Caroline Fourest

Blog de Caroline Fourest : Editos, Interventions publiques, Articles, Livres, Conférences

26 novembre 2007

L’Europe pour Ayaan

ayaanDes voix, dont je fais partie, réclament depuis un moment un geste symbolique de la France en faveur de Ayaan Hirsi Ali. Menacée de mort pour avoir écrit le scénario de Soumission, un court-métrage contre les violences sexistes imposées au nom de la religion musulmane réalisé par Théo Van Gogh, assassiné depuis, elle vit désormais aux USA, où le gouvernement hollandais refuse de continuer à payer pour sa protection.

Le 22 octobre, dans Libération, des intellectuels de droite comme de gauche ont demandé au président de lui accorder la citoyenneté honorifique. L’Elysée n’a donné aucune suite officielle. D’après nos sources, Rama Yade, secrétaire aux droits de l’homme, aurait bien volontiers répondu à l’appel. Mais un conseiller haut placé aurait jugé que « ce n’était pas le moment ». Loi sur l’immigration limitant le droit d’asile (y compris pour des femmes comme Ayaan), affaire de l’Arche de Zoé et propos maladroit du président sur l’Afrique, ou simple réflexe de real politik ? Allez savoir...

Heureusement, la gauche n’est pas totalement morte et bouge encore. Benoît Hamon, député européen et ancien porte-parole du Parti Socialiste, a saisi ma proposition et vient de demander aux parlementaires européens de financer la protection de Ayaan Hirsi Ali. Au nom de l’article 6 de la Chartre des droits fondamentaux. Laquelle prévoit que «toute personne a droit à la liberté et à la sûreté ». Mais aussi d’une certaine conception de l’Europe, refuge des « valeurs de la démocratie et de l'État de droit », où « l'intégrisme religieux, dès lors qu'il menace de mort quiconque ose critiquer les symboles ou l’idéologie d’une religion, menace directement les libertés individuelles ».

Parrainée également par Harlem Désir (Socialiste, France), Véronique de Keyser (Socialiste, Belgique) et Ana Gomes (Socialiste, Portugal), cette question écrite a été déposée lundi 26 novembre. Ses partisans ont jusqu’au 15 mars pour convaincre la majorité des parlementaires européens (393 députés) de la signer, pour Ayaan, et pour l’Europe.

Caroline Fourest

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08 novembre 2007

Les Pays-Bas laissent partir Hirsi Ali mais accueillent Ramadan

Après la Suisse, les États-Unis (où il a été finalement interdit de permis de travail) et l'Angleterre, Tariq Ramadan se voit offrir une nouvelle fois une chaire d'enseignement dans une université : The University of Leiden aux Pays-Bas. Où il occupera la chaire sur l"Islam" financée par le Sultan d'Oman.

Suivant l'exemple de son grand-père et modèle, Hassan al-Banna, Tariq Ramadan ne refuse jamais un poste d'où il pourra "évangéliser" et diffuser sa vision politique de l'islam héritée des Frères musulmans. La méthode n'est pas nouvelle. Dans les années 80, l'Arabie Saoudite a soutenu la diffusion de l'islam fondamentaliste en Europe en sponsorisant l'ouverture de Centres islamiques sous la houlette de Saïd Ramadan, le père et l'autre modèle de Tariq Ramadan...

Le VVD, parti de centre droit où a été élue Ayaan Hirsi Ali, a protesté. Mais l'université regarde ailleurs. En 2007, Tariq Ramadan a d'ailleurs été accueilli comme professeur "visiteur" à l'Université Erasmus de Rotterdam, pour donner conférence sur "Citoyenneté et Identité". Quitte à servir de relais à une propagande dont ces lieux universitaires préfèrent visiblement ignorer la portée.

C'est une nouvelle très rude pour ceux qui connaissent l'impact de Tariq Ramadan chaque fois qu'il prend un poste dans un pays. Et plus encore pour ce pays déjà déchiré par l'affaire Van Gogh. A la croisée des chemins pour adapter son multiculturalisme à l'exigence de vivre ensemble, Les Pays-Bas vont bientôt voir de plus en plus leur débat public parasité par un discours poliment fondamentaliste mais fermement méprisant envers les musulmans laïques. Qui n'avaient pas besoin de cela.

Caroline Fourest

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17 octobre 2007

Affaire des Vosges : pour continuer le débat

Je viens de prendre connaissance du dernier édito de Riposte laïque. Et je reçois beaucoup d'emails interrogatifs. J'ai également écouté l'interview de Fanny Truchelut sur le site de Marianne que je conseille (*)

1) Personne ne nie à Fanny Truchelut le droit d'être "choquée" par le voile. Simplement le fait de vouloir l'interdire dans un gîte alors que la loi précise que le refus de louer une chambre à quelqu'un en fonction de sa religion ou de ses opinions politiques relève de la "discrimination".

« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. Constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes morales à raison de l’origine, du sexe, de la situation de famille, de l’apparence physique, du patronyme, de l’état de santé, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l’orientation sexuelle, de l’âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales. »

Je précise que pour moi le voile rentre dans la catégorie "opinions politiques" et non dans celle de la "religion" puisqu'il s'agit à mes yeux d'un symbole politique et non religieux.

2) Concernant le jugement. Je le trouve sévère mais après renseignement auprès de SOS Racisme, il serait plutôt moins sévère que les peines habituellement prononcées lorsqu'un cas de discrimination venant d'une personne morale (une entreprise) est avéré.

3) Contrairement à ce que croit penser Riposte laïque de mes prises de positions concernant la lutte contre l'homophobie, j'ai justement désaprouvé l'opération de Noël Mamère visant à célébrer un mariage gay hors la loi au lieu de déposer un projet de loi dans ce sens. Je suis pour l'égalité des droits et la transformation sociale. Mais pas pour l'illégalité. Et encore, ces deux affaires sont difficilement comparables. Car autant je suis sûre d'être favorable à l'égalité des couples (contre la discrimination d'Etat opérée au détriment de nos valeurs républicaine), autant je ne suis pas sûre de vouloir la fin de toute loi contre les discriminations... Ce qu'entraînerait le refus du jugement des Vosges.

Encore une fois, je comprends que l'on soit choqué par le jugement rendu dans l'affaire des Vosges mais j'aime vivre dans une pays où la loi oblige les commerçants à servir tout citoyen, sans distinction et sans trier ceux qui correspondent ou non à leurs convictions. Même lorsque ces convictions sont opposées aux miennes. Surtout dans ce cas là.

Salutations laïques, Caroline Fourest

* http://www.marianne2.fr/Fanny-Truchelut-on-peut-critiquer-le-voile-en-Afghanistan-mais-pas-en-France_a80131.html


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12 octobre 2007

Réponse à une lettre ouverte postée depuis Riposte laïque

Bonjour Pierre,

Je vois que le ton cordial a été rompu... Attention tout de même à ne pas déformer ce que je dis si tu veux vraiment qu'on débatte.

1) À t'entendre, je "condamne sans appel la démarche" de Fanny Truchelut. Faux. Contrairement à toi qui soutiens Fanny Truchelut "sans réserve" (tu l’as écrit), je comprends sa démarche du point de vue instinctif, je la désapprouve du point de vue du droit... C'est sans doute ce que tu interpréteras comme une démarche d'intellectuel « planqué » à Paris, pendant que le peuple résiste... Je n'insiste pas sur les racines historique de l'anti-intellectualisme, ni sur où il a déjà conduit dans le passé. Je ne parle même pas du côté "France réelle contre France légale" — dont pourrait te parler mieux que moi le Mouvement pour la France. Je me permets juste de te rappeler que le droit nous tenant à l'abri de nos instincts, c'est la base de la démocratie.

2) A t'écouter toujours, je vous "reproche une conception de la laïcité contraire au respect des libertés individuelles, et tournée contre les religions". Où as-tu vu que je vous reproche une laïcité tournée contre les religions ? Je dissocie le combat laïque du combat athée mais je soutiens ceux qui se revendiquent de l'athéisme pour se battre contre la religion en tant qu'idéologie. Simplement, je refuse que cela serve de prétexte à insulter les musulmans laïques sous prétexte qu'ils ne sont pas athées... Et encore plus que cette position théorique aboutisse à la discrimination d'individus religieux en tant qu’individus... Sans doute est-ce encore une nuance d'intellectuelle planquée à Paris.

3) Je ne suis jamais revenue sur mes positions concernant l'accompagnement scolaire. Je suis toujours en réflexion mais je n'ai pas changé d'avis au point de revenir sur mon texte. Sinon je l'aurais écrit. Je sais que cela fait partie de la culture internet mais les conversations privées, comme celle que j'ai eue avec Jean-François Chalot, où je lui ai fait part de mes doutes (j'en ai toujours avant de prendre position et même après) n'ont absolument pas la même valeur que les écrits réfléchis et je ne t'autorise donc pas à les instrumentaliser.

4) "Les tergiversations de certains de nos amis sont le résultat du travail de sape des prédicateurs islamistes" : si  cette phrase me vise (elle est écrite dans un texte qui s'adresse à moi), je la trouve particulièrement limite étant donné mes travaux.

5) Autre mise au point, Pierre, j'ai toujours beaucoup apprécié ta détermination. Contrairement à ce que tu tentes aujourd'hui d'insinuer, je ne crois pas en manquer. Mais tu auras le dessus en rage sur ce débat puisque contrairement à celui que je continue de mener contre Ramadan et la "Tentation obscurantiste", je ne te considère pas comme un adversaire mais bien comme quelqu'un avec qui nous avons une divergence d'interprétation due au contexte et au vécu de chacun. Ce qui arrive tous les jours.  Je crois simplement utile que nous puissions rendre lisibles nos nuances, pour la complexité du débat. Je comprends que tu sois touché par ce qui arrive à Fanny Truchelut. Je le suis aussi. Mais si Fanny Truchelut n'avait pas été condamné dans cette affaire (j'aurais préféré qu'elle le soit symboliquement), c'est le camp adverse, celui de la "Tentation obscurantiste", qui pourrait légitimement crier à l'injustice.

6) Le soutien financier du MPF ne peut pas être balayé d'un revers de main comme n'ayant aucune importance... C'est exactement ce que je reproche au MRAP et à la LDH. C'est une chose de militer contre la loi sur les signes religieux comme les islamistes (là nous sommes dans le même cas que la campgane contre le traité où des groupes d’extrême droite et d’extrême gauche déployaient parfois les mêmes arguments). C'en est une autre de le faire aux côtés de Ramadan et des islamistes... Dès lors, la signification de sa mobilisation change. Si vous aviez soutenu Fanny Truchelut tout en soulignant la mauvaise foi de ce soutien intégriste, passe encore. Mais non, vous allez jusqu'à les défendre quand ProChoix les critique... Dans ce cas, vous passez d'une simple convergence conjoncturelle à une forme de connivence, qui change la dimension de votre mobilisation.

Oups... Encore une vue d'intello parisien planqué… Vive la fin des nuances et de la réflexion non émotionnelle qu'on puisse commencer la "vraie résistance" ! Celle du "camp contre camp". Celle de la guerre, franche et virile !

7) J'ai lu le texte qu'à écrit Fanny Truchelut à mon attention. Si elle n'a pas dit "je ne veux pas de ces gens-là" et que cette phrase a été reprise à tort par les médias, alors je lui présente mes excuses. Mais pourquoi Riposte laïque, au lieu de vanter les mérites de maître Varaut, n'a pas utilisé son espace internet pour faire cette mise au point… d'importance ! Trop intello ? Il y a par contre des choses que je lis dans ce texte, écrit donc par Fanny Truchelut, qui m'interpellent. Elle ne parle pas de "droits des femmes" pour justifier sa réaction au voile mais de respect des "traditions" : "nous sommes attachés à nos valeurs et nos traditions". J’y vois là un argument malheureusement plus villiériste que laïque... Que le prétexte grossier d’ « analphabétisme » — mis en avant pour insister encore sur la fibre anti-intellectualiste — ne saurait masqué. A moins de considérer que les gens du peuple ont le droit d’être plus réac’ que ceux qui habitent Paris. Comme d’autres justifient que les mecs violent des filles parce qu’ils habitent dans des quartiers populaires…

Une dernière chose sur le ton. Fanny Truchelut, qui est sans doute blessée, me désigne comme une "louve sortie du bois" (toujours cette histoire de planque typiquement parisienne...) Elle l'ignore sans doute mais je me permets de lui dire que c'est exactement l'expression utilisée par un admirateur de Tariq Ramadan, lorsqu'il a cru bon de donner l'adresse parisienne de ma planque, avec mon code de porte, suivi de ce message "il faut que la louve reste dans sa tanière". Pas si confortable comme planque…

Caroline Fourest

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04 octobre 2007

Touche pas à mon ADN ! (Charlie Hebdo et SOS racisme)

En instaurant des tests ADN pour prouver une filiation dans le cadre d’un regroupement familial, l’amendement Mariani, adopté par l’Assemblée Nationale, fait entrer la génétique dans l’ère d’une utilisation non plus simplement médicale et judiciaire mais dorénavant dévolue au contrôle étatique.

Cette nouvelle donne pose trois séries de problèmes fondamentaux. Tout d’abord, des problèmes d’ordre éthique. En effet, l’utilisation de tests ADN pour savoir si un enfant peut venir ou non rejoindre un parent en France pose d’emblée cette question : depuis quand la génétique va t’elle décider de qui a le droit ou non de s’établir sur un territoire ? Au-delà, depuis quand une famille devrait-elle se définir en termes génétiques ? Sont pères ou mères les personnes qui apportent amour, soin et éducation à ceux et celles qu’ils reconnaissent comme étant leurs enfants.

Ensuite, cet amendement fait voler en éclats le consensus précieux de la loi bioéthique qui éloignait les utilisations de la génétique contraires à notre idée de la civilisation et de la liberté.

Enfin, cet amendement s’inscrit dans un contexte de suspicion généralisée et récurrente envers les étrangers qui en vient désormais à menacer le vivre ensemble. Car tout le monde s’accorde à dire que la fraude au regroupement familial ne peut être que marginale au regard des chiffres d’enfants annuellement concernés et au regard de l’absence de raison substantielle qu’il y aurait à frauder dans ce domaine. En effet, quelle étrange raison pousserait les immigrés à faire venir massivement dans notre pays des enfants qu’ils sauraient ne pas être les leurs ? Autrement dit, l’amendement instaurant les tests ADN n’a pas pour fonction de lutter contre une fraude hypothétique mais bien de participer à cette vision des immigrés que nous récusons avec force.

Nous sommes donc face à un amendement qui, sur les plans éthique, scientifique et du vivre ensemble introduit des changements profondément négatifs. C’est pourquoi, nous, signataires de cette pétition, appelons le Président de la République et le Gouvernement à retirer cette disposition, sous peine de contribuer, en introduisant l’idée que l’on pourrait apporter une réponse biologique à une question politique, à briser durablement les conditions d’un débat démocratique, serein et constructif sur les questions liées à l’immigration.

Voir la liste des signataires, et signer: http://www.touchepasamonadn.com/

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26 septembre 2007

L'enseignement catholique veut gagner du terrain dans les zones dites sensibles

stthomas7Lorsque le service public et l'éducation nationale font défaut, le privé et le religieux se proposent de combler le vide. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

Fort de leur succès (des milliers d'inscriptions refusées cette année faute de place), l'enseignement catholique a fait savoir qu'il souhaitait "installer des antennes dans les zones sensibles".

Son secrétaire général, Eric de Labarre, voudrait relever le "défi". Mais il tient à préciser que les réductions d'effectifs d'enseignants annoncées pour 2008 contrarient ce projet. En effet, alors que l'école publique sera amputée de 11 2000 poste, l'enseignement catholique s'émeut de pouvoir perdre 1400 enseignants (selon leurs estimations). Une façon d'envoyer un signal au gouvernement pour que les suppressions de postes annoncées ne frappent un peu sévèrement l'enseignement catholique... Le gouvernement y sera sûrement sensible si l'on se souvient du livre de Nicolas Sarkozy, La République, la Religion et l'Espérance, dans lequel il n'a jamais caché miser sur les religieux, notamment chrétiens, pour "civiliser" (le mot n'est pas de lui mais il transpire entre les lignes) les quartiers populaires.

Ainsi, pendant que l'école publique est attaquée de tout part, l'enseignement catholique commence timidement à négocier les restes du cadavre. Belle perspective, qui nous prépare non pas le retour à une école de qualité pour tous mais à une école moraliste, qui favorisera la reconfessionnalisation des générations à venir. Dans un contexte où c'est bien entendu tellement nécessaire...

Caroline Fourest

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08 septembre 2007

Même visé par un attentat-suicide, le président Algérien maintient une ligne suicidaire pour l'Algérie

drapeau_algerie_772063_2Le dernier bilan de l'attentat venant de frapper l'Algérie est lourd : 19 morts et de plus de 60 blessés. Bouteflika, lui, est toujours en vie.

S'adressant à un groupe d'anciens combattants réunis au siège de la préfecture de Batna, il a défendu sa politique de " réconciliation nationale ", qualifiée de " choix stratégique et irréversible du peuple algérien " : " Je dis au peuple algérien et au monde entier que nous avons choisi la voie de la réconciliation nationale.Nous n'y renoncerons pas, quel que soit le prix à payer ", a-t-il lancé avant de rejeter aussi bien " l'extrémisme des islamistes que celui des laïques ".

En fait de ligne équilibrée, cette réconciliation nationale avec les islamistes sert à maintenir coûte que coûte le pouvoir en place, en nationalisant la régression religieuse. Au lieu de profiter de l'aubaine pétrolière (et donc de moyens étatiques et financiers exceptionnels) pour s'attaquer de front à l'éducation et à la démocratisation du pays. Une avancée qui ne peut se faire sans sécularisation, mais que le régime en place redoute car elle pourrait le confronter à de nouveaux contre-pouvoirs issus de cette société civile en marche. Beaucoup moins repoussoirs que les islamistes...

Cette stratégie régressive est en partie justifiée par la volonté d'apaiser et de tourner la page des années de terrorisme. Les attentats de ces derniers mois et de ces derniers jours prouvent son inefficacité. Mais Bouteflika persiste et préfère croire à une peste venue soudain de l'étranger. Comme tous les dirigeants autoritaires du monde arabe chaque fois qu'ils sont désavoués par les faits. Les démocrates laïques, eux, continuent de rêver à une Algérie dont le sort ne serait entre les mains ni d'un régime pourrissant, ni d'intégristes précipitant le pourrissement en rêvant de prospérer sur les décombres.

Caroline Fourest

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11 août 2007

Maroc : le pouvoir royal passe ses nerfs sur la presse libre

Le pouvoir royal marocain est en train de démontrer qu'il n'a toujours rien compris, ni en matière de démocratie, ni en matière de lutte contre l'intégrisme.

A moins d'un mois des législatives (7 septembre) qui signeront sans doute une percée des islamistes du PJD, au lieu de s'attacher à démocratiser pour ne pas donner du grain à moudre aux intégristes, le pouvoir tente de leur voler la vedette en matière d'autoritarisme et de moralisme en intimidant et en poussant à la censure les rares journaux marocains indépendants et donc intéressants.

Parmi eux, ''Tel Quel'' (20 000 exemplaires en moyenne, francophone) est sans doute le magazine dont le Maroc peut être le plus fier : irrévérencieux mais intelligent, il bouscule les habitudes et fait souffler un air frais de démocratie et de résistance au fanatisme. Notamment grâce à son jeune et talentueux directeur, Ahmed Benchemsi (33 ans).

Ahmed Benchemsi fait typiquement partie de ces énergies que les gouvernements arabes devraient encourager s'il craignaient réellement les islamistes. Las, les gouvernements arabes ne veulent pas lutter contre les intégristes, ils ne pensent qu'à verrouiller leur société, à les étouffer. Le moindre mouvement, le moindre battement d'aile, un léger souffle d'esprit libre, une plume de stylo plus légère et les voilà qui paniquent.

Benchemsi comparaîtra en justice le 24 août pour "manquement au respect dû à la personne du roi". Il risque jusqu'à cinq années de prison. Pour avoir signé un édito caustique analysant un discours de Mohamed VI sous un titre parodoique, "Où tu m'emmènes, mon frère ?" - référence à une célèbre chanson des années 1970 -, où il interpelle directement le souverain sur le manque de démocratie et le concentration des pouvoirs au Maroc. Un article paru en français mais aussi — et c'est sans doute plus grave au yeux du pouvoir — en dirija (arabe dialectal marocain).

"J'ai donné l'impression d'avoir oublié l'étiquette, alors que je m'adressais au roi ! Je lui ai parlé comme à un homme, lui, le "Commandeur des croyants" ! Au Palais, ils ont pris cela pour une insolence, alors que mon intention n'était pas du tout d'être insultant", explique Benchemsi dans Le Monde.

Il n'est pas le seul à souffrir de la panique du régime marocain à l'approche des élections. Deux journalistes d'un autre hebdomadaire arabophone, Al Watan al-An (20 000 exemplaires), sont poursuivis pour avoir "subtilisé des documents confidentiels touchant à la sûreté de l'Etat". Il leur est reproché d'avoir utilisé ces documents pour rédiger un dossier, publié le 14 juillet, ayant pour titre "les rapports secrets derrière l'état d'alerte au Maroc."

Oui, décidémment, les gouvernements arabes ne comprennent rien. Les islamistes gagnent du terrain à cause du manque de démocratie et ils réagissent en serrant la visse à la presse libre capable de faire souffler un vent de démocratie et de laïcité... A croire que la menace intégriste les arrange. Face au pire, l'intolérable paraît plus acceptable.

Caroline Fourest

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30 juin 2007

Lettre à mes amis proches de Ni putes ni soumises

imagesPour avoir simplement souhaité que le mouvement Ni putes ni soumises puisse s'émanciper de la tutelle de Fadela Amara (et de celle de Mohamed Abdi) pour rester crédible et libre de critiquer éventuellement la politique à venir, j'ai reçu plusieurs lettres assez enflammées.

Certaines sur le registre de l'affect, d'autres faisant preuve d'une confusion politique plus grave. En effet, les arguments invoqués pour justifier que l'on cesse de s'interroger sur l'entrée au gouvernement de Fadela Amara comme secrétaire d'Etat de Christine Boutin sont deux types mais relèvent du même registre :

1) Le féminisme ne serait ni de droite ni de gauche, il serait donc "sectaire" de critiquer le ralliement de Fadela Amara à la politique de Christine Boutin concernant les quartiers populaires.

2) Critiquer l'entrée de Fadela Amara comme secrétaire d'Etat de Christine Boutin reviendrait à vouloir exclure les militants de droite de NPNS (il y en aurait quelques uns), ce qui serait encore une fois "sectaire" voire contradictoire avec une volontée affichée de "vivre-ensemble".

Petites précisions donc à l'intention des partisans du "Ni droite ni gauche" (un vieux slogan d'extrême droite désormais très mode) : personellement, je ne serais pas choquée si Fadela Amara était devenue secrétaire d'Etat de Jean-Louis Borloo, Roselyne Bachelot, ni même si elle était devenue ministre dans un gouvernement Villepin, si elle avait une réelle marge de manoeuvre pour mettre en oeuvre une politique à la fois anti-intégriste et anti-raciste...

Mais qui peut croire sa décision anodine et sans effets sur la crédibilité de NPNS (censée défendre la laïcité et le féminisme pour tous !) alors qu'elle devient numéro deux d'une ministre intégriste chrétienne, provie, antiféministe, qui croit que Bush est possiblement à l'origine des attentats du 11/09 et se rend volontiers au congrès de l'UOIF pour appeler à une union sacrée des religieux contre la laïcité à la française !

Pas grave disent certains. Boutin n'est que ministre de la ville et non du Pacs... Mais c'est bien pire ! Boutin est ministre de la ville chargée de la politique concernant les quartiers populaires dans un gouvernement qui a choisi de restaurer le lien social grâce au religieux ! Or c'est cette politique que Fadela Amara cautionne d'ores et déjà en devenant secrétaire d'Etat d'un ministère dont le directeur de cabinet, formé par la Cité catholique, défend un intégrisme chrétien sexiste et homophobe.

Et que dire que la "marge de manoeuvre" ou de l'esprit critique de Fadela vis-à-vis de sa supérieur lorsqu'elle présente pudiquement Christine Boutin comme une "femme de coeur".

Cette caution relève d'un cynisme inouï aux yeux de ceux qui ont combattu et qui continuent de combattre les intégristes, qu'ils soient chrétiens ou musulmans. Elle alimente l'idée d'un 2 poids 2 mesures (critique envers Tariq Ramadan mais complaisant envers Christine Boutin) propre à faciliter la propagande des islamo-gauchistes.

Vouloir nous faire croire qu'il faut absoudre les intégristes chrétiens, tout en pensant que l'on reste crédible face aux intégristes musulmans, relève au mieux de la naïveté. Comment peut-on critiquer les idiots utiles de l'islamisme et traiter de "sectaire" ceux qui tentent de faire preuve de la même vigilance face à l'intégrisme chrétien  ? Simplement parce qu'ils se permettent d'alerter sur le sens ambigû d'un partenariat Amara/Boutin (sachant que Boutin est la chef d'Amara et non le contraire !)

Il y a quelques années, j'ai rompu avec plusieurs amis qui, après avoir combattu Christine Boutin à mes côtés, se mettaient à trouver Tariq Ramadan formidablement charismatique. Je suis prête à perdre ceux qui, après avoir combattu Tariq Ramadan à mes côtés, présentent Christine Boutin comme une "femme de coeur" formidablement sympathique. Car c'est vrai, Tariq Ramadan est charismatique et Christine Boutin est sympathique. Mais ce n'est pas le sujet ! Ma vigilance porte sur leur projets de société, convergents et à l'opposé de la France laïque et féministe dont je rêve. Je les combats tous deux pour les mêmes raisons. Et tant pis si l'époque veut nous faire croire que la fidélité à ses idéaux et à ses convictions est une forme de "sectarisme" démodé et archaïque. Mes convictions ne suivent pas les modes. Elles sont.

Caroline Fourest


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20 juin 2007

Fadela Amara devient secrétaire d'Etat de Christine Boutin

Après Bernard Kouchner, Fadela Amara (fondatrice de Ni putes ni soumises) rejoint le camp des personnalités mises en avant pour souligner l'ouverture d'esprit du gouvernement de François Fillon. Elle se dit "très honorée" de sa nomination et entre au gouvernement comme secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville.

"Je suis vécue à droite comme à gauche comme une sorte de poil à gratter, une femme honnête, franche qui ne met pas sa langue dans sa poche", a-t-elle expliqué sur France-Info. "Je pense que Nicolas Sarkozy respecte ça". "Nous avons toujours eu, quand il était ministre de l'Intérieur, des rapports extrêmement honnêtes et francs. Il me respectera dans ce que je suis, dans le combat que je mène et dans ce que j'ai envie de faire", a ajouté la fondatrice de "Ni Putes, Ni Soumises". "Je n'aurais pas accepté si je n'avais pas eu une marge de manoeuvre et une liberté de ton".

Quant à sa ministre de tutelle Christine Boutin, Fadela Amara assure que "cela va bien se passer" avec "une personne qu'elle a déjà rencontrée, qui a beaucoup de coeur". "On va s'entendre sur beaucoup de choses, notamment sur la question de vouloir transformer les quartiers".

Une déclaration qui ne manquera pas de faire tiquer ses alliés du combat contre l'intégrisme et pour la laïcité. Puisque Christine Boutin figure parmi les élus les plus violemment opposés au camp de la laïcité. Marraine d'associations anti-avortement et de think tank intégristes, anti-avortement, homophobes et sexistes, sa politique concernant les quartiers populaires consiste essentiellement à vouloir réenchanter les quartiers populaires à base de religion. Elle se demande si les islamistes sont bien à l'origine du 11/09 (1). Elle se rend volontiers au congrès de l'UOIF, où elle a souligné les valeurs communes aux croyants politiques (2). Elle a d'ailleurs nommé un prêtre pour mettre en oeuvre sa politique concernant les quartiers populaires.

Quelle sera la marge de manoeuvre de Fadela Amara, prise en sandwich entre Christine Boutin et un prêtre ? Pourra-t-elle réellement éviter cette dérive ? Peut-être... Mais avec quelle crédibilité ? En effet, comment donner des leçons d'antisexisme et de laïcité aux banlieues quand on est soi même si complaisant envers l'intégrisme de sa propre ministre de tutelle ? Quelles seront les répercussions, en termes d'images et de crédibilité, sur l'association Ni putes ni soumises — dont le principal atout réside justement dans l'image ?

Caroline Fourest
Mais qui est Christine Boutin ? Cliquez ici

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