12 octobre 2006
Islam : pour eux, pour nous (Tribune de Caroline Fourest à propos de l'affaire Redeker)
Islam : pour eux, pour nous,
Tribune parue dans Le Nouvel Observateur le 12/10/2006
L’affaire Redeker n’est ni le premier ni le dernier soubresaut d’une époque où prendre sa plume sur l’islam peut susciter un retour de flamme. Non pas du « milliard de musulmans » dont aiment à se revendiquer les fanatiques. Mais de la part de quelques hommes-grenades dégoupillés par l’endoctrinement, sur fond de foules soigneusement encadrées par des Etats tyranniques. Les deux soufflant sur les braises du complot ourdi par « les ennemis de l’islam » pour entretenir une vision paranoïaque propre à masquer leur part de responsabilité dans ce chaos.
En Europe, le risque est moins de mourir pour ses convictions que de céder à la panique et à l’autocensure sous prétexte de ne pas « mettre de l’huile sur le feu ». Au moment de l’affaire des caricatures, des gardiens supposés de la liberté d’expression ne nous ont-ils pas ordonné de respecter l’« extrême sensibilité des musulmans » ? En leur épargnant l’exigence démocratique ? Cette forme de relativisme culturel ressemble à une capitulation. Elle ne peut que donner raison aux partisans de l’intimidation. Alors même que l’islamisme et même l’islam ont plus que jamais besoin de se frotter à l’esprit critique. En particulier en Europe. Les musulmans éclairés du monde entier nous envient ce degré de liberté et de laïcité dont ils ne bénéficient pas ailleurs pour résister aux intégristes. Pour eux, pour nous, pour l’avenir, il faut continuer à parler. Sans céder à la peur panique ni aux raccourcis. Sans confondre islam et islamisme. Ni accuser le moindre esprit critique d’« islamophobie ».
Caroline Fourest
prix national de la laïcité en 2005 et prix du livre politique 2006, Caroline Fourest est essayiste et journaliste à « Charlie Hebdo », auteur notamment de « Tirs croisés » (Poche) et « la Tentation obscurantiste » (Grasset)
11 septembre 2006
« L'islamisme est dangereux même sans bombe » (entretien avec Le Soir)
Il y a cinq ans, les attentats du 11 Septembre révélait à l’opinion publique l’existence de mouvements terroristes se revendiquant de l’islam et affirmant vouloir détruire la civilisation occidentale. Faut-il craindre l’islamisme ? S’agit-il d’une idéologie totalitaire ? Nos sociétés – et en particulier, les communautés musulmanes d’Europe – sont-elles à l’abri de la contagion ? Entretien avec Caroline Fourest, journaliste française qui a bâti sa réputation sur l’étude des mouvements religieux intégristes et qui, dans un essai brûlant, dénonce « la tentation obscurantiste » d’une certaine gauche qu’elle juge aveugle aux véritables objectifs des islamistes, voire fascinée par l’islamisme. Son « cri d’alarme », publié chez Grasset, a obtenu, en 2006, le Prix du lire politique, décerné par l’association Lire la politique (www.lirelapolitique.com).
« L’attaque du 11 septembre, écrivez-vous, était une déclaration de guerre non pas à l’administration Bush mais aux démocraties laïques du monde entier ». Pourquoi ?
CF : Ce qui pouvait apparaître comme un acte totalement fou et irrationnel s’avère avoir été un formidable pari de la part des djihadistes. Le 11 Septembre est intervenu à un moment où les mouvements islamistes, politiques ou terroristes, qui avaient tout essayé pour prendre le pouvoir au Maghreb et au Machrek (NDLR : l'Orient arabe, de l'Égypte à l'Irak et à la péninsule arabique), étaient dans l’impasse : réprimés en Egypte, contenus en Jordanie et en Syrie, ils avaient perdu la bataille en Algérie. En semant la peur au cœur des Etats-Unis et au cœur de l’Occident, la branche extrémiste des islamistes a fait le pari que cela forcerait les gens, y compris aux Etats-Unis et en Europe, à se déterminer sur la base de leur identité confessionnelle. C’est exactement ce qui se passe. Le 11 Septembre a créé la peur de par et d’autres. D’un côté, la peur irrationelle de l’islam et de l’autre la peur des amalgames et du racisme. Cette peur ne peut que renforcer la propagande islamiste. Or, l’idéologie politique liberticide et réactionnaire qu’est l’islamisme, n’est pas dangereuse seulement lorsqu’elle pose des bombes ; elle l’est aussi quand elle contribue à durcir des identités, à faire reculer le droit des femmes, à restreindre le débat public.
Est-ce vraiment le cas en Europe ?
CF : Des gouvernements occidentaux ont composé avec des mouvements musulmans radicaux – notamment les Frères musulmans, qui se présentent comme non terroristes et qui désapprouve officiellement des actions comme celle du 11 Septembre – sous prétexte que c’était la seule manière d’apaiser les terroristes. A Londres, jusqu’aux attentats du 7 juillet 2005, la mosquée de Finsbury était aux mains de la tendance salafiste, pro-Ben Laden ; c’était un repaire de terroristes. Après les attentats, le gouvernement de Tony Blair a fait le ménage. Mais il a remplacé les djihadistes par les Frères musulmans, qui partagent les mêmes racines idéologiques. Du coup, la communauté musulmane anglaise est plus que jamais sous la tutelle des islamistes. En France, Nicolas Sarkozy a fait la même chose. Jusqu’au 11 Septembre, qui incarnait l’islam de France ? Principalement la Mosquée de Paris, qui défendait un islam conservateur, mais serein et laïque. Puis, il a fallu trouver des relais plus politiques, plus ancrés dans le terrain, notamment dans les banlieues jugées « à risque » vis-à-vis de la propagation de l’islamisme. Le ministère de l’Intérieur a fait entrer l’UOIF, l’Union des organisations islamistes de France, proche des Frères musulmans, au Conseil français du culte musulman. L’UOIF représente aujourd’hui un tiers de l’islam de France. Les radicaux d’hier sont devenus le centre de l’islam européen d’aujourd’hui.
En parlant d’une « menace islamiste », ne cautionnez-vous pas les fantasmes de l’extrême droite et des racistes anti-arabes ?
CF : Je ne parle pas d’une menace arabe ni musulmane; et je fais bien la distinction entre la question de l’immigration et celle de l’intégrisme. C’est pourquoi je combat l’approche de Le Pen et de Villiers, mais aussi celle de Nicolas Sarkozy, qui mélangent systématiquement ces deux dossiers. Je suis laïque et féministe, et je vois grandir les tensions confessionnelles ; je vois des identités devenir de plus en plus religieuses, dans un sens intégriste. Je vois grandir le sexisme, l’intolérance vis-à-vis des minorités sexuelles et de la laïcité. A mes yeux, c’est aussi dangereux qu’un attentat. Pendant des années, l’islamisme n’a fait souffrir que des musulmans. Il est temps de prendre conscience que la montée de l’intégrisme est un danger qui nous concerne tous, et pas seulement les populations musulmanes du Maghreb, du Machrek et, aujourd’hui, d’Europe. Il est intolérable de constater que certains tolèrent qu’un citoyen européen soit exempté du devoir de respecter l’égalité entre hommes et femmes, sous prétexte qu’il est de culture musulmane. Ce relativisme culturel se développe. Pire, il est partagé par des gens de bonne volonté, progressistes, mais qui, par peur de l’amalgame et du racisme, tombent dans une forme de racisme inversée. On l’a vu lors du débat sur le port du voile à l’école…
S’opposer à l’interdiction du port du voile à l’école, ce serait donc être raciste ? L’enjeu n’est-il pas, au contraire, la liberté des musulmanes de porter le voile, dans le respect de leur conviction religieuse ?
CF : L’école doit-elle promouvoir la laïcité au détriment des particularismes religieux ? Ou bien, doit-elle favoriser les particularismes religieux au détriment de ce qui nous réuni et permet le « vivre-ensemble » ? Je ne stigmatise pas ceux qui, en toute bonne foi, ont dit : pouvoir porter le voile à l’école est une question de liberté. Mais dans le contexte actuel, je crois qu’il est important d’isoler certains espaces, comme l’école, des pressions religieuses. C’est ce qu’ont dit de nombreuses jeunes femmes : si l’école laïque, en France, autorise le port du foulard, nous n’avons plus aucun prétexte pour refuser de le porter.
Autoriser le port du voile se serait alors céder à ce que vous nommez la « tentation obscurantiste » ?
CF : On a le droit d’être pour ou contre l’interdiction des signes religieux à l’école. La tentation obscurantiste se manifeste quand une certaine gauche, plutôt tiers-mondistes et pro-palestinienne – ce sont des combats que je peux partager –, s’allie avec des intégristes. J’ai été choqué de voir des gens de gauche manifester et mettre sur pieds des collectifs avec des prédicateurs issus des Frères musulmans. Vouloir voiler les femmes, condamner l’homosexualité, promulguer la chasteté avant le mariage et la séparation des communautés, ce n’est pas du progressisme, mais un nouveau totalitarisme. Ce totalitarisme a fait des dégâts dans plusieurs pays ; aujourd’hui, chez nous, il contribue au recul des libertés individuelles, notamment celles des femmes, dans certains milieux.
Parler de « totalitarisme islamiste », n’est-ce pas stigmatiser l’islam, qui n’est pas, au fond, une religion nécessairement plus intégriste qu’une autre ?
CF : Ai-je parlé de totalitarisme musulman ? A aucun moment ! Ai-je dit que l’islam avait le monopole du fanatisme ? Je combat tous les intégrismes et l’islam n’a pas, loin de là, le monopole du fanatisme. Simplement, aujourd’hui, la dérive fanatique se revendiquant de l’islam présente en prime un risque politique mondial qui est de l’ordre du totalitarisme, au sens où l’entendait Hannah Arendt : d’une internationale liberticide en passe soit de prendre le pouvoir, soit de faire reculer des libertés dans plusieurs pays, et qui risque de se révéler anti-démocratique une fois ce pouvoir conquis. Ils ont failli prendre le pouvoir en Algérie ; ils sont présents au parlement en Egypte ; ils sont au pouvoir en Palestine ; et qui sait ce qui se passera en Syrie ? Dans un certains nombre de pays, les mouvements islamistes représentent l’alternative politique. Il suffit de lire les textes qui les inspirent depuis les années 30 pour savoir quel est leur modèle de société : la théocratie, le voile obligatoire pour les femmes, la non-mixité dans les campus, l’interdiction de la musique, etc. Et des prédicateurs qui ont l’air aussi sympathiques et modérés que Tariq Ramadan, enseignent Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, aux jeunes musulmans d’Europe !
On vous accordera qu’Al-Qaïda désire réinstaurer le califat. Mais faut-il mettre dans le même sac des mouvements qui, s’ils empruntent le langage islamiste, sont engagés prioritairement dans des luttes de libération, comme en Palestine, ou dans un combat d’opposition à des régimes politiques inefficaces et corrompus, comme en Algérie ?
CF : C’est le cœur du débat. Il divise les islamologues. Certains, comme Gilles Kepel, partagent mon analyse, estimant que les Frères musulmans visent aussi à rétablir le califat. Rappellons que leur fondateur Hassan al-Banna a eu comme disciple Sayd Qutb qui a influencé Ben Laden. Certes, Al-Quaïda a choisi une forme d’action directe que certains stratèges des Frères musulmans désapprouvent, mais c’est une question de tactique, pas d’objectif. Je fais confiance aux acteurs pour mettre en œuvre ce qui est écrit explicitement dans leur programme. Or les Frères musulmans sont assez clairs quand on étudie leurs discours internes et non ceux qu’ils tiennent devant les médias. Ils peuvent composer avec le contexte démocratique, utiliser un mode démocratique, mais leur objectif reste incontestablement théocratique. Et là, la question des contre-pouvoirs est centrale : si un islamiste ne peut pas avoir le même impact en France qu’en Egypte, ce n’est pas le fait de l’islamiste, mais de la résistance qu’il rencontre et de notre culture laïque et démocratique.
Donc, si nous ne faisons pas barrage à l’islamisme, nous devrons nous préparer à des lendemains qui déchantent…
CF : Avons-nous des yeux pour voir ? Depuis le 11 Septembre, on ne parle plus que de religion. En France, des citoyens qui jusque là se définissaient comme d’origine maghrébine – ce qui revenait à mettre en valeur une richesse culturelle –, se définissent aujourd’hui comme musulmans. Et cela, c’est la responsabilité directe du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui, depuis le 11 Septembre, s’adresse aux populations immigrés et aux enfants d’immigrés comme à des musulmans, en présupposant qu’ils sont tous musulmans et tous pratiquants et que la solution à leurs problèmes de chômage, d’exclusion et de racisme, c’est de leur donner un Conseil français du culte musulman et de construire des mosquées. Or, selon une enquête du Centre de Recherches Politiques de Sciences-Po (Cevipof), 80% des Français de culture maghrébine sont attachés au principe de laïcité ; la majorité d’entre eux n’apprécie pas la façon dont M. Sarkozy s’adresse à eux au travers du prisme de la religion ; et leur préoccupation principale, c’est le chômage. Ce sont des Français comme les autres et ils veulent le rester. Ils ne souhaitent pas qu’on les sépare du reste de la population. Couper le lien social, c’est faire le jeu des islamistes.
Faut-il craindre une reconquête musulmane de l’Europe par la prédication et l’idéologie, qu’annoncent certains prédicateurs islamistes ?
CF : Je ne crois pas à une déferlante de masse qui va renverser nos structures politiques. Je crains, en revanche, une succession de renoncements à nos valeurs. L’universalisme et la laïcité, loin d’avoir été renforcés après le 11 Septembre, sont aujourd’hui menacés. D’un autre côté, des passerelles de solidarité se sont créées entre les mondes arabe et européen. Les démocrates algériens, qui résistent depuis des années simultanément à un pouvoir dictatorial et aux intégristes, sont un peu soulagés de voir que certains intellectuels européens comprennent enfin leur combat sur deux fronts. A l’échelle de l’Europe, le double front, c’est de lutter à la fois contre les racistes et contre les intégristes. Si on ne lutte que contre les racistes, on risque de laisser s’installer une forme de tolérance pour des principes intégristes. Et si on ne lutte que contre les intégristes, on fait le jeu des racistes. L’option sécuritaire, qui, pour beaucoup, semble être la solution, n’en est pas une. En tant que démocrate et laïque, je ne veux pas être contrainte de choisir un mal plutôt qu’un autre.
Propos recueillis par Dominique Berns
Entretien paru dans Le Soir (Belgique) le 11 septembre 2006
17 novembre 2005
Débat entre Caroline Fourest et François Burgat à propos de l'islamisme
Débat paru dans L'Express du 17/11/2005
La gauche fait-elle le lit de l'islamisme?
(propos recueillis par Jacqueline Remy, Anne Vidalie)
Là où la journaliste Caroline Fourest craint la séduction qu'exerce sur certains une «dictature de la charia», François Burgat, directeur de recherche au CNRS, redoute la dérive simplificatrice que peut engendrer un rejet indifférencié de l'islam. L'Express les a réunis dans un face-à-face animé.
La poussée islamiste divise la gauche française. D'un côté, ceux qui s'arc-boutent sur le respect du droit à la différence. De l'autre, ceux qui prônent la vigilance face au risque de dérives extrémistes, comme la journaliste Caroline Fourest, spécialiste des intégrismes religieux, qui vient de publier La Tentation obscurantiste (Grasset). «Il existe aujourd'hui, à gauche, de nouveaux “ compagnons de route ” pour trouver séduisante la dictature de la charia comme jadis la dictature du prolétariat», écrit-elle. Fantasme, rétorque le politologue François Burgat, directeur de recherche au CNRS, qui a vécu dix-huit ans en terre d'islam. Il est trop simplificateur d'assimiler l'islam à l'intégrisme, s'efforce-t-il de démontrer dans son dernier ouvrage, L'Islamisme à l'heure d'Al-Qaida (la Découverte). «En dressant de nouveaux murs là où il faudrait, en fait, plus que jamais, lancer de nouveaux ponts, nous accélérons, au lieu de l'inverser, la spirale de la radicalisation qui nous menace», plaide-t-il. Entre Caroline Fourest et François Burgat, le débat ne pouvait être qu'âpre.
Vous revendiquez-vous tous les deux de la gauche et considérez-vous que votre interlocuteur est aussi de gauche?
François Burgat: J'ai toujours donné mes bulletins de vote à la gauche et je ne revendique aucun monopole d'appartenance à ce camp.
Caroline Fourest: Je revendique moi aussi mon appartenance à la gauche. Je considère que le thème de l'intégrisme est aujourd'hui une question centrale qui nous divise. Sous prétexte de résister à l'impérialisme occidental, au colonialisme d'Israël ou à la dictature de certains régimes du Maghreb, des gens qui se revendiquent d'idées proches des miennes considèrent les intégristes musulmans, notamment les Frères musulmans, comme un mouvement de démocratisation, voire de libération, au point d'excommunier ceux qui critiquent l'intégrisme en les traitant soit d'islamophobes, soit de vendus à la pensée «bushienne» ou «sharonienne».
F. B.: Comme vous, je milite de longue date pour que la femme puisse affirmer son autonomie dans l'espace familial, renforcer son accès à l'espace politique et professionnel, dans le monde musulman comme dans le nôtre. En revanche, je critique vos méthodes. Vous me rappelez Taslima Nasreen…
C. F.: C'est un joli compliment.
F. B.: En 1994, en visite à Paris, elle a déclaré devant Notre-Dame: «Permettez-moi de tourner le dos au symbole de tant de siècles d'obscurantisme religieux qui ont asservi les femmes.» Taslima Nasreen s'est automarginalisée au sein du mouvement féministe de son pays, parce qu'on ne mobilise pas une société en lui demandant de payer un prix aussi élevé que de «raser» sa Notre-Dame de Paris.
"On ne mobilise pas une société en lui demandant un prix aussi élevé que de «raser» sa Notre-Dame"
C. F.: Je n'ai jamais voulu démolir Notre-Dame! Je pense que notre différend porte sur la définition du féminisme et de l'intégrisme. Pour moi, ce terme désigne un mouvement politique qui instrumentalise la religion à des fins liberticides et réactionnaires. Dans vos écrits et dans ceux de beaucoup d'intellectuels qui se revendiquent de la gauche, je décèle une tolérance, une complaisance, voire une fascination assumée pour un courant sexiste et homophobe, qui défend des valeurs totalitaires à l'opposé du progressisme.
Donnez-vous le même sens au mot islamisme?
F. B.: Nous serions d'accord, Caroline Fourest, si vous évoquiez la composante «salafie», c'est-à-dire la frange sectaire du courant islamiste, et non sa totalité. Or vous incluez dans votre définition de l'islamisme ceux qui, comme mon collègue l'intellectuel suisse Tariq Ramadan, entendent avant tout «parler musulman», en d'autres termes réhabiliter le droit d'user de la terminologie musulmane pour exister et être respecté.
Est-ce que la gauche fait le lit de l'islamisme?
F. B.: Je pense que oui, une certaine gauche fait le lit de l'intégrisme. Celle-là émet un veto absolu, sectaire, arrogant face à une génération qui veut participer au progrès de l'histoire en employant une démarche, un lexique différents. Vous êtes l'un des porte-parole de cette gauche, Caroline Fourest. Vous refusez l'idée que les femmes musulmanes, en utilisant les ressources de leur culture, puissent faire avancer leur cause.
C. F.: Parlons de ce féminisme islamique que vous trouvez plus intéressant que mon féminisme laïque. Selon la définition qu'en donne Tariq Ramadan, les femmes doivent occuper des emplois qui correspondent à leur «nature», à condition que cela ne mette pas en péril leur rôle au sein de la famille patriarcale, et, bien sûr, se voiler pour ne pas tenter les hommes. Si c'est ça, votre notion de la libération des femmes
"Peut-on espérer qu'un monde meilleur viendra de mouvements sexistes et homophobes ?"
Où passe pour vous le clivage à l'intérieur de la gauche?
C. F.: Nous rêvons tous de démocratisation, de justice et d'égalité. Nous sommes d'accord sur le nécessaire rééquilibrage des rapports Nord-Sud, contre le colonialisme, pour la critique de la politique israélienne et américaine. Là où nous ne sommes plus d'accord, c'est sur l'ordre des priorités entre tiers-mondisme et antitotalitarisme. Je m'oppose à ceux dont le tiers-mondisme est devenu si caricatural qu'ils pardonnent tout aux mouvements issus du Sud, même antisémites, sexistes et réactionnaires, pourvu qu'ils prétendent tenir la dragée haute à l'Amérique de Bush. Je suis anti-impérialiste et anticolonialiste, mais je n'accepterai jamais de m'allier, au nom de ces convictions, avec des mouvements qui se revendiquent d'un islam totalitaire en guerre contre l'islam laïque.
F. B.: J'affirme pour ma part que la majorité des islamistes, derrière le voile identitaire de la rhétorique religieuse, revendiquent des droits parfaitement universels, en économie ou en politique, localement ou mondialement. Votre définition de l'islamisme ne porte que sur la frange sectaire qui rejette le bébé de la modernisation avec l'eau du bain de la déculturation. Elle existe. Je la dénonce et je la combats comme vous.
C. F.: Vous évoquez dans votre livre la «réislamisation», le «parler musulman». Moi, j'appelle ça le «parler théocrate». Prenons l'Algérie. Dans tous vos écrits, vous avez soutenu le Front islamique du salut (FIS). Les massacres, selon vous, étaient uniquement imputables à l'armée et au gouvernement. Autrement dit, les islamistes sont de doux agneaux pacifistes dont nous devrions attendre l'arrivée au pouvoir pour voir le Sud enfin démocratisé!
F. B.: J'entends prendre solennellement date avec vous aujourd'hui sur ce sujet, particulièrement révélateur de la géométrie variable de votre humanisme et de votre antitotalitarisme. Existe-t-il deux catégories de victimes? Deux catégories de totalitarisme? Comment peut-on nier les faits, c'est-à-dire la responsabilité massive, systématique de l'armée algérienne dans les massacres qu'elle a attribués aux islamistes? Comment mépriser les demandes des familles de milliers de disparus enlevés par l'armée? C. F.: Je critique, moi aussi, les méthodes de l'armée algérienne. Mais l'énergie que vous mettez à dénoncer le complot de l'armée ne sert qu'à une chose: disculper les intégristes de leurs crimes pour nous expliquer ensuite qu'ils sont la voie de l'avenir.
F. B.: Ce que j'ai toujours dit, c'est que le processus de démocratisation, lent, difficile, complexe ne peut se faire qu'avec les forces politiques réelles! On ne peut pas laisser exclure par la violence 60 ou 80% du peuple sous prétexte qu'il n'a pas l'air sympathique! Or la décennie 1990 a été celle du désaveu des stratégies légalistes. Nous avons envoyé aux oppositions un message constant: l'instrument électoral n'est pas fait pour permettre une alternance politique. C'est ainsi que l'on a nourri la radicalisation qui a fabriqué la génération Al-Qaeda.
Revenons en France. Quand une partie de la gauche se bagarre contre la loi sur le voile ou soutient des horaires réservés aux femmes dans les piscines, fait-elle le jeu des intégristes musulmans?
F. B.: Je ne nie pas la nécessité de recourir à la force de la loi face à ceux qui disent, par exemple «Je ne veux pas que ma fille fasse du sport ou des sciences naturelles». Je suis contre un voile qui empêche de voir, d'entendre ou de courir dans la cour de récréation. Ce voile ne me pose pas de problème, en revanche, s'il ne porte pas atteinte à la substance des valeurs de l'éducation. Sur d'autres questions, je pense que l'on peut écouter tous les avis. Les douches d'une piscine doivent-elles être mixtes? Je n'ai pas de réponse péremptoire.
C. F.: J'ai trouvé intéressant le débat autour de la loi sur les signes religieux à l'école publique. Ma conviction était qu'il fallait une loi pour protéger les filles ne voulant pas porter le voile, ni subir les pressions communautaires. Mais l'opportunité, ou non, d'une loi faisait partie du débat. Là où j'ai été révoltée, c'est lorsque des intellectuels et des militants se sont alliés avec des associations intégristes, dans une opposition de principe à cette loi, et ont traité d'islamophobes ses partisans laïques et féministes. C'est de l'anathème. Dans le mouvement Une école pour tous, on retrouve des organisations de gauche comme le Mrap et la Ligue des droits de l'homme au côté d'associations proches de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Jeunes musulmans de France, par exemple, dont le prédicateur vedette, Hassan Iquioussen, pense que la Shoah est un complot de Hitler et des juifs pour occuper la Palestine. Est-ce que ce sont des associations progressistes avec lesquelles on peut militer main dans la main? Ma conviction est que non.
N'y a-t-il pas, en effet, des alliances dangereuses?
F. B.: Votre réaction face à la génération de ceux que vous nommez indistinctement les «intégristes» rappelle celle de la société française dans les années 1950 envers ceux que l'on appelait tout aussi indistinctement les «fellagas». A l'époque, déjà, l'épouse du général Massu expliquait que l'arrivée au pouvoir du FLN signerait la fin des droits de la femme et le double langage des «terroristes» était stigmatisé. Aujourd'hui, entre les altermondialistes et Tariq Ramadan, la coopération est loin d'être automatique. Des tensions (mais aussi des interactions) ont lieu, principalement sur le terrain de l'homosexualité, même si les positions se sont considérablement rapprochées.
C. F.: C'est le cœur du sujet: peut-on se contenter de convergences et qualifier de «tensions» des questions aussi mineures à vos yeux que l'égalité homme-femme, les minorités sexuelles et les libertés individuelles? Je ne comprends pas pourquoi certains militants et intellectuels pardonnent à l'intégrisme musulman ce qu'ils ne toléreraient jamais de l'intégrisme chrétien. Les mouvements issus de l'école de pensée des Frères musulmans, qui défendent un islam réactionnaire et intégriste, n'ont pas leur place au sein de l'altermondialisme.
Evoquons l'Appel des indigènes de la République, lancé le 18 janvier dernier, qui fustige les discriminations subies par les Français issus de l'immigration. Ce texte a rassemblé, lui aussi, associations musulmanes et organisations de gauche...
C. F.: S'il s'était agi d'affirmer que le racisme anti-arabe persistait de manière honteuse dans notre pays, nous aurions tous signé. Mais ce n'est pas ce que dit ce texte. Il explique que les partisans de la loi sur les signes religieux à l'école publique sont les principaux vecteurs du renouveau du racisme!
F. B.: L'Appel des indigènes rappelle que des raccourcis anti-humanistes hérités de la période coloniale subsistent bel et bien en France. Si les banlieues ont pris feu, c'est à cause d'un déni de représentation qui nous renvoie au racisme de la République coloniale à deux vitesses, lorsqu'elle prétendait, y compris par les armes, «apporter la civilisation» aux «indigènes» d'Algérie, d'Afrique et d'Indochine. Comme au temps de la colonisation, le combat des femmes est aujourd'hui instrumentalisé pour légitimer, en France et dans tout le monde musulman, les groupes dominants. Vous-même contribuez à criminaliser tous les militants engagés dans des processus de résistance, du seul fait qu'ils emploient le langage de la culture musulmane. «Vous protestez contre l'occupation militaire israélienne, leur dit-on, mais les jupes de vos femmes sont un peu trop longues, donc vous n'êtes pas assez modernes pour être légitimes.» En France, vous qualifiez tout musulman de théocrate, alors que je vous mets au défi de trouver un acteur associatif qui refuse d'adhérer explicitement au principe de laïcité.
C. F.: Vous caricaturez ma position pour éviter de répondre à la question que je vous pose: peut-on espérer qu'un monde meilleur viendra de mouvements sexistes et homophobes? N'oublions pas que le mentor de l'UOIF, du Collectif des musulmans de France, de Jeunes musulmans de France - que l'on retrouve au sein des Indigènes de la République et d'Une école pour tous-tes - s'appelle Youssef Al-Qardawi. Ce monsieur est le porteur d'un islam absolument intolérant. La seule question qu'il se pose sur les homosexuels est de savoir s'il faut brûler l'actif ou le passif en premier. Ma gauche n'est pas celle qui s'allie à cet homme-là pour faire avancer le monde !
F. B.: Pas question de nier que l'on puisse trouver, chez certains Frères musulmans, des traces de sectarisme ou de conservatisme machiste. Mais passez au même crible la droite (ou la gauche) parlementaire française sur soixante-quinze ans et nous aurons des surprises…
C. F.: Les musulmans avec qui je travaille sont ceux qui se battent pour qu'on cesse de défigurer l'islam, de le prendre en otage au profit d'objectifs politiques entre les mains de MM. Ramadan ou Al-Qardawi. Ou de Nicolas Sarkozy, qui préfère construire des mosquées que des terrains de football dans les banlieues. Je pense que le lien social a besoin d'un peu moins de CRS et d'imams radicaux…
F. B.: Il existe une arme absolue contre les tensions de la société française et contre le terrorisme. Elle s'appelle partage. Partage des ressources économiques et financières. Partage du pouvoir politique et du droit à la parole publique.
C. F.: Sur ce point, nous sommes d'accord, même s'il s'agit moins, à mes yeux, de «partager» que de garantir l'égalité des chances à tous les Français, quelle que soit leur origine ou leur religion.
Photos : © J.-P. Guilloteau/L'Express
25 octobre 2004
Qui est vraiment Tariq Ramadan ?
Entretien réalisé avec Caroline Fourest par Christophe Ono-Dit-Biot pour le magazine ELLE à l'occasion de la sortie de son Frère Tariq : discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan.
Pourquoi avoir fait ce livre ?
Pour enfin faire la lumière sur Tariq Ramadan. Des théoligiens musulmans libéraux, des intellectuels arabes, des associations comme Ni putes ni soumises, dénoncent depuis des années son influence nocive. Sans être entendus. Il est encore souvent présenté dans les médias comme un simple intellectuel musulman voire comme un penseur qui va moderniser l’islam. Alors qu’il souhaite exactement le contraire. Jusqu’ici, les gens ont été mal informés. Ils sentent bien que c’est homme sulfureux et même dangereux mais depuis quinze qu’il fait son numéro de charme dans les médias, il a toujours esquivé les critiques en criant au procès d’intention. On lui reproche de tenir un double discours, mais il s’en sort toujours en disant que personne n’en a jamais apporté la preuve. J’ai donc décidé de le faire, en me livrant à une étude complète de ses œuvres.
Cela paraît simple et pourtant personne ne l’avait fait jusque là, comment avez-vous procédé ?
De façon simple mais exigeante. J’ai ramassé tout ce que l’on pouvait trouver de lui dans les librairies islamistes (car c’est bien là qu’elles sont diffusées), comme à la librairie Tawhid qui est un peu son QG à Lyon. Le décryptage a été harassant car c’est un homme prolixe : il revendique une quarantaine de livres et plus de 170 cassettes. En réalité, il n’a signé une vingtaine de livres et seule une quarantaine de cassettes portant sur des sujets politiques ou de société sont en circulation. Elles sont en français et servent un peu de formation expresse à tous ceux qui souhaitent s’initier à l’islamisme. J’ai lu, écouté, retranscrit. Puis j’ai comparé avec ses déclaration dans la presse et sur les plateaux de télévision. Le résultat est très parlant. Dans la presse, Ramadan se présente comme un réformateur qui n’a « aucun problème avec la raison », d’accord à 100% avec la laïcité et qui encourage les jeunes à s’intégrer. En écoutant attentivement ses cassettes et en lisant certains de ses livres, on réalise qu’il fait tout le contraire ! Il prône un islam fondamentaliste, vomit les musulmans rationalistes (qu’ils appelle « des musulmans sans l’islam »), dénonce l’intégration comme une assimilation, demande aux jeunes de rester étanche à tout ce qui n’« est pas islamique » dans la culture occidentale et pousse ses fidèles à investir les associations laïques… pour qu’elles acceptent de la modifier ! Cela paraît simple à dire comme ça. Mais il m’a fallu 426 pages d’analyse pour mettre ces « trouvailles » à la portée du grand public. Car Ramadan est un véritable stratège et il est très doué pour utiliser une sémantique allusive apparement inoffensive. Sauf si on possède une certaine culture, à la fois sur l’islam et sur l’islamisme. Le fait d’étudier les discours intégristes depuis plus de dix ans, notamment l’extrême droite chrétienne, m’a beaucoup servi. Il rêve du même monde mais au nom de l’islam.
On soupçonne Ramadan d’être Frère musulman, une mouvance islamiste particulièrement redoutable, confirmez-vous ce soupçon ?
Oui. Ramadan nie appartenir à cette confrérie islamiste et martèle qu’on lui intente un procès en « délit génétique ». En effet, le mouvement a été créé en Egypte en 1928 par Hassan al-Banna, le grand-père de Tariq Ramadan, et s’est déployé au niveau international grâce à Saïd Ramadan, le père de Tariq Ramadan. Mais personne ne reproche à Ramadan d’être leur descendant. On lui repproche d’être leur héritier politique ! Les Frères musulmans ont pour objectif de « réformer les lois pour qu’elles se conforment à la législation islamique », grâce à une conquête sociale puis politique. La confrérie a toujours autorisé ses membres a nié toute appartenance pour ne pas être entravé dans leur mission. Ce que fait Tariq Ramadan. Pourtant, il est administrateur du Centre islamique de Genève, le QG européen des Frères, et surtout il diffuse la pensée des Frères ! Dans ses cours audios, les fameuses cassettes, il enseigne la pensée et la méthode de Hassan al-Banna comme le modèle à suivre, sans le moindre recul ni esprit critique.
Votre livre montre qu’il est très marqué par son héritage familial, jusque dans son mariage avec « Isabelle la Catholique »…
C’est la seule fois où j’aborde sa vie privée, parce que son mariage est très représentatif des idées qu’il défend et qu’il en a lui-même fait la publicité. Quand Ramadan est né, ses parents venaient d’ouvrir un Centre islamique à Genève pour islamiser l’Europe. Ils l’ont baptisé « Tariq » du nom du premier conquérant à avoir conquis l’Espagne. En grandissant, Tariq Ramadan s’est jeté à corps perdu dans la dawa (la prédication prosélyte) et il a épousé une catholique nommée Isabelle. Ca ne s’invente pas. L’islam encourage les hommes à épouser des femmes issues d’autres religions car c’est un moyen de faire grandir le nombre des fidèles. Sa femme s’est convertie et a pris le voile pour l’épouser. L’anecdote est révélatrice car Tariq Ramadan est l’un des prédicateurs qui a le plus fait pour multiplier le nombre de voiles en France, au nom d’une lecture fondamentaliste et sexiste du Coran. En réalité le Coran ne recommande pas de porter un voile sur les cheveux mais sur la poitrine, mais beaucoup d’islamistes tiennent à cette coutume patriarcale afin de montrer qu’ils maîtrisent mieux leurs femmes que les occidentaux. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne font pas tout pour leur présenter cette option comme un « choix ». Ramadan sait pertinemment qu’un message oppressif et autoritaire ne passerait pas auprès des jeunes musulmanes françaises. Il préfère jouer la carte de la persuasion. Il vous dira qu’il n’oblige pas les jeunes musulmanes à porter le voile… Tout en oubliant de signaler qu’il présente le voile comme le summum de la pudeur et qu’il répète inlassablement aux jeunes femmes sous son influence qu’une bonne musulmane est une musulmane « pudique ». Ce qu’il appelle du « féminisme islamique ». Encore un concept pensé pour tromper car en réalité, il invite clairement à combattre le féminisme au nom de l’islam.
Dans votre conclusion, vous esquissez les contours du monde rêvé selon Tariq Ramadan : des femmes voilées qui militent contre les droits des femmes, une mixité placée sous haute surveillance, le retour à une économie primaire, des prisons pleines d’homosexuels… C’est un peu exagéré, non ?
Malheureusement non. Ce que j’ai essayé de faire en conclusion, c’est de reconstituer le puzzle qu’il ne veut surtout pas que l’on reconstitue. Il fait très attention à ne jamais dévoiler le modèle de société dont il rêve. Mais on s’en fait une idée en écoutant ses cassettes et en lisant attentivement ses livres. Là, on découvre qu’il cite l’Iran comme le pays musulman le plus en avance sur le droit des femmes, et qu’il cite le Soudan de Hassan al-Tourabi (l’homme qui a réinstauré la charia) comme un modèle d’alternative économique et culturel ! Ses cassettes sur la culture sont les plus effrayantes. Il proscrit le rap, les boîtes de nuit et les mariages mixtes, car « si une femme de votre famille se marie avec un non-musulman, c’est quelqu’un qui sort de notre communauté ». Il dénonce l’homosexualité comme « une perturbation » contre-nature, justifie la polygamie et les châtiments corporels. Dans Peut-on vivre avec l’Islam ?, son dernier livre, il écrit que ces châtiments sont là pour rappeler « comme un enseignement » que « la fornication et l’adultère sont des choses très graves devant Dieu ».
Mais s’il est si clairement intégriste, comment les médias, dont il est l’un des invités réguliers, peuvent-ils donc se laisser abuser ?
Il a élaboré toute une rhétorique qui lui permet d’être insaisissable sur un plateau télé. Il joue notamment à merveille de l’ambiguité de certains termes. Par exemple, il se présente comme « réformateur », sans ajouter que cette réforme est « salafiste », c’est-à-dire tournée vers le passé et les fondements de l’Islam. En plus, Ramadan est soutenu par un certain nombre de journalistes, comme Alain Gresh au Monde diplomatique ou Xavier Ternisien en charge du dossier « islam » au Monde, ainsi que par certains altermondialistes. Le week-end dernier au Forum social européen, il était annonçé comme intervenant sur pas moins de huit table-rondes ! Au nom de la lutte prioritaire contre l’impérialisme américain et le sionisme, beaucoup de militants se laissent séduire par son discours contre l’impérialisme culturel occidental, ce qu’il appelle l’ « occidentalisation sans âme et sans conscience »… sans voir que chez Ramadan, il ne s’agit pas de seulement de critiquer la mondialisation mais bien de prôner une morale islamique intégriste anti-occidentale. Ils lui offrent à peu de frais une caution laïque et progressiste.
Peut-être sont-ils victimes de son fameux « double-discours » ?
Même trompées par le double-discours, des associations anti-racistes comme la Ligue des Droits de l’Homme, qui ont choisi Ramadan comme leur interlocuteur privilégié au détriment des musulmans laïques, ont fait preuve d’une absence de vigilance coupable. D’autant que si Tariq Ramadan encourage ses fidèles à établir des « sphères de collaboration », comme il dit, avec la gauche laïque, il ne conçoit jamais ses collaborations comme un échange, mais comme une stratégie pour mieux islamiser son environnement.
Vous tirez donc la sonnette d’alarme ?
Je suis aussi inquiète que les intellectuels musulmans laïques. Je pense comme eux que Ramadan est l’un des émissaires les plus dangereux de l’islamisme et qu’il est temps de mettre fin à une certaine naïveté sous peine de devenir soit ses complices soit ses victimes.
Entretien paru dans Elle le 25/10/04
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2004/10/25/110-qui-est-vraiment-tariq-ramadan
02 janvier 2004
L'homophobie partagée des intégristes (entretien avec Têtu)
1/ Comment expliquez-vous que les trois doctrines religieuses que vous évoquez dans votre livre se rejoignent-elles dans l'homophobie ?
Les trois religions se succèdent et se citent les unes les autres. La première d'entre elle, le judaïsme, est basée sur l'idée qu'un peuple élu pour "croître et se multiplier" (selon les termes de l'Alliance passée entre Dieu et Abraham). Le fait que les Hébreux soient nombreux — et donc se reproduisent — doit faire leur force pour pouvoir prendre possession de la Terre promise. La sexualité à vocation reproductive était déjà encouragée par la plupart des sociétés primaires, basée sur l'agriculture ou sur des travaux manuels (où l'on avait donc besoin de bras), mais le monothéisme l'a consacré pour des siècles et des siècles. En faisant de cet état de fait un principe et en menaçant ceux qui s'écartent de cette voie grâce à l'épisode de Sodome et Gomorrhe (repris par les trois religions du Livre), le monothéisme a promu l'hétérosexualité au rang de norme sacrée, y compris à une époque où nos sociétés souffrent plutôt de la surpopulation que du contraire.
2/ L'homosexualité féminine est-elle mieux tolérée par celles-ci ? Pourquoi ?
L'homosexualité féminine n'est pas mieux tolérée, elle est tout simplement ignorée. Les textes auxquels se réfèrent les religieux ont été écrits à des époques patriarcales, où l'on ne considérait la sexualité que du point de vue de l'homme. Aujourd'hui encore, ces a priori subsistent et les homophobes ont tendance à se montrer plus effrayés par l'homosexualité masculine (qui leur rappelle Sodome et Gomorrhe) que par le lesbianisme. Mais plus les mentalités évoluent, plus l'homosexualité féminine devient visible, plus elle est aussi honnie par lex extremistes religieux. Les lesbiennes commettent un double péché en refusant d'être "un ventre au service de la domination masculine". C'est ainsi que les intégristes voient les choses. C'est ce qui doit toujours nous rappeler qu'en plus d'être agréable, c'est une sexualité doublement révolutionnaire…
3/ Vous écrivez, à la page 125 du livre : "la haine des intégristes chrétiens américains n'est pas différente de celle exprimée par les islamistes prônant la peine de mort pour les homosexuels". Une provocation ?
J'aime beaucoup la provocation mais ce n'en est pas une. Nous avons beaucoup travaillé avec Fiammetta Venner pour que ce livre sorte des sentiers battus, apporte de nouvelles réponses aux questions que l'on se pose sur ce que l'on croit être un "choc des religions", sans tomber dans la caricature d'une religion au profit des autres. Notre conclusion est que, du point de vue des intentions, les intégristes juifs, chrétiens et musulmans se ressemblent. Ils rêvent du même monde, où les croyants domineraient sur les non croyants, les hommes sur les femmes et les hétérosexuels sur les homosexuels… Du point de vue de l'impact, en revanche, l'islamisme est beaucoup plus dangereux. Essentiellement parce qu'il évolue dans des pays le plus souvent non démocratiques, où il existe donc moins de contre-pouvoirs que dans des pays comme l'Europe ou les États-Unis. Aux États-Unis, il existe des groupes d'intégristes chrétiens pour réclamer la peine de mort pour les homosexuels et pour encourager des individus à passer à l'acte. Mais il existe aussi un mouvement gay et lesbien pour y résister et même une Cour suprême pour se protéger. En Arabie Saoudite, c'est l'état lui même qui décapite des homosexuels. Et il n'existe aucun recours.
Propos recueillis par Baptiste Liger pour Têtu en janvier 2004
*Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Tirs croisés. La laïcité à l'épreuve des intégrismes juif chrétien et musulman (Calmann-Lévy), 426 pages ISBN 2-7021-3304-5
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2004/01/01/169
16 décembre 2003
Entretien de C. Fourest à propos de Tirs croisés avec Tohu bohu
Le projet de Tirs Croisés est de traiter à la fois les intégrismes juif, chrétien et musulman mais ces trois intégrismes sont-ils vraiment comparables ? Pour ne parler que de la violence, peut-on objectivement mettre sur le même plan un réseau comme Al-Qaïda et quelques poignées d’illuminés ?
Al-Qaïda ne représente qu'une poignée d'illuminés et regardez de quoi ils sont capables ! Il ne faut jamais chercher à évaluer la dangerosité d'un groupe fanatique par rapport à son nombre. Un seul homme, au bon moment, au bon endroit, peut faire basculer l'état du monde. Il a suffit d'un intégriste juif pour tuer Rabin… En revanche, je comprends tout à fait que l'on puisse se demander si les intégrismes juif, chrétien et musulman présentent le même potentiel terroriste ou totalitaire. Mais pour le savoir, il n'ya décidémment rien mieux que de les comparer. Loin d'être évidente, cette approche nous est apparue comme le seul moyen de trouver des réponses nouvelles aux questions que nous nous posons tous depuis le 11/09. En fait, ce livre s'est imposé à nous à la suite de deux traumatismes. D'abord la Conférence de Durban sur le racisme, où nous étions. C'était un moment assez surréaliste. Nous pensions venir pour discuter du racisme et nous avons surtout assister à un déferlement de haine antisémite, pas seulement de la part des islamistes présents (et ils étaient nombreux) mais aussi de la part de certains militants antiracistes qui semblaient prêts à soutenir cette prise en otage sous prétexte de dénoncer la politique israélienne. Nous sommes rentrées à Paris le 9 septembre. Deux jours plus tard, nous étions invitées sur RCJ pour parler de ce qui c'était passé à Durban. Entre-temps, il y avait eu le 11 septembre et tout semblait devoir être figé dans l'autre sens. Un auditeur a appelé pour dire que les attentats-kamikazes étaient le signe d'une barbarie propre à l'Islam… Comme si l'Islam était la seule religion capable de produire du fanatisme. Entre ceux qui pensaient pouvoir confondre tous les juifs du monde avec des militants pro-Sharon et ceux qui pensaient pouvoir confondre tous les musulmans du monde avec des militants pro-Ben Laden, il y avait de quoi devenir fou ! Il fallait impérativement trouver le moyen de sortir de cette opposition stérile, de ramener un peu de raison pour redessiner une ligne de fracture qui ne soit plus un combat entre deux identités (Juif/Musulman, Orient/Occident etc) mais entre deux projets de société… En l'occurence, nous pensons que ce qui se joue en ce moment n'est pas un "choc des civilisations" mais un choc des idées, opposant les théocrates de toutes les religions aux démocrates de toutes les sensibilités, croyants ou agnostiques. Nous n'aurions pas pu redessiner cette ligne de fracture si nous n'avions pas pris le temps de comparer sans a apriori les intégrismes juif, chrétien et musulman. Ce qui nous a permis d'identifier précisemment en quoi il étaient différents mais aussi en quoi ils convergeaient.
Justement, quels sont les points communs de ces intégrismes ?
Les intégristes juif, chrétien et musulman rêvent du même monde : un monde où les croyants dominent les non croyants, où les hommes dominent les femmes, où la sexualité est obligatoirement hétéro-reproductrice, où la liberté et la culture s'arrêtent là où commence la morale religieuse et où la défense du sacré peut justifier de mener des actions violentes et meurtrières. Car tous considérent que la loi divine est supérieure à celle des hommes. Autrement dit : aucune décision prise par des êtres humains, même à la majorité, ne pourra jamais être respectée si elle contredit LEUR interprétation de la volonté divine. Les intégristes juifs menancent en permanence les démocrates Israéliens de "guerre civile". Le 14 février 1999, 250 000 militants religieux – soit 10 % de la population israélienne – ont manifesté contre une série de jugement de la Cour suprême jugés "antireligieux" pour avoir autoriser les magasins des Kibboutz à ouvrir le samedi et avoir aboli la dispense militaire de certains Haredim. Eliahou Suissa, le numéro deux du Shas et ministre de l’Intérieur sous Netanyahu, a même déclaré : « Si la Cour suprême continue de se mêler de nos affaires, il y aura une guerre ici ». Ce type de menace est récurrent. Elle existait déjà en 1995, lorsque les ultra-orthodoxes s'opposaient au processus de Paix initié par Rabin. Leur guerre civile n'a fait qu'un mort mais quel mort… Ce jour là, les intégristes juifs ont porté un coup fatal à la démocratie et à la Paix, comme les islamistes ont porté un coup fatal à la démocratie et à la Paix en assassinant Sadate (parcequ'il voulait faire la paix avec Israël). Il ne faut pas se leurrer, même s'ils appartiennent à des camps opposés, les intégristes juifs et musulmans ont les mêmes intérêts : fanatiser le conflit au Proche-Orient de façon à prendre le pouvoir dans leur propre camp au détriment des démocrates et des laïques.
Malgré ces ressemblances, votre ouvrage est très clair sur le fait que l'islamisme « présente un risque accru ». Quelles en sont les raisons ?
A l'issu de cette entreprise comparative, nous expliquons que le danger du fanatisme musulman ne s'explique pas à la lumière du Coran mais à la lumière d'une série de facteurs géo-politiques. La Torah est un texte très dur, prônant l'instauration d'une théocratie, et pourtant il existe des juifs fabuleusement attachés à la démocratie. Le Nouveau testament est un principe un texte plus doux et pourtant la Sainte Inquisition a existé. De même, le Coran n'est pas aussi violent et sexiste que voudraient nous le faire croire les islamistes. En réalité, Mahomet a même sincèrement essayé de faire évoluer le statut des femmes de son époque. Mais ce n'est pas le message que souhaitent en retenir les islamistes, prêts à tout pour mettre la révélation coranique au service de leurs ambitions politiques. Si l'islamisme est aujourd'hui l'intégrisme qui présente le plus d'atouts pour devenir le prochain totalitarisme, ce n'est parce que l'Islam est une religion plus fanatique mais parce que l'islamisme, en tant que projet politique, rencontre moins de contre-pouvoirs et plus d'alliés que les deux autres intégrismes.
Quels sont ces contre-pouvoirs qui n'opèrent pas face à l'islamisme comme ils le font face à l'intégrisme juif ou chrétien ?
Les intégrismes chrétiens et juifs existent dans des pays démocratiques, comme les Etats-Unis ou Israël. Leurs victimes peuvent donc s'en protégées grâce à l'Etat, à la Cour suprême ou toute autre institution laïque. Beaucoup d'Israéliennes sont régulièrement la cible des ultra-orthodoxes de Mea Sharim (un quartier haredim de Jérusalem). Elles se font jetter des pierres parcequ'elles ne sont pas en "tenue décente" — c'est à dire une robe qui couvre les bras et les jambes — mais elles peuvent porter plainte auprès de la Cour suprême Israélienne et obtenir réparation. Tandis qu'une femme vivant en Arabie Saoudite n'a aucun recours ! L'islamisme évolue dans des pays moins démocratiques, où il n'existe aucune institution suffisamment laïque pour lui faire barrage. Même quand ils luttent officiellement contre les terroristes islamistes, certains dirigeants, comme en Egypte, durcissent l'application de la charia pour tenter de calmer les intégristes. Non seulement, l'intégrisme musulman a plus d'impact mais il a aussi plus d'alliés potenciels que l'intégrisme juif ou chrétien. Il ne viendrait à l'idée d'aucun militant tiermondistes ou altermondialiste d'inviter Christine Boutin à leurs congrès. Par contre, ces mêmes militants ne voient aucun inconvénient à dialoguer avec Tariq Ramadan, qui défend pourtant les mêmes valeurs concernant les femmes ou les mœurs…
Quels dangers fait courir, selon vous, le discours des néo-fondamentalistes façon Ramadan à la laïcité ? Doit-on leur ouvrir les portes et les tribunes des grands médias ?
Je crois qu'on est en train de faire avec Ramadan toutes les erreurs que l'on a faites avec Le Pen. Il ne faut pas l'interdire d'antenne mais les journalistes doivent comprendre qu'ils ne sont pas suffisamment armés pour faire face à un discours aussi trompe l'œil. La stratégie de Tariq Ramadan est la même que celle des Frères musulmans, le mouvement fondé par son grand père : faire croire que l'on est un "réformateur" pour mieux dissimuler un islam fondamentaliste politique et rétrograde. Le réformisme fondamentaliste qu'il défend est trompeur : il nous fait croire à un moyen de moderniser l'islam alors qu'en en réalité cette "réforme" consiste à retourner aux fondements de l'Islam, autrement dit à une lecture primitive et archaïque de l'islam. Mais comme cette démarche est née en réaction à la colonisation (le premier combat des Frères musulmans), une certaine extrême gauche tombe dans le panneau et croient pouvoir s'allier avec cet islamisme au nom de la solidarité face à l'impérialisme américain et au sionisme, quitte à légitimer une vision intégristes des femmes et des mœurs et donc à trahir les militants altermondialistes féministes, homos et laïques…
Vous dites dans votre livre que la haine anti-juifs fait partie des "atouts" de l'islamisme…
Tout à fait. La paranoïa antijuive a toujours fait des miracles pour fédérer autour d'un projet totalitaire. Or c'est ce qui est en train de se passer avec l'islamisme. L'extrême droite chrétienne est séduite par son antisémitisme. Et une certaine extrême gauche croit pouvoir confondre cet antisémitisme avec de l'antisionisme… Résultat, l'islamisme dispose de beaucoup plus d'alliés potentiels que les deux autres intégrismes.
Dans une tribune parue dans Libération, vous critiquez le terme d’« islamophobie ». Quels problèmes posent ce terme ?
Le mot "islamophobie", intronisé en France par Tariq Ramadan, est un cadeau empoisonné, inventés par les islamistes pour faire passer la critique de l'islam pour du racisme. C'est un stratagème qui s'est imposé dans les cercles islamistes londoniens au lendemain de l'affaire Rushdie et qui, de fait, s'est révélé beaucoup plus efficace que la lutte contre le blasphème. Au lendemain de l'affaire Scorsese, les intégristes chrétien de l'AGRIF, l'association du frontiste Bernard Antony, ont eu exactement la même idée. Au lieu de faire sauter des cinéma au nom du blasphème, il ont décidé de faire des procès à Charlie Hebdo pour "racisme anti-chrétien". La seule diffrence, c'est que tout le monde les voit venir, parce que tout le monde sait que l'intégrisme chrétien est une démarche réactionnaire. En revanche, plusieurs associations comme la Ligue des droits de l'homme ou le MRAP ont repris à leur compte le mot "islamophobie", quitte à devenir les instrument d'une censure de la pensée critique. Il est quand même très inquiétant de voir que la LDH qui, hier encore soutenait Rushdie contre les islamistes, récupère aujourd'hui ce terme — pensé contre Rushdie —et fait des procès en "islamophobie" à des écrivains comme Houellebecq, simplement pour avoir critiquer l'Islam…
Toujours dans cette tribune, vous exprimez la peur que les partisans de la laïcité soient « disqualifiés » en étant considérés comme des fanatiques ou des racistes. Vous décrivez la laïcité comme un idéal en voie de disparition. Pouvez-vous expliquer cette crainte ?
Contrairement à l'image d'épinal que nous avons vu de France, la laïcité est non seulement une exception culturelle à l'échelle du monde mais c'est une valeur en voie de disparition. La France est l'un des seuls pays au monde dont la Constitution ne fait pas référence à la religion. Son modèle de laïcité est même minoritaire en Europe qui va bientôt s'élargir à des pays comme la Pologne (dont on sait l'attachement aux valeurs les plus réactionnaires du christianisme). Ce n'est pas pour rien si le Vatican fait un lobbying forcéné sur le projet de futur constitution européenne, où il a déjà gagné que les Eglises chrétiennes bénéficient d'un dialogue privilégié avec le parlement européen. Ce n'est pas pour rien que des mouvements islamistes comme l'UOIF teste la laïcité française et tente d'assouplir son modèle à force d'encourager des jeunes filles à se rendre voilées en classe…
Comment appréciez-vous la gestion gouvernementale des problèmes de laïcité ?
Les difficultés que rencontre actuellement la laïcité sont éminement liées à la question de l'intégration. Or sur ce dossier, la gestion de Nicolas Sarkozy a été catastrophique. En faisant croire que les musulmans les plus islamistes pouvaient cohabiter avec les musulmans les plus éclairés au sein du Conseil français du culte musulman, il a fait dormir le loup et l'agneau ensemble. La Mosquée de Paris se retrouve à devoir être le porte-parole de l'UOIF et l'UOIF n'a jamais été aussi légitime. Il ne faut pas s'étonner si de plus en plus d'immigrés arabes se définissent comme "musulmans" puisque le ministre de l'intérieur lui même ne sait pas faire la différence…
Vous appelez de vos vœux un « renouveau laïque transculturel » ? De quoi s’agit-il exactement ?
Il faut résister à l'idée selon laquelle la laïcité est une valeur "occidentale". C'est un idéal que souhaitent tous les démocrates éclairés, croyants ou agnostiques, de l'Orient comme l'Occident. C'est ensemble, de façon transculturelle, que nous résisterons au totalitarisme que souhaitent nous imposer les intégristes de toutes les religions.
* Tohu bohu, journal de l'UEJF
