Caroline Fourest

Blog de Caroline Fourest : Editos, Interventions publiques, Articles, Livres, Conférences

19 avril 2007

Un Numéro Spécial de Charlie Hebdo consacré à Sarkozy

charliehebdouneseptcentmt1Pendant 2 semaines, à partir du 18 avril, retrouvez dans Charlie Hebdo un supplément de 16 pages rédigées par Fiammetta Venner et moi-même sur Nicolas Sarkozy : son véritable bilan au ministère de l'intérieur, sa gestion confessionelle du lien social, se troublante bienveillance envers les sectes, ses rapports avec la presse, son mépris pour la séparation des pouvoirs...

A lire également, le dossier réalisé par la rédaction de Marianne sur Nicolas Sarkozy et l'intimidation, ses rapports avec les journalistes et avec son égo.

Et si vous en voulez + encore, allez sur le site www.prochoix.org (avec de nouveaux articles et des vidéos mises en ligne chaque jour).

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20 février 2007

Le Huitième mort de Tibhirine : "qui tue la presse ?"

Le Huitième mort de Tibhirine, par Rina Sherman
Préface d'Antoine Sfeir
TATAMIS, 2007
Couverture

Ce livre est à la fois bouleversant et terrifiant. Il pointe du doigt l'effet mortel des campagnes de désinformation ayant eu cours durant la période des attentats en Algérie. Quand les intégristes assassinaient et que des journalistes français préféraient se demander "qui tue qui ?". Ceux-là accusaient le moindre journaliste indépendant enquêtant sur ces réseaux intégristes — comme Didier Contant sur l'affaire des moines de Thibirine — d'être vendu aux services secrets algériens. Il en est mort.
Et Rina Shermann, sa compagne, ne leur a jamais pardonné.
Assassinat ou suicide ? C'est la question posée par ce livre. Il n'y répond pas. Chacun en tirera son intime conviction.
Son principal intérêt réside moins dans la réponse à ce mystère que dans le récit presque romanesque de ce drame : la mort d'un homme, victime de la calomnie et d'un système où la rumeur tue la presse.
Magnifiquement écrit et très émouvant, c'est un objet hybride : entre le journal d'une amante qui vient de perdre l'homme qu'elle aime et le journal d'enquête d'une anthropologue qui ne peut se résoudre au mystère de cette mort.
Il faut le lire pour se remémorer le degré de mauvaise foi de certains journalistes sur l'affaire algérienne. Encore aujourd'hui, le moindre journaliste indépendant travaillant sur l'intégrisme est victime de cabales, d'accusations d'"islamophobie", de rumeurs qui rappelant cette époque de façon glaçante. Une vraie leçon : d'amour et de déontologie.

Caroline Fourest

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03 janvier 2007

Traité de savoir-survivre par temps obscurs

Philippe Val, Grasset (janvier 2007)
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Le Traité de savoir-survivre de Philippe Val porte bien son nom. C’est un manuel de décrassage jouissif « par temps obscurs ». De-tox diraient les anglais. Pour respirer dans un monde où la référence permanente à la foi, au dogme, à la religion, à l’ordre supérieur nous étouffe, Val nous propose une ballade radicale et
libre, à la redécouverte de Spinoza, Voltaire et du plaisir de se penser au monde, comme avoir conscience « d’avoir conscience », et en jouir comme aucun autre animal. Un simple exercice de distanciation critique mais qui relève de la résistance… par temps obscur.
Le livre réjouira les amoureux joyeux des libertés et fait déjà grincer les sinistrés du plaisir, les orthodoxes platoniciens, les déprimés en mal de dogmatisme transcendental, façon chemin de croix ou goulag. Ceux-là détestent Val d’instinct. Ce livre leur donne raison. Pensez, il ne donne même pas raison à ceux qui conçoivent un athée comme un animal vide de sens ! Ses seuls gourous sont les philosophes et l’Histoire, qu’il fréquente et médite sans se lasse, et convoque comme pour tout, en esprit libre, autodidacte, qui aime les relations franches et directes. Il tutoie Spinoza, vit le 11 septembre comme le conflit entre Spartes et Athènes, pense tous les jours à l’affaire Dreyfus. Les vrais éditorialistes sont comme ça. Ils doivent éclairer sans cesse ceux que le feu de l’actualité immédiate aveugle. Le traité fait partie de ces contributions à lire pour se souvenir qu’avoir conscience d’avoir conscience est un privilège. Et que jouir d’en jouir est un bonheur, à protéger contre ceux qui combattent Darwin… pour mieux nous asservir comme des singes en
cage.

Caroline Fourest

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11 novembre 2006

Extrême France de Fiammetta Venner

couvEFCe livre de Fiammetta est le plus complet jamais publié à ce jour sur l’extrême droite, toutes tendances confondues (FN, nationaux-radicaux, royalistes, catholiques traditionalistes et provie). C’est le fruit de plus de plusieurs années d'enquête et surtout d’une analyse méthodique de plus de 20 000 mobilisations recensées à partir des journaux et bulletins de ces tendances, l’une des plus grosses bases de données réalisée en Sciences Politiques pour les besoins d’une thèse — dont est tiré cet ouvrage. Ce travail quantitatif permet de donner une image très précise du véritable visage de cette Extrême France, malgré les repositionnements successifs du FN pour ratisser toujours plus large : les patrons comme les ouvriers, les Juifs comme les Arabes.

Loin des illusions produites par la démagogie, Extrême France permet de plonger dans la France que nous vivrions tous si cette extrême droite parvenait un jour au pouvoir. Grâce à la découverte de sa vie communautaire l’aidant à patienter et à supporter de ne pas avoir renversé le cours de l’histoire : une vie militante passée entre messes pour l’âme de fœtus, commémorations de Pétain, concertsde rock identitaire chantant Hitler et nostalgie de l’ancien régime ou de la colonisation.

Certains trouveront peut-être la lecture ardue. Contrairement à d’autres ouvrages, plus grand public, Fiammetta Venner signe ici en en effet un véritable livre de politiste et de recherche. Par-delà un nombre d’informations et de récits impressionants et inédits sur cette nébuleuse, elle dégage une véritable grille d’analyse permettant de mesurer le caractère plutôt « interne » ou « externe » des mobilisations militantes dont pourraient s’inspirer d’autres politologues pour d’autres mouvements. L’extrême droite, ainsi analysée au laser, apparaît comme un réseau militant conforme à ses rêves politiques : tournée vers le passé, la commémoration et l’ « entre-soi ». Un peu « moisie » diraient certains. Un rappel salutaire à l’heure où la nouvelle garde du Front national voudrait se faire passer pour l’incarnation nationale de la modernité.

Parution le 2 novembre 2006 chez Grasset

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15 octobre 2006

L'école face à l'obscurantisme religieux

ecoleobin20 personnalités commentent un rapport choc de l’Education nationale
(Editions Max Milo)

L’école laïque et ses lois sont-elles encore à l’ordre du jour en France ? Peut-on encore affirmer que la laïcité, qui stipule l’existence d’un espace public où les convictions religieuses ou politiques des individus sont censées ne pas s’imposer à qui ne les partage pas, est encore respectée dans tous les établissements scolaires de notre pays ?

Pour le savoir, il était essentiel que paraisse le travail réalisé sous la houlette de l’inspecteur général de l’Education nationale, Jean-Pierre Obin. Son rapport, intitulé Les Signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, a été rédigé en 2004 à partir d’une enquête de terrain de plusieurs mois par une équipe d’inspecteurs généraux dans soixante établissements scolaires d’une vingtaine de départements. Le rapport est d’abord resté confidentiel. Mais, grâce aux éditions Max Milo, le lecteur pourra directement prendre connaissance du contenu du rapport Obin, édité pour la première fois dans son intégralité.

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12 octobre 2006

Halte aux feux de Pascal Boniface et Elisabeth Schemla

Halte aux feux, Editions Flammarion
Pascal Boniface, Elisabeth Schemla

hofeuHalte au feux est bien « le débat inespéré » promis par le bandeau rouge sur la couverture. Ce dialogue impossible et néanmoins passionnant entre Elisabeth Schemla et Pascal Boniface a le grand mérite de souligner, à chaque incompréhension mutuelle, combien certaines questions-clefs comme le conflit israélo-palestinien, l’antisémitisme ou l’islamophobie, peuvent être analysées et donc vécues de façon totalement divergente selon son angle de vue. Tout oppose nos deux « dialoguistes ».

L’un, Pascal Boniface, intervenant souvent dans les médias à propos du conflit israélo-palestinien, défend un point de vue de chercheur de l’IRIS, froid et distancié. Même s’il apparaît parfois emmuré dans une posture de principe qui résiste à l’épreuve des faits. Très critique envers Israël, beaucoup moins envers les Palestiniens côté international. Ultra-sensible à l’islamophobie et moins vigilant face à l’islamisme ou l’antisémitisme côté français. Elisabeth Schemla, au contraire, est connue pour son tempérament journalistique passionné. Lequel se révèle finalement équilibré par son amour pour l’enquête de terrain. Idéologiquement et résolument convaincue que Sharon avait vu juste, pragmatiquement pour un État palestinien côté international.Très inquiète du retour de l’antisémitisme et de la menace représentée par l’islamisme au niveau mondial, plus sceptique face au concept confus d’islamophobie sur le plan français.Leurs positions se résument-elles à cela ? Pas du tout. À plusieurs reprises, souvent même, ils semblent flirter avec le même constat : celui d’une paix nécessaire et d’un « deux peuples, deux Etats » bien sûr, mais aussi celui de la montée de tous les extrémismes et de tous les fanatismes. Reste la question des priorités, qui divise inlassablement, même les personnes de bonne volonté. La menace prioritaire dans le monde, à combattre donc en premier lieu, est-elle d’ordre colonialiste, post-coloniale, ou intégriste ?

Chacun arbitre en fonction de ses priorités et de sa sensibilité, malgré le climat tendu et les procès d’intention. Pascal Boniface donne régulièrement l’impression d’avoir voulu ce livre pour dire à Elisabeth Schemla combien il a souffert d’avoir été soupçonné d’antisémitisme après sa note interne invitant le parti socialiste à se préoccuper davantage de l’électorat arabe que juif, en optant pour une position pro-palestinienne pour des raisons de principes, mais surtout de rentabilité électorale. Ce mémo rendu public en avait fait la cible d’un pugilat médiatique dont il dessine les contours avec une émotion à la limite du rationnel. Le tournant du livre se situe sans aucun doute au moment de la perception des médias
comme étant plutôt « islamophobes » et enclins à soutenir Israël ou l’inverse. Même s’il s’en défend, Pascal Boniface en donne une vision essentialisée, obscure, comme si les médias formaient une police de la pensée entre les mains de nombreux journalistes juifs.

Elisabeth Schemla marque incontestablement un point lorsqu’elle souligne les accents complotistes d’une telle vision. Elle rappelle que bien que soupçonné de partialité dans le conflit israélo-palestinien, Pascal Boniface est toujours l’invité incontournable des médias, tandis que son attachement personnel au sionisme — au sens de vouloir défendre le droit d’Israël à exister— lui a coûté autrement plus cher. Journaliste connue et reconnue, elle a dû quitter la presse classique et créer un site, Procheorient.info, pour continuer à écrire. Elle ne trouvait tout simplement plus d’espace dans les médias pour défendre une autre lecture de ce conflit, ni même pour publier des confrères sur le retour de l’antisémitisme. Ces enquêtes, la veille des contenus des programmes de certaines chaînes arabes comme Al-Manar notamment, ont permis d’enrichir le débat public envers et contre les blocages idéologiques. Elles se sont imposées parce que fondées et parce que l’information manquait ailleurs. Mais au prix d’attaques continuelles, mettant en question la compétence et surtout l’indépendance de ses rédacteurs. Avec le recul, on mesure que le prix payé par l’un et l’autre au soupçon de partialité doit moins à l’orientation plutôt pro-israëlienne ou plutôt pro-palestienne des médias (divers par la force des choses), mais au statut de l’un et de l’autre. Pascal Boniface n’est ni arabe ni juif, mais chercheur à l’IRIS, un institut chargé d’analyser les relations internationales, ce qui lui confère une auréole de neutralité, malgré son évidente partialité. Elisabeth Schemla est juive et journaliste. Un statut beaucoup plus précaire, où l’on a vite fait, dans le climat actuel, d’opposer une origine à l’objectivité mythifiée du journalisme. Heureusement, il existe encore l’édition pour remettre certaines pendules à l’heure.

Ce livre permet de restaurer certaines nuances que la tension et la propagande tentent de pulvériser depuis 2000. Pascal Boniface n’est ni un affreux antisémite, ni un abominable islamiste. De même qu’Elisabeth Schemla n’est ni une abominable islamophobe, ni un agent du Mossad. Mais ils sont des observateurs engagés, aux sensibilités divergentes. Leurs analyses enrichissent un débat public qui doit être à la mesure de la complexité du monde. Toucher du doigt la complexité de ces sujets est sans aucun doute le grand mérite du livre. Ce ne fut pas chose facile. Les auteurs confient avoir souvent pensé à renoncer, tant la tension et l’incompréhension pouvaient générer une impatience et, finalement, un manque de sérénité rendant impossible l’entreprise. Ils ont pris sur eux et y sont arrivés. Merci à eux deux pour cette contribution. Elle nous permet d’espérer une aire de débat enfin débarrassée des procès d’intentions au profit d’une confrontation plus franche et plus saine.

Mais puisque nous souhaitons tous inaugurer une aire de débat le plus honnête possible, je me permets ici de rectifier un procès d’intention surgissant dans la bouche de Pascal Boniface à mon sujet (page 235). Pas à n’importe quel moment. Lorsque Elisabeth Schemla somme ce chercheur de donner des exemples montrant que les médias sont « islamophobes » et complotent pour laisser penser qu’il existe un intégriste derrière chaque musulman. Acculé, Pascal Boniface finit par expliquer que la remise du Prix du livre politique au livre de Fadéla Amara et à mon livre, La Tentation obscurantiste, atteste de ce climat empoisonné. Voire de ce projet caché. « Avoir une jeune femme qui se dit de gauche, qui est animée par la défense des libertés et de la laïcité, qui a fait un livre à succès contre Tariq Ramadan, constitue un renfort de poids dans la bataille idéologique contre l’islamisme. Elle dénonce aussi, de façon exagérée selon moi, une alliance entre certains mouvements de gauche et l’islamisme. Une recrue qui mérite récompense. » Je ne suis pas sûre de décrypter tous les sous-entendus, soigneusement contrôlés, d’une telle phrase. Recrue de qui? Pour quel obscur réseau suis-je censée travailler ? Dois-je mettre ces sous-entendus en parallèle avec les accusations de « sionisme » professées contre moi par Tariq Ramadan depuis que j’ai eu l’audace de m’attaquer aux islamistes et surtout à lui ? Une accusation facile et bien connue, mais qui appelle néanmoins une petite mise au point. En tant que journaliste spécialisée dans l’étude des intégrismes, je travaille sur tous les intégrismes, juif, chrétien et musulman. Le sionisme n’entre pas, en soi, dans mon champ d’application. En réalité, il ne fait pas vraiment partie, je le confesse de façon presque honteuse, de mes centres d’intérêts. Le conflit au Soudan, par exemple, me semble autrement plus meurtrier à l’heure actuelle. Pour tout dire, je n’ai d’autre avis sur ce conflit que celui de l’immense majorité des citoyens. « Deux peuples, deux Etats », et vite. Mon journalisme engagé est effectivement guidé par la défense des libertés, en toute indépendance. Je ne me « dis » pas de gauche, je le suis (même si cela chagrine Pascal Boniface). Quelques phrases plus loin, Pascal Boniface complète ses sous-entendus : « Fourest dénonce le terrorisme et le radical islamiste, moi aussi, mais elle ne dit pas un mot des raisons de cette montée. Et, bien sûr, à aucun moment, elle ne condamne, fût-ce à demi-mot, les occupations militaires israéliennes et américaines et leurs effets. Tant d’approximations et de simplisme méritent un prix ? Je ne le crois pas. » Visiblement, Pascal Boniface n’a pas jugé bon de me lire avant de dénigrer mon travail. Il ne sait pas, ou feint d’ignorer, que Tirs Croisés (co-écrit avec Fiammetta Venner) — et qui figurait en 2003 parmi les trois finalistes retenus par le jury du Prix du livre politique — analyse justement les facteurs géopolitiques et historiques expliquant la montée de l’islamisme pour mieux refuser une lecture visant à faire de l’Islam, en tant que religion, la source de ce fanatisme politique. Dans ce même livre, dans mes articles dans Charlie Hebdo, lors de mes interventions télévisées, je n’ai cessé de critiquer l’expansionnisme de type colonialiste des intégristes juifs et le messianisme dangereux guidant l’intervention américaine en Irak (contre laquelle j’ai manifesté et dont le bilan me paraît justifier toutes les craintes). Pascal Boniface est convaincant quand il met en garde contre les méfaits des procès d’intention. Beaucoup moins quand il se révèle incapable d’appliquer à lui-même cette rigueur qu’il attend uniquement des autres.

Caroline Fourest

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30 septembre 2006

"L'affaire des caricatures" de Mohamed Sifaoui

sifaouiPeu de médias ont envie d'en parler, pour ne "pas mettre de l'huile sur le feu"... Et pourtant le premier livre à revenir enfin en détails sur les coulisses de l'"affaire des caricatures"* existe enfin. Pour montrer qu'il ne craint pas les intimidations et qu'un musulman peut avoir de l'humour, Mohamed Sifaoui a même demandé à un dessinateur ami et musulman, Ramo, de dessiner le prophète en couverture. Avec cette bulle : " les premiers à insulter la religion musulmane sont ceux qui tuent au nom de l'Islam !".

L'enquête, elle, est signée Mohamed Sifaoui. Ce journaliste est connu pour mener des investigations malgré les risques et les procès d'intentions ou les rumeurs qu'il doit subir en permanence. Simplement parce qu'il est Algérien, musulman et croyant, mais viscéralement anti-islamistes. Donc vécu comme "traître" par certains.

"Si j'écris ce livre, ce n'est pas uniquement parce que je suis engagé contre les intégrismes — et il faut le dire — parce que cette affaire baigne dans la manipulation la plus grotesque" explique-t-il dans son livre. L'enquête a le mérite, en effet, de démontrer la somme de manipulations et de lâcheté à l'origine de cette hystérie collective.

D'abord au Danemark, où il a enquêté pour Envoyé Spécial et où il a filmé à leur insu les propos déments d'imams liés à la confrérie des Frères musulmans et à la Syrie à l'origine de toute l'affaire. Le rôle de l'ambassadrice d'Egypte dans sa volonté de mettre le feu et la récupération de l'Iran et de la Syrie est flagrante. On le savait, mais le livre nous fait vivre les coulisses de ce type de campagnes (appelées à se reproduire), comment et pourquoi certains personnages clefs aident à faire prendre la mayonnaise. A méditer pour l'avenir.

L'avenir, justement, n'est pas rose. Car le livre nous fait vivre aussi les coulisses du Jyllands-Posten, où la pression a refroidi les plus courageux. Celle du procès de Charlie hebdo à venir, où l'Elysée et le ministère de l'intérieur sont visiblement d'accord pour que ce procès serve à canaliser la colère des musulmans, à donner des gages, à servir d'exemple, bref à clamer les ardeurs de ceux qui pensaient bêtement que la France pouvait être le dernier endroit au monde où la liberté d'expression passé avant le respect des religions.

Caroline Fourest

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22 septembre 2006

Vers l'Orient compliqué d'Antoine Sfeir (Grasset)

2246716810Antoine Sfeir nous offre ici un essai extrêmement bien mené, concis, synthétique et très pédagogique. Son grand mérite est de faire apparaître de façon limpide combien
le simplisme de la politique étrangère américaine se révèle inopérant, voire contre- performant, face à l’extrême complexité du monde arabe. Une complexité dont il est urgent de prendre conscience au moment où s’arbitrent les prochaines batailles, le sort de l’Iran et de la Syrie, sous peine d’emprunter d’autres chemins mortifères et dangereux, propres à renforcer l’islamisme au lieu de le faire reculer. En Irak, le bilan est tombé. Malgré la guerre des chiffres, l’occupation aurait entraîné la mort d’entre 40 000 et 650 000 Irakiens. Et l’islamisme ne s’est jamais aussi bien porté. C. Fourest

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