nasreen a enfin obtenu un visa de 6 mois pour rester en Inde, à condition de se taire. Le complot contre Kurt Westergaard, le dessinateur danois, a été déjoué. Dix-sept journaux danois on publié sa caricature pour le soutenir. Enfin. La tension persiste, la vigilance demeure. Mais cette semaine, incontestablement, les esprits libres ont plutôt bien résisté.

Caroline Fourest

* Benoît Hamon (France),Véronique De Keyser (Belgique), Harlem Désir (France) et Ana Gomes (Portugal), au bureau du Parlement Européen.


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18 janvier 2008

Sarkozy ou l'esprit de 1905 en danger

Paru en novembre 2007 dans la revue Après-Demain, cet article prévoyait toutes les prises de positions actuelles de Nicolas Sarkozy :
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/18/1886

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20 juin 2007

Christine Boutin pense possible que Bush soit à l’origine des attentats du 11/09



Sarkozy Contre Bush ?
Vidéo envoyée par ReOpen911

Christine Boutin partage pleinement la vision de Nicolas Sarkozy selon laquelle il faut remettre de l’espérance dans les banlieues grâce à la religion, quitte à s’appuyer sur les réseaux de l’UOIF.

Elle a d’ailleurs volontiers accepté de se rendre au congrès annuel du Bourget de l’organisation islamiste, où elle a rappelé combien les croyants avaient des point communs concernant l’ordre morale, sexuel ou la vision de la laïcité. Est-ce au contact oecuménique de ses nouveaux amis qu'elle a commencé à émettre des doutes sur la culpabilité des islamistes dans les attentats du 11 septembre ?

Interviewée en novembre 2006 dans l’émission web de Karl Zéro, à la question d’un blogueur de Jeudi Noir et de www.reopen911.info (un site relayant les thèse complotistes sur le 11/09) qui lui demande si elle pense que “Bush peut être à l’origine de ces attentats”, la réponse de Boutin fuse : “Je pense que c’est possible. Je le pense d’autant plus que je sais que les sites qui parlent de problème sont des sites qui ont le haut taux de visite (…) Je me dis que cette expression de la masse et du peuple ne peut pas être sans aucune vérité”.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

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04 juin 2007

Bouras, Klarsfeld et la caricature des législatives

Rarement une élection législative aura été l’occasion de présenter des visages nouveaux, et donc de diversifier un peu le corps élu. Surtout au Modem. Saigné de 90 % des députés UDF — ils ont préféré céder au chantage de l’UMP pour ne pas avoir de candidats de droite face à eux et assurer leur réélection — le Modem a dû trouver plus de 500 députés à présenter dans l’urgence.

Beaucoup de talents appartenant aux minorités dites visibles misaient sur cette opportunité de se frayer un chemin semé d’embûches dans des partis plus installés, où la place est d’autant plus chère qu’elle est éligible. De fait, le Modem présente de nombreux candidats issus de ces minorités… essentiellement dans les circonscriptions où leur profil présente un avantage. Preuve qu’il reste encore pas mal de chemin à faire pour que ces profils ne soient pas instrumentalisés ou réduits à une part de leur identité — et non considérés comme des représentants possibles de la Nation à part entière. Dans quelques années sans doute. En attendant, toute ouverture est bonne à prendre. Enfin presque… Car il y a de nombreux couacs dans cette précipitation à nommer un candidat au nom maghrébin ou noir dans l’espoir qu’il recueillera les suffrages de sa « communauté » supposée.

En Seine-Saint-Denis, le Modem présente finalement Djamel Bouras, et non Houari Guermat, le candidat UDF prévu à l’origine. L’ex-judoka, totalement novice en politique, a été parachuté là à la suite d’une négociation avec Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy. Problème, l’ancien champion est tout sauf un militant centriste. Ses convictions, il les exprime depuis des années dans les cercles proches de l’UOIF (où il s’est rendu au Congrès du Bourget en 2002), en manifestant avec le Parti des musulmans de France de Mohammed Latrèche contre la loi sur les signes religieux à l’école publique, ou en soutenant Dieudonné et Al-Manar (la chaîne du Hezbollah) contre ces « puissances qui nous font si mal ». Il n’aurait pas totalement fait tache dans l’ancienne UDF mitée par d’anciens nostalgiques de Vichy. Mais il détonne drôlement dans un Modem, parmi les nouveaux alliés de François Bayrou. Ceux-là ont été séduits par son discours incontestablement républicain et laïque, le fait qu’il ait émis une circulaire contre le voile quand il était ministre de l’Education ou encore sa présence courageuse aux côtés de Charlie Hebdo dans le procès des caricatures. Corinne Lepage, par exemple. Elle attend des explications et son mouvement, Le CAP 21, envisage de ne pas adhérer en tant que personne morale au Modem si l’affaire Bouras est approuvée en connaissance de cause. Au Modem, on dit ne pas être au courant… Joint par téléphone, François Bayrou ne semble pas mesurer la portée de ce geste : « Je ne connaissais pas Djamel Bourras. Il m’a été présenté comme le grand sportif que l’on connaît. Il me dit que toutes ces accusations sont fausses. J’ai tendance à le croire. Il n’a pas le look. » Tout en promettant des sanctions si on lui apporte la preuve… de faits déjà établis : « Si c’était le cas, j’aurais une explication et je prendrais les décisions nécessaires. Je n’ai aucune bienveillance à l’égard de ces choses-là et je l’ai prouvé à plusieurs reprises. »

L’un de ses bras droits, Marielle de Sarnese, également jointe par téléphone, s’emporte quand on lui fait remarquer que ce signal intervient après d’autres, comme la visite de Bayrou à l’UAM 93, une association musulmane de Seine-Saint-Denis qui a organisé les manifestations contre les caricatures. Ou encore ce bandeau du site officiel — www.bayrou.fr — où l’on voit une femme voilée aux côté de Bayrou : « Je ne connais pas ce Djamel. Mais on me dit qu’il dément avec force ces accusations. Quant à la photo, elle a été prise lors d’une visite à l’association Zyva (qui fait un très bon boulot, NDLR). Le photographe qui suit François a trouvé que cette femme voilée avait un très beau visage et l’a mise en bandeau sur le site. Ça vous choque ? Les femmes voilées, ça existe figurez-vous ! Vous êtes une intégriste ! » De la laïcité ?

Bayrou_voil_es

Décidemment, le Modem va devoir éclaircir son image. Notamment choisir entre les vieux relents anti-laïques d’une certaine UDF et ses nouveaux alliés. L’affaire Bouras est un bon test.

De son côté, l’UMP, on présente une vraie caricature, Arno Klarsfeld, dans le 12ème arrondissement de Paris. Bien que réserviste de l’armée israélienne, il traque volontiers la double appartenance nationale lorsqu’il s’agit d’enfants immigrés scolarisés en France. Mais surtout il ne comprend pas pourquoi on le soupçonne d’être parachuté : « J’habite le 8ème, ce n’est pas si éloigné que ça. (…) J'ai traversé le 12ème arrondissement quand j'ai couru le marathon. »

Pendant ce temps, dans les autres partis, on s’écharpe pour voler quelques places aux barons du coin au profit de nouveaux talents, parfois en opposant les talents issus de différentes minorités pour ne pas trop mordre sur le territoire des « normaux ».

Décidément, la route est longue pour trouver un équilibre entre universalisme et communautarisme. Faire ce chemin en courant (en footing ?) permettra peut-être d’avancer plus vite, mais gare à la casse. Il y aura pas mal de chutes dans le ravin qui longe cette route.

Caroline Fourest

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18 avril 2007

Abus policiers, crise de citoyenneté

C'est arrivé à Rouen. Deux conducteurs, deux étudiants éméchés, butent sur un lampadaire. Leur interpellation tourne à la bavure. Alors qu'ils sont menottés et totalement maîtrisés, des policiers s'acharnent : coups sur la tête, lâcher de chien et même strangulation.
Ce jour-là, alerté par le bruit du crâne cognant sur la carrosserie, un riverain a eu le réflexe de filmer de sa fenêtre. La scène est montrée dans certains journaux. Ceux qui l'ont vue réalisent la violence, physique et symbolique, d'un abus de pouvoir lorsqu'il vient de forces de l'ordre. Et se produit, comme par hasard, sur un étudiant noir et un étudiant arabe. D'autres n'ont pas besoin d'avoir vu ces images pour savoir que ces scènes de violences arrivent trop souvent depuis quelques années, près de chez eux, et tombent toujours sur les mêmes. Ils n'ont pas attendu ces images pour mettre en garde : les violences policières de ces dernières années ont miné ce qu'il restait de confiance et de respect entre les citoyens et leur police : + 30 % de plaintes pour bavures depuis 2002.

Les bavures ont toujours existé. Mais, depuis 2002, la police est plus que jamais sous "haute pression". On exige d'elle des chiffres en vue d'une exploitation politique. Sa mission, déjà difficile, est devenue infernale. Certains policiers gardent un sang-froid remarquable, malgré le climat de tensions grandissant. Ceux-là incarnent l'honneur de la police et de la République. Ce sont de véritables "gardiens de la paix".

Mais tous n'ont pas ce sens de la maîtrise et cette exigence. Favorisées par un discours sécuritaire sans discernement ni mesure, les bavures semblent en prime mieux tolérées. A de très rares exceptions, le ministre en charge les a couvertes : "Plus de plaintes pour bavures, cela ne veut pas dire plus de bavures." A de très rares exceptions près, les médias n'ont guère dénoncé ces atteintes aux droits élémentaires. Cette complicité passive a généré une aigreur explosive.

Lire la suite sur :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-897850,0.html

Ce texte a été signé par :
Nora Barsali, Guy Bedos, Diam's, Caroline Fourest, Joey Starr, Benjamin Stora, Christiane Taubira, Jean-Claude Tchicaya, Lilian Thuram.


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31 janvier 2007

Où en est l'"islam de France" ?, par Caroline Fourest

images_2Dans un récent communiqué, le Conseil français du culte musulman (CFCM), censé s'occuper uniquement des questions liées au culte, semble refuser aux partis politiques français le droit de faire sa critique et même de traiter la question de l'islam de France en vue de la présidentielle. Et ce sous prétexte de dénoncer la "tournure politicienne" prise par ce débat. De qui se moque-t-on ?

On comprend que ni le CFCM ni son créateur, Nicolas Sarkozy, n'aient apprécié qu'un homme politique comme Eric Besson (secrétaire national du Parti socialiste) fasse enfin le bilan de ce mariage forcé malheureux entre l'islam traditionnel et l'islam intégriste au sein d'un Conseil ni vraiment élu ni vraiment représentatif, mais plutôt symptomatique du désir d'instrumentaliser l'islam de France à des fins de pragmatisme politique.

Le résultat est là. Ce pari a échoué. Non seulement, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) - qui compte seulement quelques dizaines de milliers de sympathisants - peut se targuer de représenter un tiers de l'islam de France (alors que 73 % des musulmans sont attachés au principe de laïcité et que l'écrasante majorité d'entre eux ne se reconnaît pas dans l'islamisme), mais cette organisation n'a, en échange, rien perdu de sa radicalité. Elle est toujours inféodée à la pensée des Frères musulmans, et toujours sous influence de Hani Ramadan et de Youssef Al-Qaradhawi (le prédicateur d'Al-Jazira ayant récemment désigné Robert Redeker comme un ennemi de l'islam).

De son côté, la Mosquée de Paris se montre modérément tolérante depuis qu'elle doit composer avec ces radicaux au sein du CFCM. Ne portent-ils pas plainte conjointement contre Charlie Hebdo ?

Les 7 et 8 février, au tribunal de grande instance de Paris, Charlie Hebdo sera jugé pour avoir republié deux des dessins danois, mais aussi pour avoir publié un dessin de Cabu selon lequel Mahomet désavoue les intégristes ! Puisque le sous-titre disait "Mahomet débordé par les intégristes" et qu'il s'exclamait : "C'est dur d'être aimé par des cons !" Ce qui semble prouver que le seul fait de faire parler Mahomet, pour ou contre les intégristes, pose désormais problème à ceux qui voudraient restreindre la liberté d'expression dès lors qu'il s'agit de religion.

"CHARLIE HEBDO"

La Mosquée de Paris, défendue par maître Szpiner, ainsi que l'UOIF portent plainte pour "injures envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse". La Ligue islamique mondiale (la fondation saoudienne finançant la diffusion du wahhabisme) s'est jointe à eux. S'il devait être négatif, ce jugement pourrait confirmer une jurisprudence visant à confondre la critique libre de la religion et même de l'intégrisme avec une forme d'injure au titre des lois antiracistes. C'est donc un enjeu politique.

Or la présence symbolique de deux hommes politiques de droite et de gauche, François Hollande et François Bayrou, venus soutenir Charlie Hebdo et le droit à continuer de critiquer les religions, a été dénoncée comme de l'"ingérence" par le CFCM. Mais qui, décidément, fait de l'ingérence ? Des politiques qui, pour une fois, prennent des positions claires sur ces questions dites sensibles mais essentielles, ou les membres du CFCM qui portent plainte contre le droit de caricaturer et maintenant voudraient aussi nous interdire de débattre ?

Pourquoi ne les entend-on pas dénoncer avec autant d'émotion l'"ingérence" de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier n'hésite pas à mettre en avant la question de l'islam de France pour mieux réclamer la suppression de l'article 2 de la loi de 1905, afin de permettre à l'Etat de financer directement le culte ? Ce qui revient à tuer la laïcité à la française.

Toutes ces questions - celle de la laïcité mais aussi celle de la liberté d'expression, l'action du CFCM, ou la question de savoir s'il faut ou non financer des lieux de culte - doivent bien évidemment être abordées, sans angélisme ni tabous, en vue de la présidentielle. N'esquivons pas ces sujets sous prétexte qu'ils fâchent. Mais débattons-en sérieusement. En cessant de confondre systématiquement la critique de la religion avec du racisme ou le débat sur la laïcité et la citoyenneté avec un débat sur l'immigration et la sécurité. Au risque d'alimenter un choc des préjugés, sécuritaires contre victimaires, dont ne sortiront vainqueurs que les extrêmes.

Caroline Fourest, essayiste, est enseignante à Sciences Po.
Article paru dans Le Monde du 31 janvier 2007

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24 janvier 2007

Le procès d’Ahmed Meguini : délit de faciès en état de récidive

Le 17 janvier dernier, pour la sixième fois en quatre ans, Ahmed Meguini, militant-journaliste à TOC, Technikart et à Canal +, comparaissait devant un tribunal. Son crime ? Etre systématiquement celui que des policiers ciblent dans une manifestation en raison de ses cheveux noirs bouclés et accusent de « violences envers les forces de l’ordre »… pour mieux le boucler.

palaisIl y a du monde ce jour-là à la 11ème chambre du TGI de Paris, la chambre d’appel. Toute l’équipe de TOC, le magazine engagé des trentenaires pour lequel il travaille et quelques personnalités amies, comme Roland Castro ou Tristan Mendès-France. Le policier en faction prévient « tous ceux qui sont venus pour monsieur Meguini ne pourront pas rentrer, la salle n’est pas prévue pour accueillir autant de monde ». D’autant qu’il y a d’autres affaires.

Abus de pouvoir symptômatique
Un prisonnier, menotté à deux policiers, est escorté à l’intérieur du tribunal. On ne peut pas lui donner d’âge, il regarde dans le vide. Totalement déshumanisé, il a abandonné son corps, sauf ses yeux, qui renvoient des éclairs noirs. Il est tenu à l’écart des autres prévenus, comme un chien dangereux. Depuis quand les grands criminels sont-ils jugés devant un tribunal civil ? Depuis que des arrestations musclées débouchent sur des procédures en chaîne abusives, qui transforment de simples rebelles en bêtes enragées. Car le prévenu n’est pas là pour cambriolage ou meurtre en série. Comme Ahmed, il était reconnu de « violences envers les forces de l’ordre » à l’issue d’une interpellation très musclée, où il a été blessé. Il purge sa peine de trois mois ferme. Mais le policier qui l’a arrêté le fait revenir au tribunal pour réclamer en prime 1500 euros de dommages et intérêt. En effet, il s’est cassé le doigt lors de l’arrestation… Le prévenu, lui, ne se souvient de rien. Il était ivre lors de l’arrestation et l’enfer dans lequel il plonge depuis lui a coupé toute envie de parler ou de croire en la justice. Les membres du tribunal tentent de l’aider à s’exprimer, mais sa voix ne sort pas. Assis sur un banc avec Ahmed regarde ce policier quitter la salle d’audience en rêvant à ce qu’il va pouvoir enfin acheter à son gosse ou à sa femme. Et pense à celui qui repart, menottes au poignets, avec peut-être 1500 euros à payer sitôt sorti de l’enfer. Lui-même a du mal à continuer de croire en la justice. Il a perdu ses illusions quelque part entre Sarajevo et le dernier procès où il a été condamné sur la seule foi de versions policières qu’il conteste.

Militant à mater
Fils de Harki, il a servi la République comme sapeur-pompier et la Nation française comme volontaires partis combattre en ex-yougoslavie. Il en est revenu avec l’envie de mener uniquement des combats pacifiques. Il fait partie des fondateurs du mouvement du 21 avril (M21), créé pour mobiliser après la présence de Le Pen au second tout de l’élection présidentielle. En juillet 202, il manifeste dans les rues de Strasbourg à l’appel du réseau No Border pour soutenir la cause des Sans-papiers. Les Crs interviennent à coups de Flash Ball. Ahmed fait partie de l’équipe chargée des secours. Il est arrêté alors qu’il soigne un blessé. Sa gueule d’ange le rend incroyablement télégénique lorsqu’il passe en télé (on a pu le voir notamment dans le Grand journal de Denisot sur Canal +). Mais dans une manifestation, avec son blouson en cuir et son immense chevelure bouclée, il faut croire que son charisme d’ agitateur soixante-huitard arabe le désigne à la vindicte policière. Arrêté de façon totalement injuste, Ahmed s’enfuit. Il est rattrapé par une meute qui lui  brise le poignet en lui mettant les menottes à terre. Au  premier mouvement pour éviter un coup de matraque, il est bon pour « violences à agent», 1000 euros d’amendes, 3 mois de prison ferme dont la moitié en isolement pour que ses idées sur la prison « n’influent sur les autres détenus ». Libération et L’Humanité le soutiennent.  Mais l’expérience n’en est pas moins traumatisante et son casier plombé. Il prend une ligne supplémentaire à l’occasion d’une opération anti-pub. Alors qu’il arrache avec d’autres militants des publicités, des agents de la RATP le plaquent au sol. Et lui collent un « outrage et violence envers agents », malgré les témoins qui maintiennent qu’Ahmed n’a pas été violent.

Casier plombé
La suite relève du cercle infernal. En tant que militant mais aussi en tant que journaliste, Ahmed participe à beaucoup de manifestations. Sans problème. Jusqu’aux manifestation anti-CPE, particulièrement passionnées. Le 14 mars 2006, il est en reportage pour TOC devant la Sorbonne, qu’un groupe d’étudiants déchaînés cherchent à réoccuper. Autour de lui, les meneurs se saisissent du moindre tesson de bouteille pour du moindre pavé pour attaquer le premier barrage policier. Ahmed, lui, prend des notes sur son carnet et discute avec un photographe de l’agence CAPA. La tension monte. Une seconde ligne de CRS, restée plus loin dans la rue Champollion, vient au secours des premiers et charge en direction des manifestants. Dans la cohue, les manifestants reculent et bousculent tout autour d’eux. Cinq personnes tombent à terre à cause des petits plots de la Place de la Sorbonne et sont piétinées. Ahmed en fait partie. Heureusement, des policiers viennent l’aider à se relever et le mettent à l’écart avec d’autres. A ce moment, Ahmed n’imagine pas une seconde qu’il va être arrêté. « Un policier m’a dit qu’ils nous mettaient là pour nous protéger mais qu’il allait très vite nous relâcher ». Sauf que le policier croise un supérieur, à qui il demande ce qu’il doit faire de tous les interpellés. La réponse st sans appel : «  Violence en réunion pour tout le monde ! »

Violence en réunion pour tout le monde
A partir de là, le rapport de trois policiers donnent une version des faits totalement différente de celle d’Ahmed Meguini, qui se retrouve en cellule avec un jeune dénommé Zucca. Ils ont au moins dix ans d’écart et ne se connaissent pas. Mais à en croire les policiers de la rue Champollion, stationnés loin des manifestants et qui n’ont pu les entre-apercevoir que sous une pluie de projectiles, ils feraient partie des meneurs et auraient jeté des objets sur eux… Ils sont décrits comme ayant une « chevelure noire » pour l’un et un « blouson kaki avec une barbe naissante » pour l’autre. Deux signes distinctifs qui les ont visiblement sortis du lot. Comment repère-t-on une barbe naissante de si loin sous une pluie de projectile ? Les versions des policiers sont flottantes. L’un des policiers,  portant un nom d’orgine maghrébine, se plaint d’une jambière détériorée mais dit des prévenus qu’ils ont opposé une « vive résistance sans porter de coups ». Un second se plaint d’une blessure à la cuisse interne à cause d’un pavé mais avoue : « je ne peux pas dire par lequel des deux le pavé m’a été jeté dessus ». Comment dans ce cas peut-il être sûr qu’il s’agit bien de l’un des deux ?

Justice à deux vitesses ?

Dans le doute, pour les mêmes faits, le jeune Zucca a été très vite libéré. Pas Ahmed Meguini, que les premières injustices judiciaires ayant sali son casier, ont plombé. Il fait donc appel. Et comparaît dans l’espoir que la vérité éclate. Sa voix est calme. Il raconte l’événement sur un ton journalistique rigoureux. Il n’a plus les cheveux bouclés, plus que jamais une gueule d’ange, et une redingote troisième république qui lui sied à merveilles, comme jadis l’uniforme de pompier.
Le tribunal est perturbé. Il ne parvient pas à se faire une idée. Les versions sont trop différentes. En l’absence des policiers, qui ne sont pas venus donner leur version, le tribunal préfère reporter. L’audience est donc fixée au 6 avril pour les confronter et tenter d’y voir clair. Ahmed, qui pensait en finir, est épuisé mais soulagé qu’un tribunal ait enfin pris le temps de vouloir connaître tous les éléments avant de juger. Il attend cette confrontation avec l’impatience d’un militant-journaliste qui ne supporte ni le mensonge ni l’injustice.

Caroline Fourest

La version courte de cet article est parue dans Charlie Hebdo du 24 janvier 2007
Le blog d'Ahmed Meguini : http://meguini.wordpress.com/

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08 novembre 2006

Le retour de Super curé

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Depuis que Benoît XVI les a officiellement réintégré, chaque église est censée faire une place aux intégristes de Monseigneur Lefèvre. Les briscars de la Fraternité Saint-Pie X ont annoncé qu’ils n’allaient pas se priver : « Partout en France et ailleurs » à déclaré l’abbé Laguerie.

Jadis, c’était la croix et la bannière pour trouver une église où écouter la messe en latin et un bon sermon pré-Vatican II. Les troupes de monseigneur Lefebvre devaient squatter des ruines ou faire le coup de force. Comme à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, paroisse du parisienne occupée par les troupes de l’abbé Laguérie depuis 1977, où les femmes se voilent pour prier en « signe de sujétion », comme le recommande Saint–Paul. La mode devrait considérablement s’étendre. Car l’époque du maquis est finie. Le Vatican joue désormais les abbé Pierre pour trouver des logements aux intégristes sans bénitier.
Benoit XVI vient de créer — par décret spécial —un Institut pontifical du Bon Pasteur à Bordeaux, rien que pour les « ralliés ». Vu de loin, ça ressemble à du clientélisme façon maire de droite ou de gauche : « je vous donne un institut et vous me ramener des voix ». Sauf que Benoît XVI n’est pas maire, mais pape, et que le renoncement va bien au-délà de l’embauche de simples choristes chantant en latin pour la messe finale. La hiérarchie vaticanne prend partie.
En 1966, après St Nicolas du Chardonnet, l’abbé Laguérie avait décidé de squatter l’Eglise St-Éloi à Bordeaux. À l’époque, l’archevêché avait tiqué. En 2002, l'archevêque de Bordeaux, le cardinal Jean-Pierre Ricard, également président de la Conférence des évêques de France, obtenait du tribunal administratif l'annulation d'une décision du maire de l'époque, Alain Juppé, qui avait accepté de remettre cette église à la Fraternité Saint-Pie X. Aujourd’hui Ricard doit non seulement rendre l’église, mais aussi avaler la couleuvre Laguerie, qui n’a pas résisté à pavoiser lors d’une conférence de presse :  « Il va falloir cohabiter avec nous ».
Depuis ce succès, les intégristes se sentent pousser des ailes. Ils ont ouvert un Séminaire à Courtalain, dans le diocèse de Chartres, sans même consulter l’évêque, Mgr Michel Pansard, qui s’en est indigné par communiqué de presse. Son seul recours…
Combien de paroisses vont-elles ainsi devoir cohabiter, bon gré mal gré, avec les extrémistes ? Et avec quelle conséquence, si ce n’est une radicalisation de l’Eglise catholique par l’intérieur, au niveau local, et non plus seulement dans les couloirs du Vatican ? La majorité des chrétiens de ce pays sont laicisés. Vont-ils devoir repartir en guerre pour maintenir l’aggiornamento face à ces intégristes qui ne reconnaissent aucun des progrès accomplis par Vatican II ?
Comme l’abbé Arène, par exemple, considéré comme l’un des théoriciens en vogue de la Fraternité Saint Pie X. Dans son dernier opuscule, intitulé Cours d’instruction, il dénonce « l'apostasie effective de nombre de chrétiens s'étant aménagé une religion à leur convenance ». Il rappelle aussi ce qu’est censée être la vie quotidienne d’un chrétien digne de ce nom. Il doit, « dès le réveil, faire le signe de croix », puis « avoir une pensée religieuse et prier, au moins mentalement, […] pour sanctifier les étapes de la journée ». Au moins trois fois par jour.
Mieux que la vidéo-surveillance, il faut se surveiller soi-même : « À éviter, durant les travaux comme pendant les jeux, les distractions et le repos, tout ce qui pourrait offenser Dieu ou le prochain ». Attention aux laxistes, en cas de coup de mou, les anges vous observent et peuvent vous rappeler à l’ordre : « On devra agir comme en compagnie de Notre-Seigneur, ou de la Vierge Marie, ou des Saints ». Et le soir, tous les membres de cette Sainte Eglise doivent se réunir  pour « la prière du soir en famille », avant de finir « chaque journée par un court mais objectif "examen de sa conscience" »…
Hier encore, un tel sermon résonnait comme intégriste. Demain, il sera juste chrétien.

Fiammetta Venner & Caroline Fourest
(article paru dans Charlie Hebdo du mercredi 8 novembre 2006)

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11 octobre 2006

Et si Allah achetait Libé ?

logocharlieMieux que le boycott économique, l’intimidation et l’autocensure, les pays islamiques ont imaginer un moyen imparable pour empêcher les journaux occidentaux de malmener leur religion : les acheter !

On savait déjà que la très puissante Organisation de la Conférence islamique — réunissant 57 pays islamiques à l’ONU— militait pour transformer les Nations Unies en tribunal anti-blasphème. Non sans succès. Elle fait front avec les Etats-Unis et le Vatican contre toutes résolution en faveur de la prévention du Sida ou de la planification familiale. Et elle a obtenu de la nouvelle Commission des droits de l’homme de l’ONU Genève qu’elle s’engage à « promouvoir la tolérance, le respect et la liberté de religion et de croyance ».On savait aussi qu’elle militait pour une vision des droits de l’homme «islamique » à l’opposé des droits de l’homme tout court. Non sans succès.

Elle multiplie les interventions contre la dénonciation des crimes commis au nom de l’islam (contre les femmes, les minorités sexuelles ou les chrétiens), au Soudan ou ailleurs. Et elle a eu la peau d’un Rapporteur Spécial contre les discriminations ayant osé esquisser un lien entre ces crimes et la religion.On vient d’apprendre quel sera son nouveau cheval de bataille de instrument de lobbying sous la houlette de l’Arabie Saoudite pour les années à venir : acheter les journaux occidentaux pour qu’ils cessent de salir l’image de l’islam !

Réunis à Djedda, plusieurs ministres de l’Information et responsables6de l’OCI n’étaient pas peu fiers de leur trouvaille. Selon les propos rapportés par l’envoyé spécial de l’agence Reuters à Ryad, Ekmeleddin Ihsanoglu, le président de l’OCI, a lancé cet appel :”Les investisseurs musulmans doivent investir dans les grands médias internationaux, qui génèrent souvent d’importants bénéfices, afin de pouvoir influer sur leur politique par le biais de leurs conseils d’administration”. Le raisonnement est clair comme de l’eau bénite : si les islamistes ne parviennent pas à défendre l’islam par l’intimidation, ceux qui les financent depuis tant d’années n’ont qu’à acheter directement leurs adversaires ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ! Pendant l’affaire des caricatures, et même pendant l’affaire Redeker, les pays islamiques ont pu mesurer la promptitude des journaux dépendant d’annonceurs à s’écraser devant la moindre menaces de boycott économique.

Encouragés par tant de succès mais déçus par la résistance de quelques irrésistibles, ils ont décidé de passer à la vitesse supérieure. “La violente attaque contre l’islam perpétrée dans les cinq années qui ont suivi les attentats du 11-Septembre nous a contraints à adopter une position défensive en ce qui concerne notre religion”, a déclaré le ministre égyptien de l’Information, Anas el Feki. “Maintenant plus que jamais il nous faut un nouveau message islamique dans les médias, qui atteigne le monde entier”, a-t-il ajouté. Et de citer l’exemple du conflit entre Israël et le Hezbollah libanais comme le type même de débat où les musulmans doivent faire entendre leurs vues… jusqu’au coeur des journaux européens.

En clair, cela veut dire qu’étant donné la santé financière de certains canards, on risque de devoir préférer les voir mourir plutôt que de subir leur ligne éditoriale dictée depuis le Golfe. On pense à un nouveau Libé, mélange d’al-Manar et d’islamo-gauchisme, se réjouissant de la montée du cours du brut en une (avec une enquête sur le caractère polluant du nucléaire en pages économies), les dernières révélations de Thierry Meyssan sur le 11 septembre en pages enquêtes, la visite de Dieudonné à la "résistance  " du Hezbollah en pages reportages, un débat par tribunes interposées entre Roger Garaudy et Tariq Ramadan en pages Rebonds. Et, bien sûr, une chronique quotidienne de Pierre Marcelle…

Caroline Fourest
Article paru dans Charlie Hebdo du 11 octobre 2006
* Voir le Hors Série « Charlie blasphème

http://www.prochoix.org/cgi/blog/?q=fourest

Posté par Caroline Fourest à 11:58 - Articles - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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